Association Internationale pour la Formation, la Recherche et l'Intervention Sociale
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Fiche communication...   N°  4089
Titre
Pour la reconnaissance de la dimension existentielle de l'apprentissage par les instituts de formation en travail social : le cas des sujets argentiques  
Auteur(s)
CHARTRIN THIERRY  
     
Thème
 
Type
Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...  
Résumé
Bibliographie
Présentation Auteurs
Communication
PDF Fr non dispo
Résumé anglais
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Résumé
Pour la reconnaissance de la dimension existentielle de l'apprentissage par les instituts de formation en travail social : le cas des sujets argentiques

L'objectif de cette communication est de présenter l'impact des situations extrêmes (Fischer, 1994) dans le parcours de vie et son influence sur les choix existentiels des individus. Quelle orientation donner à sa vie après une épreuve ? L'étymologie d'orientation renseigne selon Danvers (2007 : 51), sur l'intention spirituelle de cette question au sens de « trouver son orient ». Elle révèle ainsi la question du sens d'une vie dans ses dimensions axiologiques (prévalence, hiérarchisation). Notre propos visera donc à explorer l'hapax existentiel (Onfray, 1991), les différentes épiphanies (Denzin, 1989) créés par l'imprévisible situation qui scinde l'existence et inaugure une perspective riche de toutes potentialités (Onfray, 1991: 27). Il s'agira dès lors, de comprendre comment, dans une démarche initiatique, l'homme peut dans l'épreuve, produire des savoirs épiphaniques (Chartrin, 2014) où le principal n'est pas de savoir mais d'être (Fillot, 2011 : 35) et apprendre (enfin) à vivre (Ferry, 2006). En effet, le processus d'autoformation existentielle participe pleinement à l'émergence d'une conception dialogique de l'humain (Morin, 2012). Comprendre l'être humain dans une approche dionysiaque (Nietzsche, 1889) où le chaos cohabite avec l'ordre et invite à enrichir les conceptions traditionnelles de l'apprentissage. La vie dans toutes ses composantes y compris les plus dramatiques nous forme, nous transforme au point de considérer, de reconnaître la prévalence de l'impact des situations extrêmes. C'est notamment à travers l'expression de Nietzsche (1889) "ce qui ne tue pas nous rend plus fort" que nous pouvons considérer l'existence d'un prisme, certes marginale, à travers lequel nous observons le passage du négatif au positif.

Utilisant une métaphore ancrée dans l'art photographique, le lien avec la technique du développement argentique nous est apparu correspondre le mieux à cette idée. À l'origine, avant l'avènement du numérique, pour réaliser de belles photos, de beaux portraits, il fallait utiliser une technique nommée argentique. Le rapprochement sémantique entre cette technique et notre sujet de thèse s’est donc échafaudé autour de quelques éléments centraux : l'obtention d'un positif passe par un négatif; il est, de plus, réalisable à partir d'une action, d'un mouvement, d'une dynamique produits par un tiers révélateur; le résultat final vise à engendrer un produit plus beau que l’original. Nous nommerons donc sujet argentique "toute personne qui, suite au vécu de situation extrême, a réorienté sa vie et considère mieux vivre dorénavant ». Le sujet argentique devient, dès lors, la personne qui, traversée par des événements passifs-actifs (Legrand, 1993) opère une réorientation de sa vie vers la recherche d'une vie bonne (Ferry, 2010), source d'enrichissement, de bien-être, de spiritualité. La violence de l'impact des situations extrêmes et sa proximité avec la mort offre une opportunité pour le sujet de reconsidérer le sens qu'il donne à sa vie. Il a fait l’épreuve de la finitude, ce qui par ailleurs a produit des transformations existentielles qui ont été à l'origine de l'émergence de savoirs. Quelle place peuvent prendre les récits de vie des parcours des sujets argentiques dans la formation de travailleurs sociaux ? Quels bénéfices peuvent-ils en retirer ? Nous proposerons dans un premier temps de développer ce que représente la dimension existentielle de l'apprentissage à travers l'exemple de vécu des situations extrêmes. Une autre partie sera consacrée à la production de savoirs épiphaniques (Chartrin, 2014) chez les sujets argentiques (Chartrin, 2014). Enfin, nous présenterons une situation andragogique dans le cadre de l'organisation de cycle de conférences dans notre institution. Cette communication s'inscrit dans un travail de thèse en sciences de l’éducation en cours intitulé "Expérience de situations-extrêmes, autoformation existentielle et spiritualité laïque : le cas des sujets argentiques ".

