Association Internationale pour la Formation, la Recherche et l'Intervention Sociale
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Fiche communication...   N°  1952
Titre
LES AGIRS ET DISCOURS DES PRATICIENS DE PREMIÈRE LIGNE EN SANTÉ MENTALE JEUNESSE : UNE CONNAISSANCE COMPOSITE  
Auteur(s)
DOUCET Marie-Chantal  
     
Thème
 
Type
Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...  
Résumé
Bibliographie
Présentation Auteurs
Communication
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Résumé anglais
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Résumé
LES AGIRS ET DISCOURS DES PRATICIENS DE PREMIÈRE LIGNE EN SANTÉ MENTALE JEUNESSE : UNE CONNAISSANCE COMPOSITE

La communication proposée porte sur les liens nécessaires entre une sociologie de la connaissance et une analyse du travail de praticiens de première ligne en santé mentale jeunesse (SMJ) en CSSS (centres de santé et de services sociaux) au Québec. Elle reprendra donc les questions de l’axe I de l’appel à communication (construction des savoirs et enjeux pour l’intervention sociale) en se centrant sur une épistémologie des savoirs : par quels chemins se nouent la connaissance et l’activité? Plus spécifiquement, nous cherchons à répondre aux questions suivantes : quelle est la connaissance des praticiens du champ de leur pratique? Et comment en parlent-ils? Penser la pratique sur le registre de la connaissance signifie reconnaitre aux praticiens un savoir qui leur est propre dans leurs interventions quotidiennes. La notion de connaissance composite, au centre du modèle que nous développons dans le cadre plus large d’une analyse des agirs et discours des métiers relationnels sera présentée. Une connaissance composite sera définie comme une configuration résultant de la combinaison de savoirs implicites et explicites provenant de zones distinctes de l’esprit humain et relevant donc de registres de raisonnement différents. Irréductibles les uns aux autres, ces savoirs composent l’activité. Il s’agit ici de saisir la pluralité des logiques concernées dans l’acte d’intervenir en accordant le premier rôle à la parole. Nous partons du point de vue qu’il faut s’adresser à la connaissance des acteurs concernés afin de mettre au jour les cadres de signification des pratiques. Sur le plan empirique, la recherche a pour visée de comprendre d’une part, de quelles manières les cadres normatifs dans lesquels les individus au travail évoluent, régissent et conditionnent leur activité au travers de codes de conduites spécifiques. D’autre part, comment ces derniers apportent des solutions à leur environnement plus ou moins contraignant afin de faire leur travail. L’accent sera porté sur ce dernier aspect pour la présente communication. Nous travaillons l’hypothèse d’une réorganisation de la tâche prescrite par l’activité des individus au travail (Clot, Faïta, 2000). Autrement dit, l’attention est portée sur l’ensemble des efforts fournis par les praticiens afin de s’intégrer aux cadres de l’organisation tout en contribuant en tant qu’acteurs de premier plan, à son développement. Selon, cette hypothèse, l’exercice du métier d’intervenant en SMJ serait donc une activité de composition constante avec divers registres de savoirs. Par composition, nous voulons mettre en avant le fait que la pratique d’intervention engage la mobilisation constante d’un jeu avec les codes, ce qui entraine une réorganisation des significations et contribue donc de façon essentielle au développement de l’institution. L’idée de composition renvoie à la combinaison des mots et des gestes en relation avec le style individuel en tant que force de rapport social mais aussi en fonction d’un genre d’activité défini comme le dispositif symbolique « transpersonnel » qui structure l’action en instaurant une manière de dire, de faire, de ressentir (Clot et Faïta, 2000). Il s’agit en effet de saisir la nature du travail d’intervention dans le domaine de la santé mentale à l’intérieur de programmes définis par les encadrements organisationnels. La tendance organisationnelle sera de définir l’intervention uniquement à partir de son processus formel, réduisant le métier aux procédés et négligeant les autres éléments de l’acte. La prise en compte du caractère compositionnel de l’action renvoie à la nécessité de reconnaitre les attributs d’un nouveau souffle de l’épistémologie contemporaine qui devrait faire écho dans l’étude de l’intervention, à savoir : la centralité de la réflexivité; du langage et de l’interprétation des significations dans un domaine où la gestion institutionnelle de la connaissance fait aujourd’hui prévaloir les données probantes.

