Ombres et lumières du travail social : quelle transmission de l'expérience?

Année : 2013

Thème : Forum, GT, Carrefour

Type : Forum, GT, Carrefour

Auteur(s) :

MEZZENA Sylvie (Suisse) – sylvie.mezzena@hesge.ch
TSCHOPP Françoise (Suisse) – frtschopp@bluewin.ch
BARBOSA Alain (Suisse) – alain.barbosa@hesge.ch

Résumé :

Les questions de la visibilité, de l'invisibilité ou encore de la mise en visibilité du savoir-faire dans les professions du travail social sont très prégnantes dans les réflexions ou discussions consacrées à la professionnalisation ou à l'analyse des pratiques en travail social. Elles sont souvent associées à la réflexivité des professionnels, avec cette idée, largement alimentée par la théorie du praticien réflexif de Schön, que les professionnels ont intérêt à formaliser et visibilité leur savoir-faire pour gagner en expertise et en reconnaissance.
Nous souhaitons mettre en discussion cette problématique de l’invisibilité du savoir-faire en la questionnant depuis trois paradoxes renvoyant à des aspects distincts de la professionnalisation.
Au niveau des équipes ou des collectifs de travail tout d’abord, si les professionnels ne manquent pas de souligner la richesse que la réflexivité leur permet de produire dans le collectif à l'occasion d'échanges entre collègues, en même temps ces mêmes professionnels disent aussi combien il leur est difficile de décrire, en dehors de leur propre collectif, le fruit de ce travail réflexif. Cette difficulté à communiquer sur la pratique à l’extérieur du collectif génère parfois même un certain repli sur soi dans les équipes, ce qui peut laisser injustement croire à un déficit de réflexivité des professionnels.
Au niveau de l'organisation du travail s’observe une injonction croissante adressée aux professionnels à décrire leur action à des fins de contrôle de leur pratique et d'accroissement de leur expertise. Or cette rationalisation des pratiques par l'intermédiaire de nouvelles modalités de management a justement pour effet d'entraver la réflexivité des professionnels : rendre compte et formaliser sa pratique prend du temps, ce qui réduit la disponibilité nécessaire pour se consacrer à une réflexion sur la pratique.
Dans la rhétorique sur la professionnalisation enfin, nous constatons que si le paradigme de la réflexivité a la part belle dans les dispositifs de formation professionnelle en alternance fondée sur la logique de la compétence (Mezzena, 2011), en même temps l’intérêt pour l'invisibilité ou l'indicibilité du savoir-faire n'a peut-être jamais été aussi prégnant. L'”inflation réflexive” (Couturier, 2001) aurait-t-elle par ricochet comme effet d’attirer l’attention sur ce qui persiste à être invisible ou indicible dans les pratiques, montrant par là ce qui résiste à la réflexivité des professionnels ? En analyse du travail par exemple, la difficulté des professionnels à rendre compte de ce qu'ils mobilisent dans l'action est un constat désormais bien connu, preuve en sont les dispositifs d'observation indirecte conséquents déployés afin de les aider à dire leur savoir-faire (film et autoconfrontation permettant de recueillir les commentaires des professionnels sur leur propre activité, parfois même complétés avec des observations et des entretiens). Si les professionnels savent comment s'y prendre dans le vif de l’action en déployant une intelligence des situations, le savoir-faire semble échapper ou résister à la formalisation.
Cette difficulté à dire le savoir-faire ne peut être séparée de celle de la transmission de l’expérience : comment transmettre l’expérience si le savoir-faire « ne se sait pas lui-même » (Ogien, 2010) ? Peut-on favoriser la transmission autrement que depuis un modèle réflexif misant sur la formalisation ou l’explicitation pour décrire le savoir-faire ? C’est ce dont nous avons commencé à débattre en Suisse au sein de l’ASFRIS et que nous souhaitons poursuivre dans notre forum en partageant nos expériences.

Mots clés :

Acteurs, Intelligence collective, Savoir-faire, Visibilité, expérience, transmission

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