précarité en milieu étudiant : l'impossible devenir adulte des jeunes
Année : 2014
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
ZOUNGRANA Jean (France) – jean.zoungrana@yahoo.fr
NOUTCHA Roger (France) – roger.noutcha@estes.fr
Résumé :
Précarité en milieu étudiant. L’impossible devenir adulte des jeunes
L’histoire récente nous montre que la majorité des jeunes commence leur vie active par une période de chômage qui a tendance à s’inscrire dans la durée ; tout se passe comme si la crise économique et financière de 2008 avait eu un effet direct sur le taux de chômage des jeunes. Si traditionnellement les « petits boulots » permettaient aux jeunes d’adopter une posture d’autonomisation, leur rareté voire leur quasi absence, dans un environnement social marqué par la crise économique, non seulement questionne le présent mais semble obérer toute projection dans l’avenir : nombre d’enquêtes montrent que les jeunes français sont clairement insatisfaits de leurs situations et particulièrement pessimistes vis-à-vis de l’avenir. En parallèle, nous observons depuis trois ans à Strasbourg une montée de la précarité/pauvreté en milieu étudiant. Le marché de l’emploi n’assurant plus le relais à la majorité, tout se passe comme si les jeunes étaient condamnés, pour l’heure, à vivre dans une forme de minorité d’assistés. Ainsi et comme vivant sous le seuil de pauvreté, nombre d’étudiants semblent avoir des difficultés à subvenir à leurs besoins : aide alimentaire, aide vestimentaire, aide psychologique telles sont les réponses à cette nouvelle urgence sociale faite de nouveaux visages. La redistribution serait-elle la seule réponse idoine ? Démarrer sa vie de jeune adulte aux prises avec des précarités multiples et grandissantes n’a-t-il pas quelque chose de déstabilisant pour des jeunes considérés comme l’avenir de la Nation ? Entre un présent interminablement compliqué et un horizon brouillé, que peuvent-ils espérer d’autre ? N’y a-t-il pas risque d’installation dans un certain fatalisme, risque d’abandon d’études ? Les réponses classiques suffisent-elles à cette prise en charge sociale ou faut-il (et comment) activer de nouvelles formes de solidarité ? Loin d’être « des assistés classiques », de quelles autres propositions sont-ils porteurs en terme d’intervention sociale ? Notre étude s’emploie à décrire ces situations et expériences de la précarité mais aussi et surtout à interroger les propositions de réponse formulées par des jeunes eux-mêmes et des professionnels au plus prêts de ces problématiques.
Pour ce faire, nous avons eu recours à deux types d’investigation : l’observation et l’entretien semi directif. En effet, c’est l’observation spontanée d’une longue file d’attente (sous la pluie) à l’aumônerie universitaire catholique de Strasbourg qui nous a intrigués et poussés à entreprendre cette étude afin de comprendre sa nature et d’en mesurer sa portée. Cette observation s’est consolidée au cours du temps. Elle a permis de constater la variété du public concerné : étudiants étrangers en nombre grandissant mais également des étudiants français. L’approche qualitative du discours des étudiants a permis de les recentrer sur les thèmes du guide d’entretien : trajectoire familiale, trajectoire universitaire, obstacles et besoins afin d’identifier les facteurs et causes menant à cette situation précaire. Qu’en est-il du soutien familial ? Et inversement, qu’en est-il de l’aide publique voire des politiques publiques spécifiques ? Si le discours des professionnels a, quant à lui, donné plus de contenu au phénomène de précarisation constaté, il a permis de souligner la particularité du public étudiant avec des demandes spécifiques.
Mots clés :
Solidarité, Pauvreté, Exclusion, Etudiant
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