Bibliographie
Bakhtine, M. (1984) Esthétique de la création verbale, Paris, Gallimard.
Bronckart, J.-P. (2009). « Les processus de construction des actions et leurs représentations en situation de travail. Présentation générale » in Langage, objets enseignés et travail enseignant, sous la direction de S. Canelas-Trevisi, Grenoble, Ellug.
Bulea, E. & Bronckart, J-P. (2010). « Les conditions d’exploitation de l’analyse des pratiques pour la formation des enseignants » In Linguarum Arena. Revista do Programa Doutoral em Didáctica de Línguas da Universidade do Porto, vol. 1, n° 1, pp. 43-60.
Filliettaz, L. & Bronckart. J.-P. (éds) (2005). L’analyse des actions et des discours en situation de travail. Concepts, méthodes et applications, Louvain, Peeters.
Foucart, J. (2003). Sociologie de la souffrance. Paris : Seuil.
Campenhout Luc, Chaumont Jean-Michel, Franssen Abraham, (2005). La méthode d’analyse en groupe, Paris, Dunod
Clot, Y. (2006b). Travail et pouvoir d’agir, Paris, PUF.
Clot, Y, Faïta, Daniel (2000). « Genres et styles en analyse du travail. Concepts et méthodes ». Travailler, No 4, p. 7 – 42.
Darré Jean-Pierre, (1999). La production de connaissance pour l’action, Arguments contre le racisme de l’intelligence, Paris, Maison des sciences de l’Homme.
Doucet, Marie-Chantal, (2009). « Théories du comportement humain et configurations sociales de l’individu » Sociologie et sociétés, Vol. 41, No 1, « Sociologies et société des individus », PUM.
Doucet, Marie-Chantal, (2010). « Savoirs implicites et modélisation d’une pratique », Rapport de recherche, Institut Louis Braille, 15 juin.
Giddens Anthony (1987). La constitution de la société, Paris PUF.
Houle, Gilles, (1987). « Le sens commun comme forme de connaissance: de l’analyse clinique en sociologie », Sociologie et sociétés, vol. XIX, No 2, octobre.
Simmel, Georg (1981). Sociologie et épistémologie, Paris, PUF
Vygotski, L. (1997). Pensée et langage. Paris : la Dispute
Vygotski, L. (2003). La conscience comme problème de la psychologie du comportement. Dans Y. Clot (dir.) Conscience, Inconscient, émotions. Paris : la Dispute.
Vygotski, L. (2005). Psychologie de l’art. Paris : la Dispute.

Présentation des auteurs
Marie-Chantal Doucet est docteure en sociologie et professeure à l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal. La sociologie de la connaissance des métiers relationnels; les questions relatives à l’individualité contemporaine; le champ de la santé mentale sont les grands axes de la recherche et de l’enseignement auxquels elle contribue. Elle dirige présentement une recherche sur les savoirs implicites des intervenants de première ligne en santé mentale.

