L'expertise des travailleurs sociaux: mirage ou défi?
Année : 2013
Thème : Premières réflexions d'un formateur autour de la figure émergente d'assistants de service social experts du social
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
PENY Bernard (France) – peny.bernard@ireis.org
Résumé :
Après avoir, parmi les nombreuses conceptions possibles, défini « l'expertise » comme la fonction permettant de produire des connaissances susceptibles d'éclairer une décision, je porte mon regard sur les différents référentiels d'activité, de compétence ou de certification des quinze qualifications en travail social à la recherche des termes « expert » ou « expertise ». Quelques observations s'imposent rapidement :
Aucune mention des termes considérés n'est faite dans les différents référentiels des qualifications de niveaux 5 et 4. Ce qui laisse à penser que les professionnels de telles qualifications n'auraient à s'investir que des situations ou des problématiques à la fois, suffisamment complexes pour nécessiter le recours à une profession (et non un « simple » métier sanctionnable par une certication), mais assez simples pour ne pas demander d'expertise.
Pour les qualifications de niveau 1 à 3, il ne semble exister aucun principe organisateur de répartition de l'expertise (entre fonction, domaine de compétences, compétence...), si ce n'est que ces termes n'apparaissent jamais comme indicateurs, ce qui nous conduit à penser que l'expertise ne se voit pas, en situation de travail, mais constitue plutôt une ressource .
Enfin, un examen plus attentif des référentiels mentionnant ces termes (DEES, DEASS, DEEJE, DECESF, CAFERUIS, CAFDESIS, DEIS) permet de repérer au moins trois acceptions différentes de l'expertise et trois figures du travailleur social expert : l'expert réflexif (tel que proposé dans le référentiel d'activités ES), susceptible de mobiliser différents savoirs, dont ses propres savoirs d'expérience et sa connaissance de soi, afin d'éclairer sa compréhension des situations collectives de travail où il est lui-même impliqué ; l'expert gestionnaire (DC2 du CAFERUIS ou DC4 du CAFDES) dont le rôle est d'appuyer les équipes par une connaissance technique (politiques sociales, droit...) ; enfin, l'expert du social qui s'inspire (DEASS) ou développe (DEIS) des principes de la méthodologie de la recherche scientifique en mobilisant des savoirs théoriques extérieurs au champ de l'intervention sociale pour renouveler les questionnements et/ou les connaissances du champ, afin d'orienter les pratiques et les politiques sociales, institutionnelles ou territoriales.
Nous nous intéresserons à cette dernière figure et ses objectifs ambitieux, en écart net avec l'image que les travailleurs sociaux, particulièrement les assistants de service social, aiment à (se) donner d'eux-mêmes, en pointant le regard sur le dispositif de formation à cette expertise, et plus spécifiquement aux modalités d'évaluation (contrôle continu) et de certification du DEASS. En croisant d'une part les réflexions des six responsables de formation d'AS de la région Rhône-Alpes au sujet des expériences de leurs étudiants durant les 30 épreuves supports de contrôle continu, et d'autre part l'analyse de contenu des 530 appréciations des jurys DC2 à la session 2012 du DEASS en Rhône-Alpes, nous pensons pouvoir mettre à jour les représentations de cette expertise du social par les acteurs de la formation et les tensions qui les structurent : tension entre process (méthodologie) et produit (théories et savoirs) ou entre pensée (analyse) et pratique (positionnement).
Mots clés :
Expertise sociale, Formation, Compétence
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