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Prise en compte de l’expertise des opérateurs des entreprises agroalimentaires pour la conception de systèmes d’aide à la décision

Année : 2013

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

ALLAIS Irène (France) – irene.allais@educagri.fr

Résumé :

Les procédés de fabrication des aliments doivent garantir leur qualité et leur régularité dans le temps. Cette qualité est caractérisée par un ensemble de propriétés parmi lesquelles les propriétés sensorielles (aspect, couleur, texture, odeur…) sont cruciales car elles conditionnent le choix des consommateurs. Elles sont difficiles à mesurer au moyen d’appareils de mesure mais les opérateurs présents dans les ateliers de fabrication sont capables de les évaluer au moyen de leurs sens (vue, odeur, toucher, ouïe) [1] [2]. De plus, ils utilisent ces informations pour conduire les procédés de fabrication des aliments et disposent ainsi d’un savoir-faire spécifique.
La recherche collaborative a consisté à associer chercheurs du domaine du génie des procédés agroalimentaires et opérateurs détenteurs du savoir-faire de fabrication des aliments présents dans les ateliers, afin d’intégrer l’expertise des opérateurs dans des systèmes d’aide à la décision pour améliorer la conduite des procédés.
La méthodologie développée a pris en compte 2 types de spécificités :
•Spécificités liées au contexte de travail en atelier de fabrication, d’où la nécessité de prendre en compte l’organisation de l’entreprise dans le déroulement de la recherche
•Spécificités liées à l’expertise humaine qui implique de prendre en compte des facteurs liés à l’individu (importance de l’explicitation et la motivation lors de la collaboration avec l’opérateur) mais aussi aux relations sociales dans le travail. Un cadre méthodologique spécifique (le concept d’indicateur sensoriel) a été défini pour formaliser les mesures sensorielles réalisées par les opérateurs [3]. Il a été adapté de la méthode d’analyse sensorielle descriptive utilisée classiquement sur les aliments en laboratoire. Des méthodes mathématiques particulières capables de gérer les données de format symbolique ont été mise en œuvre.
Ainsi, le fait d’avoir décidé de mener une recherche s’appuyant sur les opérateurs de fabrication a généré l’élaboration d’une méthodologie spécifique issue de l’adaptation de méthodes issues d’autres domaines d’application : génie des procédés alimentaire, ingénierie de la connaissance ou mathématiques.

Les chercheurs impliqués sont issus du génie des procédés et des sciences des aliments, domaines où les approches sont classement basée sur des savoirs et des démarches expérimentales. Leur motivation était un intérêt scientifique pour explorer une nouvelle voie: la prise en compte de l’expertise humaine pour la conduite des procédés et pour mettre au point des méthodes innovantes. Certains freins culturels sur l’idée de coopération entre savoir-faire et savoirs ont été rencontrés dans une communauté scientifique et une industrie où la logique dominante est la substitution du « savoir-faire » par le « savoir ».
Les acteurs des entreprises impliqués dans cette RAC peuvent être classés en 2 catégories : l’encadrement, décideur de l’engagement dans le projet, et les opérateurs détenteurs de l’expertise. Les motivations de l’encadrement résident dans une anticipation des résultats de la recherche pour une amélioration du fonctionnement de l’entreprise et l’intérêt de participer à un projet innovant. L’engagement initial des opérateurs n’est pas spontané mais plutôt provoqué. Leur engagement s’affirme progressivement car ils trouvent plusieurs intérêts : la fierté de voir son savoir-faire reconnu et d’être le centre d’intérêt, la satisfaction de pouvoir échanger sur son activité professionnelle avec un interlocuteur réellement intéressé.

Une douzaine de cas différents ont été traités et ont montré que l’approche proposée était pertinente du point de vue de la communauté scientifique [4] à [10]. Pour les opérateurs, l’implication dans la RAC leur a permis de prendre du recul par rapport à leur activité et d’échanger entre eux sur leurs savoir-faire. A l’issue de ces travaux, un nouvel éclairage a été produit sur le couplage entre approches expérimentales et expertes.

Mots clés :

Savoir-faire, Transfert des connaissances, Acteurs, Entreprise

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