Capitaliser et partager les connaissances : renouer le dialogue dans les zones arides, fragiles et menacées – Cas de la Tunisie

Année : 2013

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

FAILLON Balkis (France) – balkismzioudet@gmail.com

Résumé :

Notre proposition s’intéresse à la capitalisation et le partage des savoirs experts et non experts en s’appuyant sur les acquis du programme de recherche franco-maghrébin Langages, Objets, Territoires et Hospitalités et sur les recherches menées dans la région de Menzel Habib. Ce territoire rural, situé dans le gouvernorat de Gabès (Tunisie), souffre d’une grande aridité climatique en raison de la faible pluviométrie et de la forte activité éolienne. La réussite partielle des projets de développement, dans un contexte politique délicat, ravive les tensions entre les acteurs qui voient leur situation stagner voire se dégrader ce qui est paradoxal qu’on sait que Menzel Habib est, depuis les années 80, une zone réputée par la multiplicité des projets internationaux d’aide et de soutien à son développement. Ces tensions sont caractérisées par des incompréhensions voire des crises communicationnelles et de confiance entre les autorités, les chercheurs et les institutions d’une part, et les paysans, d’autre part. Les avancées scientifiques dans la lutte contre la désertification (LCD), suite à la reconnaissance à la fois des facteurs écologiques et des activités humaines, ont été conséquentes. Ce processus touchant les populations, la faune et la flore convoque donc, une multidisciplinarité scientifique qui est devenue la préoccupation des acteurs dans la mesure de donner la place à chacun dans la production des connaissances et de légitimer différents savoirs et notamment les savoirs profanes.
En premier lieu, on analysera l’évaluation du risque faisant l’objet d’études multiples pour d’une part, juger les indicateurs et la transparence des outils d’évaluation et, d’autre part, mettre l’accent sur le décalage entre les appréciations experte et non experte. Ainsi, « l’appréciation commune du risque offre ici des interprétations différentes agissant sur les moyens à mettre en œuvre […] » (Herbaux, 2006 : 6). Œuvrés à eux-mêmes, les paysans se trouvent dans un désarroi expliqué par l’incapacité de l’autorité et des chercheurs à trouver des solutions efficaces pour lutter contre la désertification.
En deuxième lieu, nous mettons l’accent sur la valorisation des recherches et des acquis scientifiques. La population espère qu’avec les connaissances expertes cumulées, les situations socio-économiques et écologiques s’améliorent. En effet, et à partir de nos entretiens et observations des acteurs territoriaux présents dans la région de Menzel Habib, tous les chercheurs interrogés reconnaissent l’importance du savoir-faire de la population dans leurs études. Philippe Corcuff (2007 : 10) préconise d’« […] établir des passages entre le point de vue extérieur de l’observateur, adossé aux concepts et aux méthodes du " laboratoire " des sciences sociales, et les façons dont les acteurs perçoivent et vivent ce qu’ils font dans le cours de leurs actions ». On comprend dès lors les réticences à déplacer « certaines compétences humaines ou sociales dans les objets techniques » (Akrich et al., 2006 : 198) qui permettent de les suivre « à la trace » et de remonter les raisonnements ou traductions amenant un énoncé, un diagnostic, un jugement ou un acte professionnel.
En troisième lieu, notre contribution s’intéresse à la mise en mise en place d’espaces de concertation pour la production de connaissances et l’enrichissement du débat. Transformer les besoins des acteurs en politiques et actions de développement s’appuie sur le recours à des stratégies de négociation. Cette action pourrait provoquer l’émergence de tensions entre experts et non experts (Trépos, 2001). Les contradictions et les discordes devraient être réduites par l’organisation d’espaces de concertation et le bon choix des techniques de médiations.

Mots clés :

Acteur de développement, Concertation locale, Savoirs, confiance

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