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Guerres et traumatismes : du concept de « raccommodement » par le récit de vie

Année : 2011

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

CHAPUT Corinne (France) – corinne.chaputlebars@gmail.com

Résumé :

Cette proposition de communication s’appuie sur une thèse de doctorat en Sciences de l’Education en voie d’achèvement, qui cherche à déterminer si la pratique du récit de vie, entendue comme méthode d’intervention sociale, peut être génératrice de mieux-être pour les personnes qui ont eu à vivre des traumatismes liés à une situation de guerre à laquelle ils ont été mêlés, qu’ils aient été d’ailleurs considérés comme victimes ou bourreaux dans le pays d’où ils viennent. En effet, cette recherche postule que, quelque soit le rôle joué dans le conflit, les séquelles peuvent être les mêmes et peuvent de la même manière affecter les générations suivantes.
Les situations de guerre sont des situations extrêmes auxquelles de simples soldats ou des civils ont été engagés bien malgré eux et pour un nombre non négligeable d’entre eux, ces situations de violences intenses laissent des traumatismes sur du moyen voire du long terme. Parmi les populations que rencontre le travail social, figurent bien sûr les réfugiés et les demandeurs d’asile, qui ont vécu à la fois des traumatismes de guerre mais aussi ceux engendrés par la migration puis par l’arrivée dans le pays d’accueil. Moins connus peut-être des services sociaux, parce que considérés à tort comme moins directement touchés ou parce qu’appartenant à des milieux plus « favorisés », il y a les Français expatriés, mais aussi les humanitaires ou encore les journalistes qui ont accompagné les populations victimes de ces guerres ou qui ont couvert les conflits pour alerter l’opinion. Il y a aussi, dans les institutions psychiatriques, d’anciens soldats de la guerre d’Indochine ou d’Algérie qui ne les ont jamais quittées et que certaines associations d’anciens combattants « sortent » chaque année à l’occasion des commémorations ou qui, cinquante ans après, y parviennent, faute d’avoir été écoutés et soignés quand il en était encore temps.
Ces traumatismes portent désormais un nom : les PTSD (Post-Traumatic Syndrom Disorders) ou stress post-traumatiques mais ils n’ont été reconnus aux Etats-Unis, suite à la guerre de Vietnam, que dans les années 70 et n’ont été « importés » en France que bien plus tard.
Deux modèles dominants de prise en charge de ce stress post-traumatique sont apparus, que l’on oppose parfois, à tort : la prise en charge immédiate d’une part (il s’agit par exemple des cellules d’urgence médico-psychologique) et la voie cognitive d’autre part, plus distanciée, celle du retour sur un passé « qui ne passe pas ».
Le récit de vie est une des formes privilégiées de ce retour sur soi et de la recherche de sens à propos de ce qui est par nature insensé. Il peut alors être un tuteur de résilience ou, pour employer un concept peut-être moins connoté, que j’ai exploré, favoriser le « raccommodement » de soi et de soi avec les autres.
Cette pratique d’intervention sociale, encore mal connue, très peu employée en France, contrairement à la Belgique, par exemple, où les publications de praticiens apparaissent plus nombreuses, aurait intérêt à être davantage proposée en formation initiale et en formation continue et à être développée dans les services qui accueillent des personnes venant de pays en guerre et qui pourraient trouver des effets de libération et de créativité dans la mise en mots de leurs souffrances, accompagnées en cela par des travailleurs sociaux compétents.


Mots clés :

Travail social international, Catastrophe humaine, Interculturel

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