Prise de parole et participation citoyenne des personnes accompagnées en co-construction avec les représentants institutionnels.

Année : 2013

Thème : « Tout ce qui est fait pour moi mais sans moi est fait contre moi » Nelson Mandela.

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

DUBOIS Raoul (France) – cvs.armeedusalut@laposte.net

Résumé :

Le savoir ne se limite pas au savoir académique, c’est évident. Il se situe également dans le savoir d’expérience. Encore faut-il que celui-ci trouve son entendeur pour faire l’objet d’une transmission. Ce sera l’objet de la présente communication au cours de laquelle nous, personnes accueillies en CHRS et engagées dans des instances représentatives, ainsi que le directeur du CHRS en question, relaterons notre expérience de la prise de parole et de la participation active des usagers en un engagement citoyen. A différents échelons, nous contribuons à changer l’image de l’exclusion.
Prendre la parole
Sortant d’une plainte de l’entre-soi auxquels exclusion et précarité confèrent le plus souvent, il s’agit ici d’oser une parole qui se fasse moyen d’expression de constats, réflexions et préconisations venant de ceux-là même qui vivent la situation sur laquelle il y a lieu d’agir.
Un contexte qui bouge
A différents niveaux, notre parole peut désormais être engagée. Depuis plusieurs années, dans les instances européennes, le Réseau Européen de Lutte contre la Pauvreté s’ouvre aux représentants des personnes accompagnées. Sur le plan national, le Conseil National des Politiques de Lutte contre l’Exclusion a créé récemment un collège dédié à la représentation des usagers par eux-mêmes. Le Conseil Consultatif des Personnes Accompagnées, créé il y a deux ans, permet de fédérer l’avis des personnes en situation de précarité, de poser des constats et de formuler des propositions quant aux conditions de vie. Et pas en vain, puisque, de ces échanges, des propositions ont été retenues et apparaissent dans le plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale paru en janvier 2013. Notre parole est engagée et entendue également au Comité de Pilotage du Système Intégré d’Accueil et d’Orientation, en Commission Habitat organisée par le Département, et dans les Plans Régionaux pour l’Accès à la Prévention et aux Soins des plus démunis (loi du 29 juillet 1998 de lutte contre les exclusions).
Citoyens
A l’échelon local, la transmission du savoir se joue dans une implication très concrète dans la vie du quartier (séquence culturelle, animation de fêtes). A force d’aller vers les habitants du quartier, les résidents du CHRS sont maintenant sollicités pour l’organisation de diverses manifestations. Quand le mouvement s’inverse et que la Mairie nous demande notre participation, nous nous sentons reconnus pour nos compétences, comme acteurs du jeu social et citoyens à part entière.
Porte-parole
Dans une société qui a évolué vers l’individualisme et le repli sur soi, les personnes en situation précaire peuvent se sentir abandonnées, prises dans une spirale de l’assistanat où recevoir l’aide est leur seule participation citoyenne (tout en sachant que la plupart ne perçoit pas l’aide, au vu de leur désaffiliation ou de la complexité du montage des dossiers administratifs). De plus, être hébergé en CHRS signifie d’une certaine façon être protégé, peut-être même infantilisé par la vie en collectivité.
Etre élu au Conseil de Vie Sociale implique d’aller vers les personnes, de les solliciter, de leur donner l’envie de participer autrement. En 2011, a été organisée au sein du CHRS une semaine thématique afin de sensibiliser les résidents à leur inscription sur les listes électorales. Voter, un geste (re-)trouvé pour neuf personnes grâce à cette action.
Les travailleurs sociaux
Il n’y a pas de frontières entre le monde des inclus et celui des exclus. Aucune garantie ne protège et c’est pour cette raison que la prévention est importante. Agir en amont, faciliter les démarches, être interpellés en tant que techniciens experts d’une question, maintenir un regard humanisant qui pointe vers des lendemains meilleurs, voila ce qui est demandé aux travailleurs sociaux.
La prise de parole s’organise ainsi et trouve ses lieux et adresses où elle se transforme en échange et en action, permettant au savoir expérientiel de s’élaborer et de se transmettre.

Mots clés :

Participation, Co-construction, Citoyenneté, expertise

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