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Savoir ne pas savoir...

Année : 2012

Thème : De la formation comme un des Beaux-Arts

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

ROUZEL Joseph (France) – rouzel@psychasoc.com

Résumé :

Dans les formations en travail social que nous menons à l'Institut Européen Psychanalyse et Travail Social (PSYCHASOC) de Montpellier, de fait le transfert prend la forme d'une demande de savoir sans faille, total, voire totalitaire. Du côté des travailleurs sociaux: dites-nous que faire; du côté des psychologues et rééducateurs : dites-nous ce que vous savez. En tant que formateurs nous sommes ainsi placés devant une idéologie du flux tendu où « faire » et « savoir » sont sommés de réponde sans écart à l'angoisse des professionnels. Angoisse légitime, tant les conditions de travail dans le champ de l'intervention sociale sont aujourd'hui détériorées, soumises au management débridé et jaugées à l'aune d'évaluations d'expertise qui dépossèdent les professionnels de leur propre savoir et savoir faire. A toute question mise sous la pression du travail quotidien avec les usagers doit correspondre une réponse adéquate et adaptée, sans écart, sans en passer par un processus d'élaboration de la question. Il s'agit d'être pragmatique et efficace, que diable, pas de penser! Une difficulté émerge de la pratique, un embarras, et il y a aurait, prêts-à-penser, soit du savoir-faire, soit du savoir. La formation devient un service des biens, un marché idéologique: à tout manque correspond un objet manufacturé. Ainsi le savoir, les concepts, les théories qui sous-tendent le travail dit "social" sont-ils proposés dans un vaste supermarché de la consommation: des objets parmi d'autres. Demander alors à un stagiaire ce qui l'embarrasse, pourquoi il aborde telle difficulté, produit souvent une réponse cinglante: on n'est pas là pour parler de soi. Ce "fading" du sujet s'avère plus que problématique quand il s'agit de soutenir un acte de formation dont on attend des changements de position chez les sujets qui s'y exposent. Comment face à la demande de formation maintenir un espace ouvert à l'élaboration, comment savoir ne pas savoir? Comment créer les conditions de transmission des métiers du social pour produire ce que François Rabelais nommait un "gay sçavoir" qui ne relève jamais d'une accumulation de savoirs savants, ni de recettes mais émane d'une construction personnelle propre à chaque professionnel?

Mots clés :

Formation, Transfert des connaissances, Logique marchande

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