Production, circulation et (re)régociation des savoirs en Santé Mentale Mondiale : Quels enjeux?

Année : 2013

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

JAIMES Annie (Canada) – annie.jaimes@mail.mcgill.ca

Résumé :

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), il n’y a pas de santé globale sans prise en compte du lourd fardeau - souvent ignoré - des problèmes de santé mentale. En effet, de récentes études épidémiologiques indiquent que près de 14% du fardeau médical global serait attribuable aux troubles neuropsychiatriques, souvent associés à d’autres difficultés médicales, sociales et économiques (Prince, 2007). Ces constats ont contribué à l’essor fulgurant du champ de la Santé Mentale Mondiale (Global Mental Health), un domaine émergent de savoirs et de pratiques en santé publique concernant les problèmes de santé mentale à l’échelle internationale. Les initiatives en Santé Mentale Mondiale (SMM) visent à améliorer les traitements et à étendre l’accès aux soins à l’échelle internationale, particulièrement dans les pays à faibles revenus. En cette ère de globalisation, d’augmentation des flux migratoires, d’accélération des communications et d’intensification de l’interdépendance économique, cette approche semble rallier une part importante de la communauté scientifique et plusieurs acteurs majeurs de la scène internationale en santé mentale (Collins, 2011; Patel, 2008; Prince, 2007;Tol, 2011).

Cependant, l’engouement pour les approches de la SMM suscite aussi d’importants débats et de vives controverses. En effet, de nombreux chercheurs et cliniciens, notamment dans le champ de la psychiatrie transculturelle, dénoncent les dérives potentielles de la SMM, dont 1) la promotion d’un modèle occidental au détriment des initiatives et des particularités culturelles locales; 2) la médicalisation de la souffrance et le déni des enjeux socio-politiques et économiques; 3) et finalement la reproduction de dynamiques coloniales bénéficiant principalement aux industries pharmaceutiques du nord (Drozdek, 2007; Kirmayer, 2012; Kleinman, 2009; Summerfield, 2008; Watters, 2010).

Lors de notre conférence, nous explorerons les enjeux du débat autour de la Santé Mentale Mondiale, en problématisant les postulats épistémologiques de ce champ. Quels savoirs sont considérés dignes d’être diffusés et mis en pratique à l’échelle internationale? De quelles façons l’accent mis sur les données probantes influence la production et la circulation des savoirs au niveau global? Les pratiques et les savoirs non-occidentaux peuvent-ils être intégrés dans une approche en SMM, et de quelles manières ces métissages se négocient-ils? Finalement, comment ce champ conçoit-il les liens entre la santé mentale, culture et individu? Pour répondre à ces questions, nous nous baserons sur une analyse de textes scientifiques clefs en SMM ainsi que sur la documentation de la controverse qui entoure ce champ émergent afin de mettre en contexte les tensions épistémologiques qui le traverse. De plus, cette réflexion sera illustrée par les données préliminaires de notre recherche portant sur les interventions en santé mentale à Port-au-Prince suite au séisme du 12 janvier 2010. À partir de l’analyse de contenu thématique (Paillé, 2008) de 20 entrevues réalisées auprès de professionnels de la santé mentale haïtiens (psychologues, travailleurs sociaux, psychiatres) à l’été 2012, nous explorerons certains des enjeux qui caractérisent la circulation, la diffusion et la (re)négociation des savoirs locaux et étrangers dans un contexte post-catastrophe, marqué par des rapports de pouvoirs complexes.

Mots clés :

Santé mentale, Interculturel, Savoirs

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