Ethnométhodologie et (re)connaissance des savoirs professionnels
Année : 2013
Thème : Analyse conversationnelle d’un corpus d’entretiens d’aide sociale au Portugal
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
BINET Michel (Portugal) – binetmichel@gmail.com
SOUSA Isabel (Portugal) – mariaisabelsousa@sapo.pt
MONTEIRO David (Portugal) – davidtomasmonteiro@gmail.com
Résumé :
L’approche ethnométhodologique (Garfinkel & Sacks, 1990) porte sur les savoirs incorporés à des pratiques inséparables des situations de travail qui les encadrent et qu’elles contribuent à redéfinir et réinventer. Situés, ces savoirs, procéduraux et méthodologiques (Heritage, 1991), sont à la fois maîtrisés par les professionnels et en grande part ignorés par eux en tant que tels. La recherche ethnométhodologique produit ainsi des effets de reconnaissance par les professionnels eux-mêmes des méthodes d’action concertée qui organisent les modalités concrètes de leur interagir communicationnel dans les situations liées à l’exercice de leur profession (Drew & Heritage, 1992).
Sur le plan de la méthodologie de la recherche, cette approche privilégie l’enquête de terrain ethnographique (Hughes, 2001). En effet, questionnaires et entretiens réalisés hors des situations de travail où s’organisent localement les pratiques professionnelles constituent des outils de recueil de données de portée limitée, en raison du caractère en grande partie pré-reflexif des savoirs locaux propres à chaque profession. Le détail des méthodes de l’entretien d’aide sociale des professionnels de l’intervention sociale ne s’énonce pas facilement dans des discours recueillis en situations d’entretien ou en réponse à des questionnaires : bien plutôt, il se donne à observer, décrire et analyser dans les pratiques elles-mêmes, qu’il importe pour ce faire d’enregistrer en contexte « naturel », non provoqué ou modifié à des fins de recherche.
Seule une recherche collaborative (Bartunek & Louis, 1996) permet d’obtenir les consentements nécessaires à l’ouverture de terrains d’observation en milieu professionnel et la construction des relations de confiance qui rendent possible la constitution de corpus d’enregistrements sonores ou audiovisuels « authentiques » des pratiques de travail (Baude, 2006). L’enquête de terrain habilite les chercheurs à délimiter les cadres d’interaction constitutifs de la profession (Granja, 2008), susceptibles, dans une seconde phase, d’observations détaillées et d’enregistrements (Mondada, 2006).
Mené en accord avec une méthodologie collaborative, le Projet ACASS (Analyse de la Conversation Appliquée au Service Social) est passé par toutes ces étapes, afin de recueillir, en étroite concertation avec une équipe de plus de 20 travailleurs sociaux, un corpus de 50 heures d’enregistrements sonores d’entretiens d’aide social, au sein de services sociaux de Sintra, région de l’aire métropolitaine de Lisbonne, au Portugal.
Notre communication poursuit un triple objectif : 1) présenter et discuter la méthode collaborative suivie sur le terrain dans le cadre de notre projet (Binet & Sousa, 2011) ; 2) exposer les savoirs d’action située que l’analyse de la conversation ethnométhodologique permet de décrire avec une grande densité de détails (Binet & Monteiro, 2012) ; et 3) considérer de près les apports réflexifs et les effets de reconnaissance des compétences professionnelles rendus possibles par une telle approche.
Au moyen de cette communication qui aborde la méthodologie suivie, les résultats obtenus et l’expérience accumulée dans le cadre du Projet ACASS, c’est des apports de l’ethnométhodologie et de l’analyse de la conversation dans le domaine de la recherche dans et sur l’intervention sociale que nous souhaitons traiter.
Mots clés :
Savoirs, Recherche-action, Usager, Analyse de la conversation
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