Quand la recherche donne la parole aux « usagers » : quelques enjeux entourant la production de savoirs critiques et leurs effets sur le statu quo ou sur la transformation des pratiques sociales

Année : 2013

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

LEMAY Louise (Canada) – louise.lemay@usherbrooke.ca

Résumé :

Comment et avec qui construit-on un savoir utile à l’intervention sociale, à sa remise en question et à son renouvellement ? Certes, la construction d’un tel savoir ne saurait faire fi du savoir expérientiel des « usagers » des services ni de celui des praticiens engagés quotidiennement au cœur de l’intervention sociale. Or, quels sont les enjeux entourant la production et la transmission de savoirs critiques sur l’intervention sociale et quels en sont les effets? Cette présentation met en relief le rôle social, voire politique joué par la recherche qualitative appliquée. Dans des contextes marqués par la controverse entre acteurs ou la contrainte, elle constitue un véhicule privilégié pour la production et la transmission de savoirs critiques nécessaires à la réflexivité sur les pratiques sociales et à leur transformation.

Nous abordons quelques enjeux et effets entourant la prise de parole et la production de savoirs critiques issus de l’expérience d’intervenants ou d’usagers dans différents contextes d’intervention sociale. Les résultats présentés sont issus principalement de deux recherches menées au Québec. La première porte sur l’analyse des rapports de pouvoir entre acteurs dans un contexte d’intervention axé sur le développement du pouvoir d’agir de mères monoparentales en situation de vulnérabilité (Lemay, 2005). Quelques témoignages d’intervenants et de mères concernées serviront à illustrer le rôle joué par la recherche dans un contexte caractérisé par la controverse sur les pratiques sociales mises en œuvre et par la menace associée à la prise de parole publique des personnes. Seront aussi exposées quelques stratégies d’obstruction déployées par des acteurs dont l’enjeu consiste à légitimer des pratiques institutionnelles dans un contexte politique menaçant leur survie, ainsi que les effets de telles stratégies sur le statu quo des pratiques sociales (Lemay, 2002, 2005).

La deuxième étude porte sur l’analyse de pratiques de partenariat et de médiation intersectorielle entourant les services aux jeunes en difficultés et besoins multiples dans le cadre du dispositif québécois des équipes d’intervention jeunesse (ÉIJ) au Québec (Lemay et coll., 2013). Un volet important documente l’expérience de partenariat vécue par les parents. Quelle voix ces personnes ont-elles dans un contexte d’intervention sociale où se croisent une multiplicité d’acteurs aux savoirs spécialisés? Les résultats présentés portent sur quelques conditions favorables et obstacles à leur mobilisation et participation active dans ces contextes de pratique caractérisés par la complexité (des problématiques et du partenariat) et la confrontation de savoirs multiples. Ils montrent toute l’importance que les parents accordent à la reconnaissance et à la légitimation de leurs savoirs expérientiels ainsi qu’aux pratiques déployées pour favoriser leur inclusion dans une équipe où tous les acteurs se rallient autour de la nécessité de résoudre les complexités en jeu afin de répondre à l’intérêt supérieur commun, le bien-être de leur enfant.

Cet exercice de transmission de savoirs critiques issus de recherches menées auprès des « usagers » a une visée réflexive. Il invite à examiner au-delà des discours, les implications pour l’intervention lorsqu’il s’agit de situer « l’usager au cœur des services ». Accueillir leur parole et transformer les pratiques sociales sous l’influence de leurs savoirs expérientiels critiques, exigent un réel changement de posture, quel que soit notre champ d’action, en recherche, formation ou intervention. La recherche est aussi une intervention sociale qui s’inscrit dans le sens des valeurs du travail social. Privilégier la transmission de savoirs issus de l’expérience des « usagers » n’est pas une activité neutre. Elle participe au développement de leur pouvoir d’agir et à leur inclusion sociale par la production et la légitimation de savoirs expérientiels axés sur la transformation des pratiques sociales.

Mots clés :

Partenariat, Usager, Participation

← Retour à la liste des articles