Des actrices de développement devenues « actantes »

Année : 2013

Thème : Expériences collectives d’ateliers de réflexion-action au Nord et au Sud

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

SEMBLAT Marie-Lise (France) – semblat@wanadoo.fr

Résumé :



Des groupes de femmes en France ou en plusieurs pays d’Afrique se sont engagées dans des ateliers de réflexion-action en lien avec Aster-International .
Les Ateliers de Réflexion-Action (ARA) visent à améliorer, voire changer une situation de départ insatisfaisante pour ceux et celles qui la vivent, une situation qui fait problème. Ils reposent sur le principe selon lequel les pratiques sociales produisent des savoirs qui ne sont pas toujours connus et reconnus comme tels. Ils restent fidèle aux exigences de changement, de participation et d’émancipation de la recherche-action, mais avec moins d’exigences de scientificité et par là-même de durée. Plus empirique, la réflexion-action introduit une prise de recul sans pour autant avoir la lourdeur d’une recherche. La démarche de maïeutique, guidée par l’animateur-trice, facilite, l’émergence des savoirs expérientiels et leur analyse. Les ARA permettent à la fois de créer un espace privilégié de réflexion et de débat, d’accompagner un processus de transformation sociale et de produire collectivement des savoirs utiles pour l’action.
Aster a accompagné des expériences rurales ou urbaines, aussi diversifiées que celle de femmes en milieu rural français (formation d’actrices de développement en milieu rural en Bourgogne et Picardie), à l’initiative d’un foyer rural et d’un centre social, de 25 femme-relais d’une maison de femmes de l’ONG OFAD/Nafoore au Sénégal ou d’un collectif de cuisinières de rue de Ouagadougou (appuyé par l’ONG ASMADE). En parallèle, des animateurs-trices d’ateliers de réflexion-action ont été formés-ées localement à la méthode.
Les outils de distanciation et de formalisation facilitent l’analyse des pratiques : arbre à problèmes, grille FFOM (Forces Faiblesses Opportunités Menaces) et un engagement maitrisé dans l’action en évitant les risques d’activisme. « On a une méthode maintenant » constate une participante d’un groupe français (Picardie) en 2001 et 10 ans plus tard, les femmes-relais de Ouagadougou concluent ainsi les ateliers : « Il faut voir et entendre ce que les autres font pour pouvoir développer tes idées , « S’il n’y a que l’action, on risque de ne pas avancer », « Il faut penser pour pouvoir changer et améliorer l’action ».
Les journaux d’atelier, les rapports de mission de la cheffe de projet, l’évaluation de la Maison des femmes de Casamance, les séminaires internationaux d’Aster, offrent un matériel inédit d’analyse tout autant que les observations participantes et entretiens réalisés personnellement.
Ces expériences contribuent à la conscientisation, l’empowerment des femmes et leur affirmation sur le territoire local (élection au conseil communal en Casamance, à la Chambre des métiers à Ouagadougou…) .
L’analyse collective des pratiques permet l’expression personnelle dans une démarche collective et participative où une politique de relais démultiplie informations et formations. Les exemples retenus ici ont abouti à de nouvelles pratiques organisationnelles : création de l’association Femmes et projets en 2003 en Picardie (bocage de Thiérache), de la Maison des femmes par les femmes-relais de Casamance en 2005, et renforcement du Collectif des restauratrices de rue et transformatrices au Burkina Faso entre 2009 et 2012.
Toutes ces actrices de développement deviennent des « actantes », pour féminiser l’expression de René Barbier pour qui les « actants » sont parties prenantes dans la recherche. Actrices, elles deviennent des auteures d’un savoir inédit produit collectivement.
Marie-Lise Semblat, Docteure en géographie sociale, Présidente Aster-International

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Mots clés :

Savoirs, Territorialisation, Transfert des connaissances

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