Communication complète
La communication proposée porte sur les liens entre une sociologie de la connaissance
des métiers relationnels et une analyse du travail de praticiens de première ligne en santé mentale
jeunesse (SMJ) en CSSS (centres de santé et de services sociaux) au Québec. Plutôt que de porter
sur des résultats de recherche, notre démarche sera ici de présenter nos réflexions théoriques sur
la question de la construction des savoirs. Elle reprendra donc les questions de l’axe I de l’appel à
communication (construction des savoirs et enjeux pour l’intervention sociale) en se concentrant
sur une épistémologie des savoirs : par quels chemins se nouent la connaissance et l’activité?
Penser la pratique sur le registre de la connaissance signifie reconnaitre aux praticiens un savoir
qui leur est propre dans leurs interventions quotidiennes. Cette démarche fondée sur des
entretiens individuels et un groupe d’analyse des pratiques s’inscrit dans un courant dont les
travaux portent à la fois sur une analyse de discours et sur l’analyse du travail et de l’activité. La
notion de connaissance composite, au centre du modèle que nous développons dans le cadre plus
large d’une analyse des agirs et discours des métiers relationnels sera présentée.
Connaissance composite
Les praticiens d’un même domaine d’activités développeraient une connaissance composite
liée à leur action qui, dans une mise en récit pourrait mettre en lumière les catégories de savoirs
d’un genre d’activité : l’intervention institutionnelle de première ligne dans le domaine de la
santé mentale jeunesse (SMJ).
Une connaissance composite sera définie comme une configuration résultant de la
combinaison de savoirs implicites et explicites provenant de zones distinctes de l’esprit humain et
relevant donc de registres de raisonnement différents. Elle renvoie à la combinaison des mots et
des gestes en relation avec le style individuel en tant que force de rapport social mais aussi en
fonction d’un genre d’activité défini comme le dispositif symbolique « transpersonnel » qui
structure l’action en instaurant une manière de dire, de faire, de ressentir (Clot et Faïta, 2000).
Nous partions du point de vue qu’il faut s’adresser à la connaissance des acteurs
concernés afin de mettre au jour les cadres de signification des pratiques. Sur le plan empirique,
la recherche avait pour visée de comprendre d’une part, de quelles manières les cadres normatifs
dans lesquels les individus au travail évoluent, régissent et conditionnent leur activité au travers
de codes de conduites spécifiques. D’autre part, comment ces derniers apportent des solutions à
leur environnement plus ou moins contraignant afin de faire leur travail. Nous travaillions
l’hypothèse d’une réorganisation de la tâche prescrite par l’activité des individus au travail (Clot,
Faïta, 2000). Autrement dit, l’attention fut portée sur l’ensemble des efforts fournis par les
praticiens afin de s’intégrer aux cadres de l’organisation tout en contribuant en tant qu’acteurs de
premier plan, à son développement. Selon, cette hypothèse, l’exercice du métier d’intervenant en
SMJ serait donc une activité de composition constante avec divers registres de savoirs. Le
praticien en effet doit composer avec plusieurs logiques qui sont convoquées dans son
intervention (organisationnelle; professionnelle; éthique; spirituelle; culturelle; subjective; etc.).
Celles-ci seront considérées comme des matériaux qui composent les savoirs. Par composition,
nous voulions mettre en avant le fait que la pratique d’intervention engage la mobilisation
constante d’un jeu avec les codes, ce qui entraine une réorganisation des significations et
contribue donc de façon essentielle au développement de l’institution. La notion de composition
apporte une contribution particulièrement prégnante à la théorie de l’activité. Ce qui retient
l’attention est que l’activité est fondamentalement sociale. Pour Vygotski : « Même l’écrivain qui
fixe par écrit le produit de sa création n’est pas le moins du monde le créateur individuel de son
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oeuvre » (Vygotski, 2005, p.33). Le praticien n’invente pas complètement son action mais plutôt
mixe des codes appartenant au dispositif symbolique de son époque. Ce qui revient au sujet au
travail sera le jeu des codes composant son activité. L’action aurait en fait son fondement dans la
société et ce qui serait à considérer serait l’impact premier des signes historico-culturels pour
reprendre le vocabulaire de Vygotski, en considérant que les types de discours disponibles dans la
connaissance s’inscrivent bel et bien dans le social. Ce qui serait donc à rechercher à travers les
mots et les gestes concerne avant tout un savoir social implicite.
Il s’agissait en effet de saisir la nature du travail d’intervention dans le domaine de la
santé mentale à l’intérieur de programmes définis par les encadrements organisationnels. La
tendance organisationnelle sera de définir l’intervention uniquement à partir de son processus
formel et explicite, réduisant le métier aux procédés et négligeant les autres éléments de l’acte. La
prise en compte du caractère compositionnel de l’action renvoie à la nécessité de reconnaitre les
attributs d’un nouveau souffle de l’épistémologie contemporaine qui devrait faire écho dans
l’étude de l’intervention, à savoir : la centralité de la réflexivité; du langage et de l’interprétation
des significations dans un domaine où la gestion institutionnelle de la connaissance fait
aujourd’hui prévaloir les données probantes. À ce titre, le virage actionnel qu’impulsent certains
