Regards croisés du côté de la recherche et de la formation en travail social : transformation, appropriation, transmission des savoirs sur le social.
Année : 2013
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
BERNET Olivier (France) – o.bernet@ifrass.fr
Résumé :
Regards croisés du côté de la recherche et de la formation en travail social : transformation, appropriation, transmission des savoirs sur le social.
Depuis les années 80 la sociologie (entendue ici sous toutes ses formes, ethnologie et anthropologie comprises) connaît un renouveau fondé sur des dispositifs d’enquêtes aptes à rendre compte des logiques d’acteurs et, qui éclairent d’un regard neuf des questions sociales antérieurement construites sur les logiques du structurel et de l’institution. Cette inflexion nous renvoie au mouvement d’une société qui se reconnaît de moins en moins dans ce qui fait son unité autour du travail, de la citoyenneté politique, de la volonté de réduire les inégalités sociales, économiques et culturelles. Ce mouvement s’amplifiant paradoxalement avec l’extension des dispositifs publics de solidarité, la massification du système scolaire ou l’accès généralisé à la consommation et aux loisirs. Plus le modèle de développement social produit de la norme en matière d’éducation, de mode de vie, de prise en charge solidaire, plus il a tendance à faire ressortir des singularités entre groupes et catégories sociales vivant de manière différenciée ces grandes évolutions générales. Singularités qui se sont bien souvent transformées en indicateurs de la marginalité.
Sur la même période l’intervention sociale s’est également transformée sous l’effet, entre autres, de la montée en puissance des multiples problématiques de l’exclusion-inclusion, de l’apparition du SIDA qui a bouleversé l’ensemble des pratiques tant il a fallu remettre au centre de l’intervention des individus et des populations fortement stigmatisées.
Cela s’est traduit dans les champs respectifs de la sociologie et du travail social par la mise en place d’une logique de rapprochement des publics et populations, guidée par la volonté de comprendre à partir des interactions, de la vie quotidienne, de l’expérience des situations marginales, comment se composaient de nouvelles figures de l’action sociale. De nombreuses recherche actions ont été produites en croisant les regards des chercheurs et des praticiens. La sociologie se glissant à hauteur d’hommes a produit un savoir qui rend visible et lisible des logiques d’actions peu légitimées par ailleurs auprès des dispositifs sociaux et leurs tutelles.
Comment transmettre ce savoir dans le cadre de la formation du travail social alors que les étudiants font l’expérience de l’acculturation à leur futur métier ?
A partir d’une expérience conjointe de quinze ans dans la recherche et dans la formation des travailleurs sociaux, j’exposerai quelques grandes transformations des savoirs et des méthodes constitutives de ses savoirs en sciences sociales et, comment nous pouvons les transmettre dans le cadre de la formation. Ce qui est au cœur de cette problématique de la transmission-appropriation c’est autant le savoir produit que les conditions de son élaboration. Pour le dire autrement, on ne peut croiser les regards de la sociologie et du travail social que si nous proposons également aux étudiants une acculturation à la sociologie, par une mise à disposition (dans les faits une mise en pratique) des méthodes et outils de recueil de données constitutives de ses analyses comme l’observation ou le récit de vie. Ce que permet la sociologie c’est certainement de se décaler d’une pratique naissante de travailleur social, non pour l’invalider mais bien au contraire pour la mettre en perspective, envisager comment différent regards, c’est-à-dire différents points de vues se construisent sur les individus et groupes considérés comme usagers. Le risque c’est que la sociologie soit renvoyée à la marge, voir en dehors du champ de l’intervention sociale. L’avantage c’est que le travail social se trouve réintégré dans une analyse globale des évolutions sociales, en somme ce que beaucoup semblent appeler de leurs vœux sous la bannière de la lutte contre les discriminations.
Mots clés :
Savoirs, Formation, Recherche-action
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