Lecture de Dewey et critique de la notion de compétence
Année : 2013
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
JAY Etienne (Suisse)
Résumé :
Dans un premier temps, nous pourrions dire un peu trivialement en suivant Dewey (1859 – 1952) qu’il ne suffit pas de faire des expériences pour avoir de l’expérience, mais qu’il faut aussi avoir vécu, c’est-à-dire souffert et enduré les conséquences de ce qu’on fait. Ainsi, la question de l’expérience s’avère centrale dans l’œuvre de ce philosophe pragmatiste et cette conception nous invite à revisiter les liens entre théorie et pratique, entre savoir et faire. Bien entendu, cette conception pragmatiste de l’expérience, dans son sens large, nous invite à interroger la construction des connaissances, de même que leurs transmissions.
Dans un second temps, l’émergence récente de la notion de compétence nous invite également à questionner les liens entre théorie et pratique. Notion complexe, mobilisée dans différents cadres mais notamment dans la formation des travailleurs sociaux, la compétence apparaît fort utile pour repenser les liens entre théorie et pratique, entre ressources et actions, ou encore entre les aspects externes au sujet et ses aspects internes. Néanmoins, cette notion de compétence ne relève pas d’une définition commune, mais revêt diverses formes et acceptions (« L’école démocratique : La notion de compétences est-elle pertinente en éducation ? », s. d.).
Première proposition : L’histoire des idées est traversée par l’opposition entre théorie et pratique. Dans cette proposition, théorie et pratique sont souvent pensées comme des objets distincts, et la pratique y est alors soit réduite à une activité dénuée de sens en elle-même et qui ne peut être éclairée que par la théorie, soit encore comme devant répondre à des principes catégoriques afin d’être guidée (Kant, 1944).
Seconde proposition : Dans la perspective de la philosophie pragmatiste, et notamment de Dewey (1993) , la conception est tout autre puisqu’il ne peut y avoir de rupture nette entre la connaissance empirique et la connaissance non empirique, mais que théorie et pratique s’inscrivent dans le continuum du processus de recherche et d’enquête. Dans cette proposition, il s’agit d’accorder une importance essentielle à la différence entre les objectifs prescrits de l’extérieur et les fins qui se dessinent, mais qui peuvent être révisées et abandonnées, au sein même de l’agir. Dès lors, il ne s’agit guère de repenser l’opposition entre théorie et pratique, ou entre savoir et faire, mais de définir cette opposition comme dénuée de sens. Il y a, chez Dewey, l’ambition de fonder une épistémologie de la pratique qui se niche au cœur de l’expérience.
Hypothèse : Cette tension entre théorie et pratique est particulièrement forte et difficile à dépasser. Par exemple, en reprenant les catégories de Donald Schön (1994), nous pourrions imaginer que nous sommes pragmatistes dans notre réflexion en action, tout en mobilisant des idées relevant d’une théorie générale pour ancrer notre réflexion sur l’action. Nous pourrions résumer cela en disant que nous sommes pragmatistes dans l’action, mais métaphysiciens en théorie.
Proposition de discussion : la notion de compétence apparaît particulièrement intéressante à soumettre à la critique à partir d’une lecture deweyenne. Aujourd’hui ancrée au cœur des dispositifs d’apprentissage, la compétence est largement acceptée comme se manifestant en situation. Mais que peut donc signifier « être compétent » ou « agir avec compétence » ? Nous soumettrons différentes définitions de la notion de compétence à cet examen.
Mots clés :
Compétence, Savoir-faire, Transfert des connaissances, Philosophe pragmatiste
← Retour à la liste des articles