Un certain savoir déontologique
Année : 2013
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
GUISSARD Michel (Belgique) – mi.guissard@gmail.com
Résumé :
Etymologiquement et originellement définie comme "la science de ce qui est bien ou convenable" (Bentham, 1834), la déontologie désigne aujourd'hui communément l'"ensemble des devoirs qu'impose à des professionnels l'exercice de leur métier" (Petit Robert, 2012). Ce glissement sémantique est-il adopté par les intervenants sociaux et les étudiants en travail social? Pour le vérifier, j'ai mené une enquête à propos de leur représentation de la déontologie, ainsi que des atouts et des limites de celle-ci.
Cette mutation d'une déontologie inscrite sur le versant scientifique et critique en une déontologie essentiellement prescriptive peut s'expliquer entre autres par la juridicisation du travail social (Pieret, 2008) ; l'instrumentalisation managériale du social (Chauvière, 2007) ; la tentation de trouver refuge dans une éthique précautionneuse (Hirsch, 2011)...
Pour ma part, je me pencherai en particulier sur le besoin ressenti par nombre d'intervenants sociaux et d'étudiants en formation sociale de disposer de repères, voire de normes, qui leur garantissent de prendre les bonnes décisions, en particulier par rapport à des situations qui mettent en jeu des aspects multiculturels et/ou confessionnels. Par exemple, comment réagir lorsque, au sein d'une association qui organise des cours d'alphabétisation, une femme se voit interdire par son mari de participer à une activité où elle risque de côtoyer des hommes ? Que faire quand, dans une Maison de jeunes pluraliste, fréquentée par un public et des intervenants sociaux uniconfessionnels, ces derniers veulent interdire à une fille de participer à un camp parce qu'elle a été possédée par des djinns lors d'un camp antérieur ? Ou, dans le même contexte, faut-il accepter l'organisation d'activités à visée expiatoire ?... En quoi la déontologie permettrait-elle d'éclairer la réflexion et l'action des (futurs) intervenants sociaux ?
Trois grands modèles sont invoqués pour traiter les questions de type déontologique (qu'elles concernent ce qu'il est convenable de faire ou ce que l'on doit faire). Après avoir rappelé et critiqué les modèles déontologiste - selon lequel les actions sont valables en fonction de leur conformité à des principes ou à des normes fixés - et conséquentialiste - qui consiste à évaluer la validité des actions en fonction de leurs conséquences -, je m'attarderai sur le modèle arétique, issu d'Aristote. Il s'agit de viser le bonheur par le recours à la vertu, comprise comme une disposition à agir selon dans une juste mesure, relative à nous, déterminée de manière rationnelle et comme la déterminerait un homme prudent (Ethique à Nicomaque).
J'examinerai de quelle manière les (futurs) intervenants sociaux peuvent s'appuyer sur cette "rationalité prudentielle" du Stagirite pour mieux fonder leurs actions et décisions, et en quoi cette approche, davantage que d'un savoir-être ou d'un savoir-faire, relèverait d'un "savoir s'y prendre" (Brichaux, 2001).
Mots clés :
Éthique et déontologie, Justice sociale, Interculturel
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