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« Collaboration ou coopération ? Une recherche-action sur la sanction à l’école »

Année : 2012

Thème : Proposition de communication

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

PALTRINIERI Luca (France)
OLLIVIER Christian (France) – lamour.ollivier@wanadoo.fr
DE SA MOREIRA Matias (France) – matias@samoreira.com

Résumé :

TECOMAH est un établissement d’enseignement de la Chambre de Commerce de Paris spécialisé dans les métiers de l’environnement et de la restauration. Face au constat d’une prolifération de sanctions sans effets dans la formation pré-bac, deux enseignantes et leur responsable pédagogique ont voulu demander l’aide d’un laboratoire de recherche, le CIRPP, pour mettre en place une recherche-action. L’hypothèse de recherche était que les problèmes d’indiscipline pouvaient se régler à travers la transformation, par les acteurs (« praticiens » et élèves eux-mêmes), du règlement existant. Le dispositif alors imaginé s’est focalisé progressivement sur un seul objet : l’écriture, par les étudiants eux-mêmes, d’un projet de loi destiné à compléter le règlement intérieur de l’école. Nous avons ainsi procédé à institutionnaliser, dans les classes des « cercles de discussion » sur la loi et le règlement. Nous avons ensuite mise en place un « chercheur collectif », c’est-à-dire un groupe composé de représentants d’élèves, du chercheur-accompagnateur, des professeures et du responsable pédagogique, dont la finalité était de (re)penser le dispositif dans ses forces et ses limites, et de le transformer au fil de la conduite de l’expérience. Nous avons procédé, parallèlement, au tournage d’une vidéo dont les rushes allaient alimenter notamment la réflexion des cercles de discussion et du « chercheur collectif ». Le vidéaste était aussi considéré comme partie prenante dans cette recherche.

Questions
1)Du point de vue méthodologique, nous nous sommes appuyés, au départ, sur un fonctionnement classique, basé sur la reformulation de la question initiale par les acteurs, la dynamique de groupe, l’observation ethnographique, l’écriture collective afin d’obtenir une relation d’implication/distanciation des acteurs par rapport au sujet de recherche. Mais nous nous sommes heurtés à plusieurs questions, notamment relatives à l’écriture : qui peut et qui a légitimité pour écrire ?
2)En effet, la nature même de cette recherche-action semblait impliquer une extension progressive du cercle des acteurs-chercheurs aux étudiants eux-mêmes : c’était à eux d’entreprendre un travail substantiel de réécriture du règlement existant. Mais pouvait-on définir le travail des groupes de discussion étudiante comme un travail de « recherche » ? Parmi les membres du « chercheur collectif » cette question a donné lieu à un débat, qui portait sur la nature même du travail produit.
3)Pour nous il s’agissait principalement et surtout de produire une transformation par l’action, plus qu’une seule production de connaissances. Cependant nous nous sommes rendus compte que l’évolution de l’action impliquait non seulement la mobilisation des connaissances déjà formées mais aussi l’évolution du point de vue des acteurs et notamment leur autorisation à produire du savoir en s’appuyant sur leurs compétences. Ainsi cette recherche a donné lieu non seulement à une modification du règlement de l’école, mais aussi un livre et à un article coécrit.
4)L’on doit parler de cette recherche-action comme d’une transformation des rapports de production des savoirs : le chercheur « professionnel » n’évalue plus de l’extérieur une situation en l’objectivant. Les praticiens « non-chercheurs » (étudiants, enseignants, responsables pédagogiques, etc.) ne sont plus les simples « clés » d’accès au terrain, mais les protagonistes de la transformation de la situation. On parlera ainsi de recherche-action coopérative dans la mesure où il ne s’agira plus seulement de travailler ensemble en faisant converger les différents intérêts des acteurs, dans une logique de collaboration, mais de produire une œuvre commune en une communauté d’action. L’enjeu principal de ce travail communautaire était ainsi, encore plus que l’obtention du règlement de l’école, la transformation de toutes les postures d’acteurs : étudiants, enseignants, chercheurs.

Mots clés :

Vivre ensemble, Recherche-action, Action publique

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