LES AGIRS ET DISCOURS DES PRATICIENS DE PREMIÈRE LIGNE EN SANTÉ MENTALE JEUNESSE : UNE CONNAISSANCE COMPOSITE

Année : 2013

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

DOUCET Marie-Chantal (Canada) – doucet.marie-chantal@uqam.ca

Résumé :

La communication proposée porte sur les liens nécessaires entre une sociologie de la connaissance et une analyse du travail de praticiens de première ligne en santé mentale jeunesse (SMJ) en CSSS (centres de santé et de services sociaux) au Québec. Elle reprendra donc les questions de l’axe I de l’appel à communication (construction des savoirs et enjeux pour l’intervention sociale) en se centrant sur une épistémologie des savoirs : par quels chemins se nouent la connaissance et l’activité? Plus spécifiquement, nous cherchons à répondre aux questions suivantes : quelle est la connaissance des praticiens du champ de leur pratique? Et comment en parlent-ils? Penser la pratique sur le registre de la connaissance signifie reconnaitre aux praticiens un savoir qui leur est propre dans leurs interventions quotidiennes. La notion de connaissance composite, au centre du modèle que nous développons dans le cadre plus large d’une analyse des agirs et discours des métiers relationnels sera présentée. Une connaissance composite sera définie comme une configuration résultant de la combinaison de savoirs implicites et explicites provenant de zones distinctes de l’esprit humain et relevant donc de registres de raisonnement différents. Irréductibles les uns aux autres, ces savoirs composent l’activité. Il s’agit ici de saisir la pluralité des logiques concernées dans l’acte d’intervenir en accordant le premier rôle à la parole. Nous partons du point de vue qu’il faut s’adresser à la connaissance des acteurs concernés afin de mettre au jour les cadres de signification des pratiques. Sur le plan empirique, la recherche a pour visée de comprendre d’une part, de quelles manières les cadres normatifs dans lesquels les individus au travail évoluent, régissent et conditionnent leur activité au travers de codes de conduites spécifiques. D’autre part, comment ces derniers apportent des solutions à leur environnement plus ou moins contraignant afin de faire leur travail. L’accent sera porté sur ce dernier aspect pour la présente communication. Nous travaillons l’hypothèse d’une réorganisation de la tâche prescrite par l’activité des individus au travail (Clot, Faïta, 2000). Autrement dit, l’attention est portée sur l’ensemble des efforts fournis par les praticiens afin de s’intégrer aux cadres de l’organisation tout en contribuant en tant qu’acteurs de premier plan, à son développement. Selon, cette hypothèse, l’exercice du métier d’intervenant en SMJ serait donc une activité de composition constante avec divers registres de savoirs. Par composition, nous voulons mettre en avant le fait que la pratique d’intervention engage la mobilisation constante d’un jeu avec les codes, ce qui entraine une réorganisation des significations et contribue donc de façon essentielle au développement de l’institution. L’idée de composition renvoie à la combinaison des mots et des gestes en relation avec le style individuel en tant que force de rapport social mais aussi en fonction d’un genre d’activité défini comme le dispositif symbolique « transpersonnel » qui structure l’action en instaurant une manière de dire, de faire, de ressentir (Clot et Faïta, 2000). Il s’agit en effet de saisir la nature du travail d’intervention dans le domaine de la santé mentale à l’intérieur de programmes définis par les encadrements organisationnels. La tendance organisationnelle sera de définir l’intervention uniquement à partir de son processus formel, réduisant le métier aux procédés et négligeant les autres éléments de l’acte. La prise en compte du caractère compositionnel de l’action renvoie à la nécessité de reconnaitre les attributs d’un nouveau souffle de l’épistémologie contemporaine qui devrait faire écho dans l’étude de l’intervention, à savoir : la centralité de la réflexivité; du langage et de l’interprétation des significations dans un domaine où la gestion institutionnelle de la connaissance fait aujourd’hui prévaloir les données probantes.

Mots clés :

Épistémologie, Savoirs, Santé mentale

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