Association Internationale pour la Formation, la Recherche et l'Intervention Sociale
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Fiche communication...   N°  1558
Titre
Repérage et analyse des ‘cultures de formation’ en centre social :
la transmission des savoirs dans l’accompagnement des bénévoles
 
Auteur(s)
TARDIF BOURGOIN Florence  
     
Thème
 
Type
Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...  
Résumé
Bibliographie
Présentation Auteurs
Communication
Résumé anglais
--
Tout
 
Résumé
Repérage et analyse des ‘cultures de formation’ en centre social :
la transmission des savoirs dans l’accompagnement des bénévoles

La transmission d’un projet associatif s’articule autour d’un management participatif qui implique les acteurs et contribue à leur renouvellement. Mais, les évolutions à l’œuvre dans l’action publique modifient l’environnement du travail social. Les associations sont ainsi prises entre des logiques institutionnelles (commande publique) et le système de valeurs qui les porte dans les réponses à apporter aux publics.

Si les activités ‘centre social’ poursuivent toutes l’objectif d’une insertion en visant l’autonomie et la participation, les valeurs d’éducation populaire semblent subir une mutation; elles apparaissent en effet distinctement selon les actions envisagées et les exigences de formation/qualification qui en découlent (accompagnement scolaire, cours de français pour adultes, RSA, accueil social…).

On constate ainsi une professionnalisation récurrente: métiers, diplômes, recrutement et qualifications… qui impacte la place prise par les bénévoles dans les actions sur lesquelles ils se positionnent. Les bénévoles sont à la fois autonomes (compétences attestées) mais aussi encadrés par un salarié référent qui les accompagne.

Qu’il s’agisse de dispositifs formels ou informels, l’accompagnement des parcours bénévoles semble faciliter l’implication et le développement de compétences adaptées à l’activité. L’individualisation des parcours permet au coordinateur de l’activité de disposer d’une meilleure connaissance des ressources disponibles et d’en faciliter l’articulation dans une complémentarité bénévole/salarié. L’intégration du bénévole permet en outre de renforcer la lisibilité des pratiques collectives, nécessaires au bon fonctionnement de l’activité. Cet accompagnement de proximité constitue par ailleurs un atout dans la déclinaison d’objectifs de formation.

L’accompagnement des bénévoles, et les enjeux de transmission qui en découlent, nécessite une complémentarité d’interventions, adaptée à la nature de l’engagement, et permettant d’articuler les logiques individuelles et collectives autour d’un objectif de reconnaissance mutuelle. En effet, si les salariés se retrouvent autour d’une culture professionnelle et de compétences référencées, l’hétérogénéité des attentes bénévoles nécessite de repenser les enjeux d’une transmission interne à la structure associative ; moyen privilégié d’engager le bénévole à valoriser son expérience dans un projet qui peut aussi s’inscrire dans une démarche collective d’engagement associant une logique d’affiliation (trouver son identité au sein d’un projet) et la reconnaissance des pairs, qui va au-delà de l’acquisition de compétences transposables.

La communication de recherche proposée s’inscrit dans l’axe 3 du colloque : ‘transmission des savoirs et enjeux pour l’intervention sociale’. Après avoir montré les analogies entre les dispositifs de professionnalisation ‘classiques’ et les pratiques qui se développent dans les secteur associatif, plus particulièrement en centre social (sur la base d’une enquête réalisée dans le cadre d’un master 2), la contribution se propose ensuite de mesurer les enjeux d’une transmission salarié/bénévole (de type fonction tutorale), alors même que nous nous situons dans un contexte hors alternance, dans des structures qui, par ailleurs, valorisent leur attachement à des valeurs d’éducation populaire (production mutuelle de connaissances).

