Les co-formations ATD quart-Monde-CNFPT : d'une expérience originale de formation avec des personnes vivant la grande pauvreté à un regard nouveau sur les pratiques de formation

Année : 2014

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

SOCHARD Laurent (France) – laurentsochard.pro@gmail.com

Résumé :

Le Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT), organise à l’INSET d’Angers depuis 2005, des co-formations dans lesquelles des personnes vivant la grande pauvreté interviennent. Ces formations sont issues d’une recherche-action menée par le mouvement ATD Quart-Monde(2000-2002), en partenariat avec des institutions et organismes de formation. Ainsi est né le « croisement des savoirs et des pratiques », expression qui désigne à la fois une éthique, une épistémologie, une méthodologie. La formation articule 3 dimensions : formation, action, recherche. Partant du récit de cette expérience (1), des questions épistémologiques (2), théoriques (3), pédagogiques et éthiques (4) seront posées, pour contribuer à penser l’avenir des formations.

1 – On exposera certains moments-clés du cadre et du dispositif. Ce cadre très rigoureux soutient des processus d’élaboration qui n’ont rien d’évident. La confrontation entre savoirs de vie, savoirs théoriques et savoirs d’expérience, amène un regard nouveau sur les situations vécues et sur sa posture professionnelle. La dimension expérientielle de la formation, voire sa dimension existentielle renvoie chacun à ce qui sous-tend son projet professionnel.

2 – Nous interrogerons les savoirs sous un angle épistémologique. « Les exclus d’une société délivrent une part incontournable de vérité sur celle-ci. Ils posent des questions qu’ils sont seuls, avec ceux qui les accompagnent, à pouvoir poser, et dont on ne peut faire l’économie » affirme Elisabeth MAUREL. Le propos est politique et éthique, mais a-t-il une portée épistémologique ? Nous proposerons de le démontrer avec des auteurs comme Gérard MENDEL (pourquoi la démocratie est en panne 2003) ou Denis LAFORGUE et alii (La voix des acteurs faibles, 2008). L’hypothèse suivante sera soutenue : la parole des plus pauvres a une portée métaphorique précieuse pour la formation de praticiens. Des verbatim issus des co-formations seront analysés. L’apport de P. RICOEUR (La métaphore vive, 1965) sera éclairant, ainsi que la philosophie du langage de Michel MEYER , ou des linguistes comme LAKOFF & JOHNSON. Ces auteurs corroborent l’intuition d’Aristote sur la valeur instructive de la métaphore face à l’ « inenseignable ».

3 – On mettra cette pratique en lien avec des traditions de pensée, des pratiques et des théories qui invitent à une posture de non-savoir. Nous illustrerons la diversité des parentés possibles:
- philosophique avec H. Arendt,
- école de Francfort (théorie critique), philosophie sociale (A. HONNETH) et les travaux contemporains sur la reconnaissance,
- la psychothérapie institutionnelle (F. TOSQUELLES, J. OURY)
- l’approche de systémiciens (Guy AUSLOOS)
- le développement du pouvoir d'agir (C LACHARITE, JP GAGNIER)
- la directivité centrée sur l’autre de Carl ROGERS,
- les traditions de pensée : Lao-Tseu ou Khalil Gibran, et certaines cultures orientales centrées sur le lâcher-prise.

4- Quel(s) savoir(s) pour quel professionnel ? Il ne s’agira pas de nier l’importance des savoirs théoriques construits par les sciences humaines, mais de s’interroger sur la place à leur donner. S’ils sont absolument nécessaires et fondateurs pour construire une pensée, nous montrerons l’importance de les relativiser, ou les mettre de côté à l’endroit de la clinique, et de la rencontre. L’anthropologie de KANT, dont les 3 questions fondamentales valent pour le travail social, nous alerte sur la nécessité de distinguer les registres épistémique et éthique. Nous retrouverons alors la formulation d’Emmanuel LEVINAS : « Rencontrer une personne veut dire être tenu en éveil par une énigme »

Nous conclurons par des questions : quel professionnel cherche-t-on à construire ? (Référence au praticien réflexif de SCHON). Pourquoi et comment faire de la formation une expérience au sens plein de ce terme, jusqu’à en faire une initiation ? Pourquoi fonder une approche professionnelle sur d’autres plans que le plan cognitif ?

Mots clés :

Participation, Pauvreté, Formation

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