Le processus de structuration de ll'identité professionnelle des travailleurs sociaux : de la formation à la pratique.
Année : 2014
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
PULLEN SANSFACON Annie (Canada) – a.pullen.sansfacon@umontreal.ca
Marchand Isabelle (Canada) – isabelle.marchand@umontreal.ca
CRÊTE Josianne (Canada) – josianne.crete@yahoo.ca
Résumé :
Pour avoir une pratique éthique, les travailleurs sociaux doivent relever le défi de se construire une identité professionnelle (IP) forte en arrimant leur identité sociale à un projet disciplinaire multiple, dans un contexte organisationnel changeant (Hotho, 2008; Pullen Sansfaçon, 2011; Spolander et al, 2011). Bien que l'expérience de formation initiale en travail social soit identifiée comme un aspect contribuant de manière significative au développement de l'IP (Wiles, 2013), peu de recherches se sont intéressées aux processus menant à son développement. L’IP est comprise comme « le résultat à la fois stable et provisoire, individuel et collectif, subjectif et objectif, biographique et structurel, des divers processus de socialisation qui, conjointement, construisent les individus et définissent les institutions » (Dubar, 2000:109). L’individu joue un rôle actif dans la construction de son identité professionnelle en sélectionnant, réélaborant et réinterprétant subjectivement les caractéristiques de son groupe d’appartenance – savoirs, valeurs, etc. (Granja, 2008).
La présentation fera état des résultats d'un projet de recherche qualitatif longitudinal étalé sur trois ans, s’intéressant au processus de structuration de l'IP des travailleurs sociaux durant le passage de la formation à la pratique. Le cadre théorique repose sur l’interactionnisme symbolique (Strauss, 1992), puisqu’il permet le lien – important pour le concept d’IP – entre facteurs individuels et environnementaux (Mathys, 2012). Au total, trois phases de cueillettes de données par entrevues semi-dirigées ont été réalisées à partir d’un guide d’entretien basé sur les écrits scientifiques et, subséquemment, sur l’analyse des données recueillies. Lors de la première phase, un échantillon non-aléatoire de 13 volontaires, permettant un taux d'attrition pour les phases subséquentes, a été formé parmi les étudiants inscrits en dernière année du baccalauréat dans trois universités de la région de Montréal, Canada. Parmi ces participants, un échantillonnage théorique a permis d’en cibler huit à revoir six mois après leur entrée sur le marché de l'emploi, lors de la deuxième phase de collecte. Cette même technique a ensuite permis de cibler six participants ayant une expérience particulière de construction identitaire pour participer à la troisième phase de collecte de données, 1,5 an après la fin de leur baccalauréat.
Cette méthodologie nous a permis de suivre six "cas" sur une période de 2 ans, et de saisir les processus à l’œuvre dans l’évolution et la structuration de leur IP. D’abord, c’est par son résultat que se distinguent ces processus, certains participants arrivant à se construire une identité plus forte que d’autres. Ensuite, c’est par le chemin suivi que se distinguent ces processus, où une histoire parfois très différente peut mener à un résultat semblable. Ainsi, bien qu’un parcours sans embûches semble plus propice au développement d’une IP forte, un parcours parsemé d’embûches n’est pas nécessairement synonyme d’une IP faible. D’autres facteurs modulent cette construction identitaire, tels que la reconnaissance du milieu, le soutien offert et la confiance en soi.
Ces résultats permettent de proposer des pistes de réflexion concernant les aspects à prendre en considération pour renforcer l’IP de nouveaux praticiens. Cela est pertinent puisqu’une IP forte est ce qui permet aux intervenants de « résister une vision parfois réductrice des facteurs à l'origine des problèmes communautaires et psychosociaux et la tendance à la technicisation et la standardisation des pratiques » (OTSTCFQ, 2012:12). C’est donc une réelle prise de pouvoir des intervenants sociaux qui est ainsi visée; trouver des façons de renforcer son IP pour ne pas devenir qu’exécutant d’un projet institutionnel allant parfois à l’encontre du projet disciplinaire.
Mots clés :
Quête du sens, Éthique et déontologie, Bonne pratique, Identité professionnelle
Recherche qualitative longitudinale
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