Bibliographie
-ELOY J. (ss la dir. de) Les centres sociaux 1880-1980 : une résolution locale de la question sociale P.U. du Septentrion, 2004.
-FERRAND-BECHMANN D. Le métier de bénévole, Anthropos, 2000.
-FERRAND-BECHMANN D. Les bénévoles et leurs associations, L’Harmattan, 2004.
-GUILLOIS T.« Les associations dans un monde en changement» in La tribune fonda 183-février 2007. Page 35-73.
-JAEGER M. « Les référentiels pour la formation des travailleurs sociaux : une affaire d’import-export » in Vie sociale n°2/2006. P 57-65.
-LAVILLE J.L. et SAINSAULIEU R. Sociologie de l’association, des organisations à l’épreuve du changement social. Desclée de Brouwer, Paris, 1997.
-LE BOTERF G. L’ingénierie des compétences, Editions d’organisation, 2000.
-L.PUJOL, Management du bénévolat ED. Vuibert, 2009.
- MAUREL C. Education populaire et pouvoir d’agir, L’Harmattan, 2011.
-SOREL M. Transmission, professionnalisation, identités professionnelles. http://ispef.univ-lyon2.fr/IMG/pdf/5_-_Maryvonne_Sorel-2.pdf
-SOONKINDT E. « Débattre des valeurs : quels repères pour quelle légitimité « in Vie sociale n°4/2003. P 99-113.
-THIERRY D. « Les associations, lieux de qualification et de développement de compétences ».Sept.2007.http://www.francebenevolat.org
-WITTORSKI R. Professionnalisation et développement professionnel, Action et savoir, L’Harmattan, 2007.

-ZIEGLER L. « La vie associative ; quel avenir pour la transmission associative ? » in Transmettre, partager des valeurs, susciter des libertés Conférence donnée au cours de la session 2005 des semaines sociales de France.

Présentation des auteurs
Assistante sociale de formation initiale, Florence TARDIF BOURGOIN a complété son parcours en ‘Sciences de l’éducation’ (Paris 5) et ‘Métiers du développement’ (IEP de Paris). Formatrice à l’IRTS Paris depuis 2006 (initiation à la recherche, communication professionnelle), elle poursuit (2012-2013) un Master 2 de Recherche en Formation des Adultes (CNAM-CRF). Sous la direction de Richard Wittorski, son mémoire porte sur les pratiques de formation/professionnalisation dans le secteur associatif (plus particulièrement sur la façon dont les centres sociaux accompagnent les parcours bénévoles au regard de leurs valeurs d’éducation populaire). La contribution proposée s’inscrit dans la continuité de cette recherche, autour des enjeux de transmission salariés/bénévoles qui se posent dans ce contexte.

Communication complète
Repérage et analyse des ‘cultures de formation’ en centre social : la transmission des savoirs dans l’accompagnement des bénévoles

Si les activités ‘centre social’ poursuivent toutes l’objectif d’une insertion en visant l’autonomie et la participation, les valeurs d’éducation populaire semblent subir une mutation; elles apparaissent en effet distinctement selon les actions envisagées et les exigences de formation/qualification qui en découlent (accompagnement scolaire, cours de français pour adultes, RSA, accueil social…). On constate ainsi une professionnalisation récurrente (métiers, diplômes, recrutement et qualifications) qui impacte la place prise par les bénévoles dans les actions sur lesquelles ils se positionnent. Les bénévoles sont à la fois autonomes (compétences attestées) mais aussi encadrés par un salarié référent qui les accompagne. Après avoir montré les analogies entre les dispositifs classiques de professionnalisation et les pratiques développées en centre social (1) la contribution se propose ensuite (2) de mesurer les enjeux d’une transmission salarié/bénévole (de type fonction tutorale), alors même que nous nous situons dans un contexte hors alternance, dans des structures qui, par ailleurs, valorisent leur attachement à des valeurs d’éducation populaire (production mutuelle de connaissances).