Bibliographie
DANVERS, Françis (2007), « Penser l’accompagnement en contexte de mobilité : orienter ou s’orienter, quel dilemme ? » in Penser l’accompagnent adulte, S/dir. BOUTINET Jean-Pierre, Paris : PUF, 2007, p.51-71

FERRY, Luc (2006), Apprendre à vivre, Paris: Plon, 302 p.

FERRY, Luc (2010), La révolution de l’amour. Pour une spiritualité laïque, Paris : Plon, 476 p.

FISCHER, Gustave Nicolas (1994), Le ressort invisible, Paris : Le seuil, 286 p.

FILLIOT, Philippe (2011), L'éducation au risque du spirituel, Paris : Desclée de Brouwer, 229 p.

LEGRAND, Michel (1994), L’approche biographique, Paris Desclée de Brouwer, 300 p.

MORIN, Edgar, « Réforme de pensée, transdisciplinarité, réforme de l’université » (en ligne) in Bulletin n° 12 du Centre International de Recherches et études Transdisciplinaires, Février 1998. Disponible sur http://ciret-transdisciplinarity.org/bulletin/b12.php

NIETZSCHE, Frédérich (1988), Le crépuscules des idoles, Paris : Folio, 151 p.

ONFRAY, Michel (1991), L’art de jouir, Paris : Grasset & Fasquelles, 279 p.

Présentation des auteurs
Thierry CHARTRIN, responsable des Formations Qualifiantes et Supérieures, chargé de mission recherche, prospective et développement à l’ARIFTS site Angevin. Doctorant Sciences de l'éducation à l’U.C.O d’Angers. Membre du groupe Spiritualité et Education.

Communication complète
Nous partageons tous un destin commun : nous allons tous mourir un jour sans savoir où et quand, ce qui constitue pour les humains une effroyable tragédie. Selon le philosophe Vladimir Jankélévitch (1977), l’homme résout généralement ce dilemme en occultant le problème : il triche ! Ainsi, pour cet auteur (1994), la mort est l'occasion d'une duperie perpétuelle avec soi-même, ce qui la rend vivable et pensable. La mort c'est l'affaire des autres, pas de soi. Du voisin, des gens qui passent dans la rue mais pas de moi "Je sais que je mourrai, mais je le crois pas" dit Jacques Madaule (1934). Je le sais répond Jankélévitch "mais je n'en suis pas intimement persuadé. Si j'en suis persuadé, tout à fait, certain, je ne pourrai plus vivre. Alors je l'applique aux autres. Commencez mon voisin…" (Jankélévitch, 1994 : 29). La mort est angoissante pense la psychanalyse, ce qui fait dire à Freud (1915) que personne ne croit vraiment à sa propre mort. Cependant, au cours d’une vie, certains évènements imprévisibles, impensables, inhumains peuvent surgir, obligeant l’homme à se remémorer son funeste destin. Gustave Nicolas Fischer (1994) les nomme des situations extrêmes. Originellement employé par Bruno Bettelheim dans son ouvrage "Survivre" (1979) retraçant sa vie concentrationnaire, le terme "situation extrême" désigne toutes situations mettant la vie en danger « […] autrement dit nous considérons une situation comme extrême si elle comporte d’une manière quelconque un risque de mort, cet horizon explicite de la mort est, à nos yeux, un critère essentiel » (Fischer, 1994 : 26). Il s’agit de situations extrêmes non voulues, imposées de l’extérieur dont les origines peuvent être soit des phénomènes de la nature (catastrophes naturelles), soit des circonstances de la vie (maladies, perte et séparation, dépendance du grand âge), soit la volonté humaine (guerres, camps de concentration), « et qui placent des personnes ou des groupes entiers dans des conditions tellement imprévues, bouleversantes et graves que leur vie est directement menacée ». (Fischer, 1994 : 23) Situation bouleversante mais non psychopathologique, impossible à anticiper où l’humain rencontre l’inhumain.