courants de l’analyse discursive a mis en lumière le rôle du langage en situation de travail.
L’analyse des situations de travail y est reconnue comme espaces de dialogue entre chercheurs et
praticiens ainsi qu’entre les praticiens eux-mêmes; l’action en tant que l’un des thèmes majeurs
des sciences sociales y est conçue comme savoir et en tant qu’unité d’analyse. (Boutet, 1995;
Grosjean et Lacoste, 1999; Bronkart, 1997, Clot, 1999, Faïta, 2000). Enfin le discours, y est
défini comme forme dans laquelle se moule l’action.
Nous cherchions à répondre aux questions suivantes : quelle est la connaissance des praticiens du
champ de leur pratique? Et comment en parlent-ils? Ce qui est à repérer ici concerne le genre
social du métier. Il s’agit d’un ensemble d’actions et de discours rattaché à un domaine
particulier. On pourrait interroger un autre domaine d’activités, par exemple, le genre social du
métier de guide touristique. Nous pouvons en fait parler d’une grammaire du métier dans la
mesure où le métier dépasse le professionnel. Ce dernier est rattaché à la tâche à travers les actes
professionnels qui concernent d’ailleurs de plus en plus la division sociale du travail instauré par
les lois régissant le code des professions se concrétisant dans la planification et la prescription
des tâches. Par ailleurs, l’appartenance professionnelle est un référent symbolique majeur pour
les praticiens.
Mais en reconnaissant que ces batailles pour l’acte réservé constituent un élément
important de construction des pratiques, nous avons pensé que le genre social du métier dépasse
cette catégorie, et l’englobe parmi les autres éléments. Un langage commun et relativement stable
relèverait plutôt de la transdisciplinarité et c’est d’abord à cette grammaire du métier de praticien
en SMJ que s’adressaient nos questions.
Plusieurs dynamiques de la composition semblent se nouer aux activités quotidiennes des
praticiens. Ils se rangeront sous deux grandes catégories : on distingue une dynamique explicite
de l’action impulsée par l’institution organisationnelle, scientifique ou relevant des normes
professionnelles et une autre dynamique que nous qualifions d’implicite. La dynamique implicite
sera sous-jacente et imprévisible, ancrée dans le réel du quotidien. Les praticiens composent
quotidiennement avec l’incertitude. Incertitude organisationnelle en une période de réformes
majeures mais aussi pluralité des histoires. Témoins premiers des épreuves, leur rapport à l’action
ne peut être que fort diversifié, d’abord en fonction de la situation des sujets dans une mer de
situations aussi hétérogènes qu’imprévues, en fonction des appartenances professionnelles et des
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encadrements organisationnels mais aussi d’un genre d’activité dans un collectif de travail donné.
Cette action est également marquée des signatures qui renvoient au style individuel des
praticiens.
À un niveau plus général, la question a surtout concerné jusqu’ici, comment les tâches
relatives à l’institution déterminent et contraignent le travail des praticiens à partir d’une
dynamique explicite descendante. Notre démarche s’intéresse à une dynamique implicite
ascendante, à partir de la réorganisation de la tâche par l’activité des praticiens. Le
développement de la notion de composition vient ainsi dépasser l’idée d’un hiatus pur et simple
entre travail prescrit et travail réel. Autrement dit, il est toujours possible de faire autrement.
Enfin, les praticiens appréhenderaient le quotidien de leur pratique sous ces deux aspects
(implicites et explicites) et en cela, ils produiraient une connaissance. Selon cette approche du
travail, les savoirs d’action établissent des liens entre la représentation d’une situation donnée et
la représentation de l’action correspondant au genre d’activité dans un contexte organisationnel.
Le « genre », qui est le plus souvent implicite et concerne le collectif de travail dans une activité
donnée, est défini comme le dispositif symbolique « transpersonnel » qui structure l’action en
instaurant une manière de dire, de faire, de ressentir (Clot, 2006b). Par ailleurs, Clot insiste sur
l’importance du pouvoir d’agir sous-tendu par des rapports tensionnels entre le style individuel
(instance personnelle), le genre (instance transpersonnelle) et le contexte organisationnel
(instance institutionnelle) (Clot, 1999). Nous aurions affaire à une logique récursive que Giddens
a d’ailleurs mis au centre de sa théorie de la structuration.
Nous nous sommes intéressés aux catégories cognitives produites par les praticiens. Une
catégorie cognitive, en fait, est une catégorie de connaissance composée des divers langages
organisationnel, théorique, personnel, social, etc. Dans sa pratique, l’intervenant sera amené à
rencontrer des situations qu’il rangera dans des catégories. Il construira alors une sorte de
répertoire mental à partir de ces situations et des actions à poser sur ces situations. Les
informations sont en fait stockées de manière à ce qu’elles soient mémorisables par association.
La catégorisation permet dans le travail, de réduire la complexité de l’information, ce qui instaure
une économie du geste et de la parole. Les praticiens useront d’un stock d’énoncés qui seront les
prototypes d’un genre socio-discursif. Il existerait un « parlé social » concernant un domaine
donné (J. Boutet, 2005) Nous l’avons nommé pour le programme SMJ : « un parlé clinique » en
gardant à l’esprit que ce genre de discours particulier formé des catégories cognitives, est
composé à la fois d’éléments cognitifs, affectifs et sociaux (Vygotski).

Résumé en Anglais

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