(1) L’émergence d’une fonction tutorale parmi les ‘cultures de formation’ en centre social
Dans les trois structures investiguées , quatre profils d’accompagnement/formation (cultures de formation ) ont pu être repérés. Ils s’articulent communément autour d’une ‘figure’ tutorale qui facilite l’accès aux autres modalités de formation.
- L’accompagnement individuel des bénévoles : il s’agit d’une phase d’intégration qui s’apparente à une forme de tutorat (repérage des missions, transmission des outils techniques, mise à disposition des moyens matériels) et visant la prise en charge de l’activité par le bénévole ;
- Des temps de réunions ou de participation à des moments conviviaux permettent d’assurer l’intégration du bénévole dans l’équipe et la compréhension plus globale du contexte dans lequel la structure se positionne ;
- Des formations techniques en interne visant l’appropriation d’outils spécifiques en lien avec l’activité (gestion de l’accueil, scolaire, écrivain public…) ;
- Des formations fédérales visant la compréhension de l’activité dans son contexte ‘centre social’ ou analyse des pratiques (temps de réflexion et de questionnements regroupant des participants de plusieurs centres) ;

L’accompagnement individuel des bénévoles : la figure du tuteur
« On prend le temps qu’il faut; la formation c’est surtout de l’accompagnement individuel entre le référent et le bénévole ». Le référent d’activité consacre du temps à la formation du bénévole qui arrive (‘on lui donne les clés de la compréhension de la démarche’). Dans le centre 1: «Il y a eu un début, on ne va pas dire de formation, mais une petite formation pour lui expliquer». Dans le centre 3, le référent prend le temps d’expliquer en quoi consiste son travail: « Après le premier entretien, on fait un petit temps d’essai en situation, cela permet à chacun de savoir si cela va correspondre aux attentes, autant du côté du professionnel que du bénévole».

Les transmissions réalisées dans ces accompagnements sont différentes d’un centre à l’autre ; qu’il s’agisse de la transmission des outils, ou des valeurs. Dans le centre 3 par exemple, la transmission des outils de l’accueil (la fiche statistique) occupe une place prépondérante dans l’accompagnement des bénévoles de l’accueil ; la maîtrise d’Excel est un critère de sélection au moment du recrutement.
Dans ce dernier centre, la transmission des valeurs occupe aussi une place prépondérante (le projet associatif, qui a déjà fait l’objet d’une présentation au moment de l’entretien, est repris par le référent d’activité pour permettre au bénévole de se repérer dans ses missions). La question des valeurs est seulement soumise aux questionnements des bénévoles dans le centre 2, desquels on attend une certaine curiosité. Dans le centre 1, la question des valeurs est abordée au moment de l’entretien (Directeur) et fait l’objet de la charte d’engagement mais le salarié référent n’y revient pas forcément dans la suite de l’accompagnement.

Ces pratiques d’accompagnement s’inscrivent dans la voie n°5 de professionnalisation que R. WITTORSKI nomme ‘logique de traduction culturelle par rapport à l’action’ : Les situations de travail où un tiers accompagne des salariés dans la réalisation d’une activité. Ce tiers assure une fonction de transmission de savoirs ou de connaissances mais aussi une fonction de mise à distance de l’action, des modifications des façons de voir et de penser l’action…tutorat, parrainage, accompagnement, conseil » . Le référent d’activité joue également un rôle dans l’intégration du bénévole dans l’équipe : réunions, temps conviviaux identifiés comme des occasions d’associer le bénévole à la vie de la structure, que ce soit en lien avec l’activité ou bien dans le partage de moments festifs (fêtes de quartier ou sorties). Dans ces accompagnements, on retrouve la figure du collègue qui correspond à ce que R. WITTORSKI appelle la voie de professionnalisation n°1 : ‘logique de l’action’ (apprentissage sur le tas) : « dans des situations dites d’improvisation… adaptation immédiate de tout être vivant à son environnement du fait de son interaction forte entre l’individu, son action, l’environnement et ses propriétés » .
Ces pratiques de tutorat sont communes aux trois centres : l’accueil du bénévole (par le référent qui devient le tuteur) lui permet de s’adapter au contexte et de le comprendre pour réaliser sa mission. On retrouve dans ces accompagnements les critères qui permettent d’identifier les objectifs d’une démarche tutorale : production de compétences, mise à distance des situations de travail, adoption des règles et valeurs du groupe, engagement du tutoré…Si ces pratiques se déclinent de façon différente selon les structures (avec des modalités spécifiques de transmission), elles impliquent un coordinateur salarié dans une fonction d’encadrement/accompagnement qui n’est pas sans questionner les fondements d’une démarche d’éducation populaire.