Mais au fond, que nous révèlent de manière principielle ces situations si ce n'est la confrontation à sa propre finitude ? Elles se définissent par un déchirement de notre identité du fait de la confrontation avec la mort psychique ou physique. Ces événements rendent présents à la conscience ce qui est habituellement occulté à savoir que nous ne sommes pas immortels. Une espérance trompeuse qui fait croire à l'homme qu'il peut tricher avec la mort. Pas maintenant, plus tard, jamais, peut-être, apportent cette insouciance qui lui laisse le temps de vivre. Mais qu'est ce que vivre lorsque l'on ne reconnait pas sa finitude ? Pour Heidegger (1927), une vie sans conscience de sa finitude est une vie inauthentique. L’Homme évolue dans le monde des choses, immergé dans les divertissements (Pascal, 1658). Il remplit son agenda d’activités qui occupent l’esprit et l’orientent vers l’extérieur et vers l’avenir afin de ne pas réfléchir à soi, au temps qui passe et d’oublier la misère de l’existence humaine : nous sommes tous des êtres faibles, mortels, exposés aux affres de la solitude, des soucis, et de la maladie. "Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés pour se rendre heureux de n'y point penser" (Pascal, 1658 : 120). Préoccupé par l’apparence des choses, l’homme se rabaisse, se perd dans le « on ». (Heidegger, 1927). Selon Sénèque, l'homme est en proie à l'affairement qui le détourne de l'essentiel : la vie est brève. Attendre d'en profiter, c'est oser un pari risqué. Les situations extrêmes permettent donc de dévoiler la supercherie, et rendent visible la terrible évidence : nous ne sommes pas éternels, nous fantasmons notre immortalité dans le but de gérer nos angoisses, de poursuivre notre existence.
L'affairement (Sénèque, 49), le divertissement (Pascal, 125) ne sont plus des remparts suffisants pour alimenter cette illusion. Dès lors, confronté à cet état de fait, l'homme est traversé par le doute d'une fin potentielle. "Et si tout s'arrêtait ?" Terrible aveu d'impuissance qui rappelle l'homme à ses limites et donc à ses choix : que va-t-il faire de cette révélation ? Comment va-t-il intégrer cette nouvelle information capitale ? En effet, rien ne l'oblige, rien ne le contraint à changer d'existence. Il peut tout à fait se dire que ce n'était pas son jour (les catastrophes), que ce n'était pas pour lui (la perte), qu'il a eu de la chance d'être en vie (les guerres, les camps de concentration), que ce n'est pas pour tout de suite, que ce n'est pas si dangereux que cela, que c'est curable (les maladies mortelles), qu'il reste encore du temps (le grand âge). Il peut nier l'évidence, consciemment ou pas, d’ailleurs. La psychanalyse nous a enseigné la puissance des mécanismes de défense possibles dont le déni est un robuste dissimulateur de vérité. La situation-extrême peut donc être vécue comme une simple alerte qui modifiera temporairement les attitudes, développera une méfiance superficielle sans toucher le cœur de la problématique existentielle : nous ne sommes jamais aussi vivants que lorsque nous avons conscience de notre finitude. La tragique destinée dont nous connaissons tous la fin. Ainsi, - et c'est le sens de notre thèse - nous constatons que certaines personnes vont se saisir de ces situations pour modifier radicalement leur vie, basculer dans un autre rapport au monde, aux autres et à eux-mêmes mais surtout déclarer que leur vie est dorénavant bonifiée. L'événement non désiré devient avènement. Mais comment comprendre qu’un évènement à la base tragique devienne source de transformations existentielles bonificatrices. Selon Morin (1977), il s’agit de penser le réel à partir d’une pensée dialectique de l'unité des contraires ce qu’il nomme l'approche dialogique. La dialogie se définit comme l'association complémentaire des antagonismes qui nous permet de relier des idées qui se rejettent l'une l'autre, comme par exemple l'idée de vie et de mort. Et pourtant, la vie et la mort sont l'envers l'un de l'autre, comme le démontre la palingenèse universelle. Sans la disparation des êtres, point de vie selon les biologistes. Vie et mort sont les deux faces d'une même pièce de monnaie, ce processus dialogique implique que l'existence de l'une est constitutive de l'autre : une face "mort" pour une partie pile "vie". Cette pensée n'est pas nouvelle. Dans l'antiquité, le philosophe Héraclite avait initié ce rapprochement à travers son célèbre aphorisme "vivre de mourir et mourir de vivre" C'est-à-dire mourir à force de ne pas vouloir mourir, mourir d'immortalité (Jankélévitch, 1977 : 451).

