L’Analyse Coûts-Bénéfices: un modèle de valorisation de l’intervention sociale
Année : 2014
Thème : Comment répondre aux exigences croissantes et multiples d’efficacité et de performance en valorisant les bénéfices (sociaux) de l’intervention sociale
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
DELEZ Marie-Luce (Suisse) – mluce.delez@hevs.ch
Résumé :
Dans le cadre politique des restrictions budgétaires, les acteurs de l’intervention sociale se voient imposer une logique de coût, sans que celle-ci soit contre-balancée par une autre logique : celle des bénéfices ! Ce déséquilibre est lié à deux aspects fondamentaux : 1) à la difficulté inhérente à l’évaluation de résultats essentiellement qualitatifs et non-monétaires, 2) à la culture de l’action sociale, qui omet trop souvent de parler de « bénéfices », comme si agir en terme d’intervention sociale était automatiquement synonyme de conséquences positives pour la société. L’objectif de cette contribution est de réfléchir à la logique de bénéfices, à l’aide d’un modèle issu de la réflexion économique : l’analyse coûts-bénéfices.
Traditionnellement, l’Analyse Coûts-Bénéfices (ACB) est une méthode d’évaluation ou d’aide à la décision comparant systématiquement la grandeur des coûts et des bénéfices d’un investissement, en vue d’en évaluer la rentabilité économique ou les conséquences éventuelles (positives ou négatives). Depuis quelques années, de nombreuses recherches se sont penchées sur l’application de ce modèle dans le champ de l’investissement social et en capital humain, comme l’éducation et la formation, la santé ou la famille. L’objectif est d’évaluer si les bénéfices escomptés d’une décision politique d’action sociale seront supérieurs aux coûts prévus. Si c’est le cas, plus rien ne devrait s’opposer au financement de la mise en œuvre de cette décision ou à son subventionnement. Une telle démarche est essentielle dans le cadre des restrictions budgétaires, qui trop souvent encore s’opèrent dans un contexte d’analyse des coûts, en ignorant systématiquement les bénéfices (sociaux) qui pourraient résulter de l’intervention concernée : « La décision politique (…) ne peut être prise qu’au vu d’une évaluation précise de la situation actuelle et du bilan coûts-avantages, même sommaire, de chacune des options possibles. »(Mardsen E., 2009).
En d’autres termes, l’ACB permet de mesurer l’opportunité d’un projet ou d’une politique, ainsi que ses répercussions. Les enjeux posés peuvent être résumés comme suit : « Une prévention bien menée peut contribuer de manière déterminante à améliorer la santé. Mais est-elle aussi rentable? Le bénéfice généré par la prévention est-il supérieur aux coûts de cette prévention? Quid du rapport coûts-bénéfices de la prévention lorsqu’on le compare au rapport coûts-bénéfices de mesures curatives? Autant de questions justifiées auxquelles il n’est pas aisé d’apporter une réponse claire. Une revue de littérature récemment publiée confirme que l’analyse coûts-bénéfices de la prévention et de la promotion de la santé constitue un grand défi scientifique. » (Stefan Spycher, 2010)
L’ACB suggère que tous les bénéfices et tous les coûts peuvent être évalués, sur la base du principe que tout peut être converti en unité monétaire : « Cette opération de conversion monétaire pose problème et suscite critiques et émotions, en particulier pour la partie concernant les bénéfices. Elle implique que des éléments relatifs à la santé, à la qualité de l’environnement ou à la mortalité peuvent être ‘monétarisés’ ». (Treich N., 2008).
D’une manière générale, les conséquences d’un projet ou d’une décision peuvent être classées selon les catégories suivantes :
-les bénéfices directs, les bénéfices indirects et les bénéfices sociaux,
-les coûts directs, les coûts indirects et les coûts sociaux.
Ces différentes catégories seront illustrées par différentes recherches menées dans le cadre de la santé, de l’éducation ou de la famille.
Comment l’action sociale, et surtout le travail social, peuvent-ils s’inspirer de ces applications concrètes pour une développer une culture ou une logique du « bénéfice » à même de transformer une vision unilatérale et à court terme de réduction des coûts en une vision sociale, équilibrée et complète ? La réponse pourrait être un nouveau modèle : l’Analyse Bénéfices-Coûts.
Mots clés :
Utilité sociale, Tiers secteur, Société civile, Analyse économique
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