(2) Tutorat et éducation populaire ; la connaissance des parcours d’engagement : une forme de contre don ?

Les dispositifs développés par les centres sociaux s’organisent d’abord en fonction des contextes spécifiques dans lesquels ils sont déployés. Ainsi, des dimensions complémentaires de professionnalisation sont apparues dans chaque centre social, donnant à voir des modalités d’accompagnement différentes vis-à-vis des bénévoles. Si la professionnalité des activités apparaît récurrente, le tutorat individuel semble lui répondre dans une logique de ‘formations en situation de travail’. L’accessibilité des formations fédérales par les bénévoles, requiert par exemple l’avis du référent d’activité. Parfois, les référents préfèreront se former d’abord sur leur activité avant d’assurer, dans un deuxième temps, la transmission des informations auprès des bénévoles. Le développement de formations en interne (au près des réalités ‘territoriales’ de la structure) permet aussi d’ajuster les compétences à l’environnement de travail immédiat.

Le développement de l’accompagnement individuel (tutorat des bénévoles), en s’articulant aux autres ‘cultures de formation’ correspond donc d’abord à une nécessité de transmission d’activité dans un contexte de professionnalisation institutionnelle. Mais du côté des bénévoles, l’objectif de ‘professionnalisation’ n’est pas forcément exprimé. Il n’en reste pas moins que l’attente de reconnaissance (notamment par le biais du soutien apporté par le référent) reste très forte. Si les bénévoles n’expriment pas spontanément l’envie de s’engager pour la structure, ils formulent des attentes vis-à-vis des salariés pour leur permettre de réaliser leurs missions et se sentir reconnus dans des activités pour lesquelles ils se mobilisent .
Ainsi, l’acceptation, par les bénévoles, des formules d’accompagnement proposées, engage aussi les centres sociaux à se positionner sur des modes de coopération adaptés; favorisant d’une part la reconnaissance du ‘travail bénévole’, et d’autre part le développement d’un engagement individuel et personnel. Dans un contexte de transmissions ‘professionnelles’ réalisées dans le respect des valeurs d’éducation populaire, telles que la mutualisation ou le partage des connaissances, la recherche de compatibilité, entre les logiques individuelles et institutionnelles, semble alors essentielle au bon fonctionnement des situations de travail dans lesquels les bénévoles s’impliquent. La connaissance des profils d’engagement semble alors favoriser l’ajustement des attentes bénévoles (professionnelles, sociales, personnelles) aux logiques de l’organisation (implication dans la structure, lien social, insertion professionnelle) .

Au-delà du contre don attendu, le recueil des attentes et projets visés par les bénévoles (dans l’exercice de leur bénévolat) apparaît comme une donnée préalable au bon déroulement de l’activité. Cette démarche de gestion des ressources/compétences semble par ailleurs indispensable à la préservation des valeurs du projet associatif. Si l’accompagnement individuel semble donc privilégié, une approche de l’Animation globale (tutorat d’équipe, participation aux instances) peut permettre d’envisager de valoriser une certaine ‘Ethique de la transmission’ : considération de l’autre, inscription dans le temps, crédibilité du projet, complémentarité des rôles…permettant de faire de la professionnalisation des bénévoles une véritable ‘affaire de valeurs’ et un support d’analyse des pratiques associatives venant contribuer plus largement au développement du lien social.

Résumé en Anglais

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