La pensée Morienne est en effet inspirée par Héraclite, penseur grec présocratique, concepteur d'une pensée complexe incluant la dialectique comme source de constitution du monde. Selon le philosophe, changement et permanence sont associés intimement, ou tout est un, une seule et unique substance mais en perpétuel changement «tout est un » et « tout s'écoule » (D'Jeranian, 2009 : 13). Ainsi, pour le philosophe, reconnaître le principe de toute chose, c'est accepter d'associer les contraires, l'immuabilité de l'être et la violence du devenir qu'Héraclite cherche à concilier dans une harmonie polémique. Ce que Nietzsche va reprendre dans sa théorie dionysiaque du monde. (Ferry, 2010). La doctrine de la coexistence des contraires implique que l'harmonie invisible, c'est-à-dire celle qui résulte des contraires, est meilleure que la visible (Gomperz, 2009 : 39). En effet, pour Héraclite "La maladie a rendu la santé désirable ; la faim la satiété et la fatigue le repos" (fragment 101). La doctrine Héraclitéenne ouvre à la pensée chiralique, où souvent le remède est à côté du mal, l'antidote à côté du poison, la mort à côté de la vie, où il nous faut "[…] reconnaître dans le conflit apparent une profonde harmonie intérieure" (Gomperz, 2009 : 52-53). C’est dans cette pensée complexe que le sujet trouve le bassin sémantique de son processus d'autoformation existentielle, c'est-à-dire la manière dont il va apprendre du vécu de ces situations extrêmes.

Le processus d'autoformation existentielle participe pleinement à l'émergence d'une conception dialogique de l'humain. C'est notamment à travers l'expression de Nietzsche (1889) "ce qui ne tue pas nous rend plus fort" que nous pouvons considérer l'existence d'un prisme, certes marginale, à travers lequel nous observons le passage du négatif au positif. Utilisant une métaphore ancrée dans l'art photographique, le lien avec la technique du développement argentique nous est apparu correspondre le mieux à cette idée. À l'origine, avant l'avènement du numérique, pour réaliser de belles photos, de beaux portraits il fallait utiliser une technique nommée argentique Le rapprochement sémantique entre cette technique et notre sujet de thèse se construit dès lors autour de quelques éléments centraux : l'obtention d'un positif passe par un négatif, il est réalisable à partir d'une action, d'un mouvement, d'une dynamique produits par un tiers révélateur. Nous nommerons donc sujet argentique "toute personne qui, suite au vécu de situation extrême, a réorienté sa vie et considère mieux vivre dorénavant ».Le sujet argentique devient, dès lors, la personne qui, traversée par des événements passifs-actifs (Legrand, 1993) opère une réorientation de sa vie vers la recherche d'une vie bonne (Ferry, 2010), source d'enrichissement, de bien-être, de spiritualité. La violence de l'impact des situations extrêmes et sa proximité avec la mort offre une opportunité pour le sujet de reconsidérer le sens qu'il donne à sa vie. Il a fait l’épreuve de la finitude, ce qui par ailleurs a produit des transformations existentielles qui ont été à l'origine de l'émergence d’un savoir fondamental : apprendre à vivre, c’est se savoir mortel.

Dans le cadre de notre exercice professionnel, nous organisons des cycles de conférences thématiques. Le premier cycle s'est intitulé « Du parcours de vie à la transmission de savoirs ». Il a permis d'entendre trois conférenciers et s'est ponctué en décembre 2014 par une journée d'étude sur la question de la reconnaissance de la dimension existentielle de l'apprentissage.

