L’adéquation du travail de rue aux besoins des jeunes en rupture sociale : un exercice perpétuel de négociation
Année : 2014
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
FONTAINE Annie (Canada) – annie.fontaine@svs.ulaval.ca
BEAUCHESNE Marie (Canada) – marie.beauchesne.2@ulaval.ca
Résumé :
Le travail de rue est une pratique d’intervention de proximité qui se caractérise par son adaptation constante à la mouvance des publics visés. Comme sa principale fonction est de rejoindre les personnes qui sont en rupture avec les structures sociales, soit parce qu’elles les rejettent ou en sont rejetées, une grande latitude de définition et d’exercice de cette pratique est exigée pour en assurer l’adéquation à la culture et à la trajectoire des destinataires (Châtel et Roy, dir., 2010; Cheval, 2001; Fontaine, 2013).
L’étude des processus de négociation du sens et des usages accordés à cette forme d’intervention hors-murs constitue une piste d’analyse de l’influence des interactions sociales sur la définition de cette pratique (Fontaine, 2011). Une telle approche de recherche peut aider à comprendre comment les manières de concevoir et d’exercer cette pratique se dessinent au fil des interactions directes des travailleurs de rue avec les jeunes rejoints, avec leur entourage, avec les intervenants communautaires et institutionnels de leur milieu local, ou encore entre praticiens au sein de leur organisme employeur ou des espaces associatifs qu’ils côtoient. Une telle analyse peut aussi aider à éclairer comment des interactions plus indirectes, par exemple avec les bailleurs de fonds et les décideurs publics, peuvent avoir une influence sur les orientations et les conditions de mise en œuvre de cette pratique d’intervention.
La communication proposée présentera une recherche en cours, subventionnée dans le cadre du programme Développement Savoir du CRSH, qui vise à décrire les processus et produits de la négociation du sens et des usages du travail de rue ainsi qu’à analyser comment cette négociation plurielle de la définition de cette pratique influence l’adéquation de l’intervention auprès des jeunes plus ou moins en rupture sociale. Portée entre autres par l’objectif d’illustrer la contre-productivité de toute visée d’uniformisation de ce mode d’intervention, cette recherche veut éclairer comment l’intégration dans l’univers des jeunes marginalisés exige de préserver la marge de manœuvre essentielle à l’exercice d’un tel rôle dont l’efficacité pratique et symbolique réside dans son potentiel d’ajustement perpétuel à la culture des milieux investis, aux besoins et aux aspirations des personnes côtoyées ainsi qu’aux circonstances des situations rencontrées (de Boevé et Giraldi, 2010; Fontaine, 2010; Fontaine, 2013; Fontaine, 2011b; Martel, 2008; Parazelli, 2002).
Une première partie de notre communication résumera la démarche ethnographique (observation participante, analyse documentaire, groupes de discussion) mise en place pour réaliser cette recherche menée dans le cadre d’une étude de cas multiple au sein de deux organismes communautaires en travail de rue (à Québec et à Montréal) ainsi qu’auprès de l’Association des travailleurs et travailleuses de rue du Québec (ATTRueQ) et du Regroupement des organismes communautaires québécois pour le travail de rue (ROCQTR). Dans un deuxième temps, cette communication présentera quelques résultats préliminaires de notre étude en vue afin d’illustrer comment, dans la définition de leur pratique, les acteurs en travail de rue manoeuvrent pour entretenir leur capacité d’ajustement permanent aux personnes et aux situations rencontrées sur le terrain tout en tâchant de considérer les balises de reconnaissance de leur intervention par leurs partenaires et bailleurs de fonds (Duval et Fontaine, 2000; Fontaine, 2011; Fontaine, 2011b).
S'inscrivant dans le 2ième axe thématique du congrès, cette communication veut éclairer comment la conscience des processus de production interactive et de l'indétermination constitutive de l'intervention de proximité peut être mobilisée en tant que force de résistance aux formes variées d’unilatéralisme normatif, dont en premier lieu pour résister à la froide pression de la standardisation technocratique (Fontaine, 2011).
Mots clés :
Approche globale, Service de proximité, Co-construction, Négociation entre acteurs
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