La construction d'une analyse par la discussion entre savoirs scientifiques et savoirs d'action
Année : 2013
Thème : Elaborer localement la problématique de la parentalité dans les dispositifs éducatifs
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
LYET Philippe (France) – philippe.lyet@askoria.eu
PERRET Anne-Véronique (France) – avperret@grand-dijon.fr
STURLA-BORDET Pascale (France) – pascale.sturla-bordet@caf.fr
Résumé :
La CAF de la Côte d'Or et la communauté d'agglomération du Grand Dijon ont commandité une recherche sur la question de la parentalité dans des dispositifs éducatifs(PRE, CLAS, REAAP).
Il s'agissait à la fois de comprendre les réalités des parents et les dispositifs et pratiques d'intervention en direction de ces parents et de leurs enfants. Pour cela, la CAF21 et le Grand Dijon ont choisi l'IRTESS de Bourgogne pour mener cette étude.
Les trois partenaires ont monté un dispositif collaboratif d'analyse de l'enquête et de validation de ses résultats qui reposait sur plusieurs collectifs : un comité de pilotage composé de responsables locaux (une réunion), un comité technique rassemblant les techniciens chargés de l'action, de la CAF21, du Grand Dijon, de l'Éducation Nationale (EN), de la FRMJC, et de l'IRTESS, qui s'est réuni une douzaine de fois, et un comité de suivi du projet composé des animateurs de ces dispositifs, qui s'est réuni deux fois.
Il s'agissait de produire une compréhension partagée des phénomènes issus de la discussion entre ces différents acteurs.
Les deux commanditaires ont produit un cahier des charges et les formateurs-chercheurs de l'IRTESS ont réalisé une recherche selon les règles communément admises : -exploration de la littérature ; enquête par entretiens, individuels et collectifs, auprès de parents, d'enfant et de jeunes, de techniciens, de décideurs et d'élus ; rédaction d'un rapport final (présenté lors d'une journée d’études qui était assez en phase avec ce qui a déjà été écrit sur la question.
La caractéristique collaborative de cette recherche tient au fait que les analyses finales présentes dans le rapport, si aucun compromis n'a été passé par rapport à l'exigence d'honnêteté intellectuelle, ont été discutées au fur et à mesure qu'elles se construisaient, dans les deux derniers collectifs. Les chercheurs ont présenté leurs constats et interrogations, les autres acteurs ont réagi en validant, en critiquant, en complétant ou en nuançant tel ou tel point des analyses.
C'est surtout au sein du comité de suivi que le travail a été le plus poussé. Chaque mois, les six participants de ce comité de suivi se retrouvaient pour échanger sur la conduite de la recherche. L'avancée de celle-ci était présentée et cela donnait lieu à des discussions où les représentants de la CAF21, du Grand Dijon et de l'EN parlaient de l'organisation de l'action, des rapports entre les différents acteurs, apportaient des éléments de contexte et de compréhension depuis leur point de vue institutionnel.
Au fil des mois, ceux-ci ont progressivement rejoint la logique d'analyse des chercheurs. Mais la co construction d'une communauté de pensée s'est faite à la fois gràce à l'intégration par les techniciens des institutions des analyses des chercheurs et grâce l’appropriation par les chercheurs des logiques des institutions et des acteurs.
L’analyse partagée par le collectif a ainsi permis d’identifier des difficultés sous l’angle de la mise en œuvre et de la coordination de l'action, mettant en jeu différents acteurs (parents, enfants, techniciens et intervenants, élus, etc.). En effet les parents rencontrés assument leur rôle en mobilisant autant que possible les ressources locales, professionnels et dispositifs, comme appuis dans la scolarité de leurs enfants et se heurtent plutôt à un problème de lisibilité de ces ressources.
Ce processus a non seulement consisté en la construction d'une connaissance hybride qui a intégré des savoirs scientifiques et des savoirs d'action ; mais aussi en l'élaboration de préconisations, qui ont été guidées par l'exigence de faisabilité et d'acceptabilité des décideurs. Cela a permis que les résultats et les propositions soient « acceptables » par les acteurs locaux parce qu'ils ont pris en compte les savoirs d'action, et qu'ils ont été construits dans une démarche collégiale, qui a été relayée au delà des collectifs mis en place, à chaque étape, dans chaque institution pilote.
Mots clés :
Secteur socio-éducatif, Co-construction, Recherche-action
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