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Créativité et non dualité de l’agir en travail social

Année : 2014

Thème : Construction des connaissances et non dualisme dans la formation des travailleurs sociaux

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

DELLA CROCE Claudia (Suisse) – claudia.dellacroce@eesp.ch

Résumé :

Professeure dans une Haute école de Travail social en Suisse, les questions de la construction des connaissances des travailleurs sociaux nous préoccupent. Pour traiter de la créativité dans l’activité, nous aborderons des concepts qui s’opposent au dualisme « théorie-pratique » avec des auteurs liés au courant du pragmatisme (Whitehead, Deleuze), ainsi que des concepts en lien avec l’ergologie (Schwartz).

Nous aborderons la question du rapport entre activité et savoir à la fois sous l’angle de l’usage des connaissances dans l’activité, ou dit autrement de la manière dont les connaissances font ingression dans l’activité et, à la fois sous l’angle de la production de connaissances dans l’activité.

Cette communication présentera quelques concepts issus du pragmatisme et de l’ergologie pour démontrer en quoi la créativité ne réside pas dans la volonté des gens mais dans ce qui arrive, dans les évènements. La créativité pourrait alors être contenue dans la situation et son potentiel de développement. C’est l’attention à ce potentiel et surtout à son évolution, qui va permettre à l’agir dans la situation de se développer naturellement, sans forcer l’action, en y intégrant tous les éléments se produisant à l’intérieur et à l’extérieur de celle-ci. Cela nous renvoie à l’intelligence des situations, aux opportunités et aux occasions dans l’agir, lequel agir n’est jamais dénué de savoirs. Lorsque nous nous laissons impréger par toutes les dimensions de la situation, la créativité est alors à l’œuvre.
Le concept d’unification de l’expérience permettra de montrer qu’il n’y a nul besoin d’ajouter quelque chose aux perceptions que ce que nous percevons, et que renoncer à toute forme de dualisme permet d’unifier les savoirs dans l’agir. Les concepts « d’événement » et de « proposition » (Whitehead) montreront comment les théories intervenant dans le travail social vont attirer l’attention des professionnels sur la manière dont telle ou telle théorie organise le monde et de quelle manière ces propositions influencent l’agir.
Les concepts de « devenir » et « d’agencement » (Deleuze) attireront notre attention sur la relation existant entre l’usager et le professionnel et les transformations qui se produisent chez chacun d’entre eux par la relation. Par ailleurs, nous montrerons aussi comment ces concepts problématise la question de la dualité et permettent de comprendre la circulation des savoirs, des idées, des intuitions et des émotions. L’agencement quant à lui a un effet sur la transformation des choses entre elles et chaque agencement est susceptible de produire un devenir. Agencer c’est ce qui permet de penser avec « et » plutôt qu’avec « est », ils permettent un nombre de variables infini dans une situation.
La démarche ergologique développe une conception du savoir et de la connaissance qui ne se contente pas du patrimoine théorique accumulé dans les divers domaines des sciences. Son point de départ est l’activité. Les concepts qu’elle a développé concernant les « savoirs institués » et les « savoirs investis » nous permettront de montrer en quoi la nécessité de mettre en place des dispositifs pour dialoguer sur le contenu réel des activités et les rendre visibles peut avoir des effets sur la créativité des protagonistes de l’activité. Le concept de « corps-soi » (Schwartz) en ergologie considère que la totalité de l’être et de ses possibles composent toute activité et qu’à l’intérieur de ce corps-soi se jouent les débats de normes et de valeurs inséparables de toute activité humaine.
Nous évoquerons, dans les deux approches développées ci-avant, comment se pose la question de la dualité entre la connaissance et l’activité ce qui nous amènera à questionner la notion de compétence qui, dans la logique que nous défendons n’est pas la propriété d’un sujet mais le résultat de ce qui s’active dans une situation ou de ce qui s’agence dans une situation.

Mots clés :

Connaissances, Épistémologie, Intervention sociale et travail social

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