La première conférence intitulée "Ce que la vie m'a donné est plus important que ce qu'elle m'a enlevé" a été proposée par Guillaume de Fonclare. Agé de 45 ans, il est marié et père de deux enfants. Il est également l’auteur de trois ouvrages qui traitent de manière plus ou moins directe du vécu de trois situations extrêmes qui ont ponctué son parcours de vie. En effet, à 10 ans, il apprend brutalement le décès de son père, pilote d'hélicoptère qui se tue lors d'un essai. À 35 ans, il est victime de douleurs intestinales aiguës. Il est alors l'objet d'une attention particulière du corps médical qui peine à comprendre l'origine du mal. Il subit régulièrement des examens. Le diagnostic est pour l'instant nébuleux ; il serait atteint d'une maladie dégénérative neurologique orpheline qui a des répercussions musculaires. Il écrit dans son premier ouvrage la crainte existentielle qui l’habite à ce moment : il décline, sent que sa fin approche sans savoir véritablement quand mais surtout ne sait pas pourquoi ! Au niveau clinique, les nerfs et muscles s'altèrent progressivement, il est victime de problème de mouvements incontrôlés, de douleurs intenses équivalentes à la pénétration d'un poignard dans le corps. Les symptômes de la maladie sont durement vécus, les douleurs sont variables en intensité mais surtout en fréquence. Malgré un traitement lourd, Guillaume de Fonclare ne parvient toujours pas à juguler de fortes souffrances qui peuvent apparaitre à n’importe quel moment. A l’évidence, les efforts physiques sont producteurs de conséquences. A l’heure actuelle, il ne peut pas, par exemple, marcher plus de deux cent mètres à l’aide de sa canne au risque d’une fatigue et problèmes musculaires intenses. Par ailleurs, les douleurs peuvent surgir sans raisons apparentes ce qui est un des points les plus complexes à gérer. Il vit depuis plus de dix ans avec ce corps perpétuellement douloureux et est actuellement toujours en proie à cette maladie dont il ne sait toujours pas ni le nom, ni quelle sera sa progression. À 40 ans, il apprend le suicide de son meilleur ami d'enfance. Ce geste sera pour lui un moment épiphanique intense qui lui fera prendre conscience de la brièveté de la vie. Il comprend alors qu'il est lui-même sur le fil. Ce sera pour lui un déclencheur important dans son parcours de vie puisqu'il décidera de mettre en mots son vécu à travers la rédaction d'un ouvrage intitulé « Dans ma peau » (2010), puis « Dans tes pas » (2012) et enfin « Joe » (2014). Il a progressivement accepté sa maladie, le décès de son père et le suicide de son meilleur ami au point de considérer qu'il vit mieux dorénavant. Guillaume de Fonclare appartient à ce que nous nommons les sujets argentiques. C'est ce récit que nous lui avons demandé de présenter lors de cette conférence. L'objectif principal étaient de comprendre non pas ce qui est lui arrivé mais plutôt ce qu'il en a fait, pour paraphraser A. Huxley (1932). En d'autres termes, qu'a-t-il appris de ses leçons de vie, que sont les savoirs issus du processus d'autoformation existentielle dont il a été le sujet et l'objet ? Le message de Guillaume de Fonclare est sans équivoque : il faut accepter le réel tel qu'il est, à la manière des philosophes grecs anciens. C'est ce que Nietzsche (1888) appelle L’amor fati. Par-delà le bien et le mal, le philosophe nous invite à aimer son destin sans chercher à le transformer. En référence aux travaux du stoïcien Épictète, nous retrouvons la définition de la vie bonne proposé par Luc Ferry (2006 : 61) « c'est la vie sans espérance ni crainte, c'est donc la vie réconciliée avec ce qui est, l'existence qui accepte le monde comme il va ». Se sachant mortel, il a (enfin) appris à vivre (Ferry, 2006).

Que peuvent apporter des récits de vie de sujets argentiques dans la formation de travailleurs sociaux ? Parler de parcours d'un individu, c'est inéluctablement parler du sens qu'il donne à sa vie. Une vie polyforme, hybride, composite, forgée à l'aune d'une injonction au conformisme, d'une crainte originelle de la mort qui pousse l'individu à se désynchroniser de l'essentiel au profit de l'accessoire, au mieux de l'important (Robin, 2013). Les situations-extrêmes vécues comme opportunités appartiennent donc à la catégorie de la révélation transformatrice et ne peuvent, bien évidement, faire l'économie d'une réflexion sur un soubassement spirituel. Au delà des clivages définitionnels entre religion, morale et spiritualité, la question du sens à donner à un parcours de vie entre ici en contrebande. C'est vers cette voie que nous souhaitons progresser : comprendre que notre mortalité est une chance pour donner du sens à notre vie mais plus encore partager la prévalence de l’être sur l’avoir. Les travailleurs sociaux font, à travers l'écoute de ce récit, l'épreuve de la relativisation ainsi qu'une réflexion profonde sur ce que vivre veut dire. Nous militons pour une spiritualisation de la formation, véritable matrice sur laquelle les référentiels de formation devraient naturellement s'adosser.

Résumé en Anglais

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