Le care : comme outil d’analyse critique pour penser l’intervention sociale
Année : 2014
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
BAYER Véronique (France) – annarurka@yahoo.fr
Résumé :
La communication n’a pas pour intention de restituer toute la construction du concept de care mais elle vise à montrer en quoi ce concept « le care » est utile pour penser et renouveler aujourd’hui le travail social sur le plan éthique et des pratiques. Tout d’abord, il s’agira de comprendre les enjeux du care : il renvoie à la fois à une disposition, une attention à l’autre, une manière d’être mais il est aussi une activité, un travail ou des pratiques.
Cette perspective du care comme travail est intéressante précisément pour analyser « (les) pratiques sociales orientées vers l’interprétation et la réponse aux besoins d’autrui » (Le Goff & Garrau, 2012, p.11). Or, le travail social appréhendé comme un travail de care pose un certains nombres de questions et de problèmes que nous développerons en cinq points.
Tout d’abord, le travail social comme travail de care recouvre des activités ordinaires qui relèvent d’un art plutôt que de techniques et invite à développer une capacité à improviser.
En second point, le penser comme tel, implique de l’appréhender comme un travail émotionnel et comme le précise A. R. Hochschild : « Le travail émotionnel est un geste dans un échange social ; il y occupe une fonction et ne doit pas être considéré simplement comme une facette de la personnalité » (Horschild, 2003, p. 42). Ce travail est inestimable, dans sa double acception c’est-à-dire difficilement mesurable et précieux. Aussi, il alimente la critique des procédures d’évaluation et de qualité qui marque le secteur social et médico-social. Evaluer le travail social demande de renoncer à un idéal d’objectivité.
Troisièmement, le travail de care est historiquement assigné aux femmes et conjointement dévalorisé et disqualifié. Or, le secteur du social est massivement occupé par des femmes : 86 % des travailleurs sociaux sont des femmes (Beynier, Tudoux, & Momic, 2005). Aussi, ce travail de care, d’attention, de sollicitude est trop souvent associé à une nature féminine alors qu’il requiert une formation, des compétences et une expérience.
En effet, dans un quatrième temps, nous verrons que ce travail implique « des savoirs faire discrets » : un travail attentionné quand il est bien fait ne se voit pas. On peut même aller plus loin pour dire que sa réussite dépend en grande partie de sa discrétion.(Gaignard & Molinier, 2008). Or, ces savoir-faire discrets sont souvent considérés comme des qualités de l’être et de fait invisibilisés.
Enfin, le travail de care est réalisé pour une grande part auprès d’un public stigmatisé, relégué et qui peine à faire entendre sa voix. Or, l’action sociale suppose de reconnaître aux personnes (tant qui effectuent le travail de care que celles qui le reçoivent) une capacité de décrire leurs expériences, une connaissance et des savoirs.
Mettre en lumière et valoriser le travail de care, c’est soutenir une véritable politique de l’ordinaire (Molinier, Laugier, & Paperman, 2009). Le travail social, comme théorie et pratique de care, permet de penser et d’envisager les transformations sociales nécessaires pour son renouvellement.
Mots clés :
Culture professionnelle, Éthique et déontologie, Le travail de care
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