Entre innovation et précarisation dans le secteur de l'Aide sociale à l'Enfance

Année : 2014

Thème : Le cas des éducateurs intérimaires, auto-entrepreneurs et "volants"

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

CHARLES Charlène (France) – charles.charlene79@gmail.com

Résumé :

Cette communication propose d’explorer, en s’appuyant sur les résultats d’une enquête ethnographique, de nouvelles formes de travail social dans le secteur de l’Aide Sociale à l’Enfance.
Un rapport de la cour des comptes paru en 2009 met en avant les difficultés à pourvoir l’ensemble des postes communes à un grand nombre d’établissements, notamment ceux qui prennent en charge les adolescents considérés comme les plus difficiles. Pour répondre à l’inadéquation entre besoins sociaux et travailleurs sociaux, nous avons constaté l’émergence d’éducateurs avec des emplois atypiques - contrats en intérim, à durée déterminée ou à temps partiel, en auto-entrepreneur ou encore en tant qu’éducateur "volant" dans un groupement d’employeurs. Malgré des distinctions en terme d’emploi, le contenu du travail est relativement homogène parmi eux: les éducateurs sont sollicités pour faire face à des urgences ou à des absences inopinées de travailleurs sociaux dans tous les types d’institutions qui accueillent des enfants, ils peuvent faire fonction de « renfort éducatif » auprès d’une équipe fragilisée ou encore, être missionnés pour prendre en charge individuellement des enfants qui sont problématiques et hébergés hors de l’institution, à l’hôtel ou dans des appartements.
Ces « petits boulots du social » remplissent donc deux fonctions principales : d’une part, ils permettent de maintenir une flexibilité de l’intervention sociale - être capable d’intervenir dans l’urgence, pour des durées indéterminées, faire fonction de « variable d’ajustement "- de l’autre, trouver un vivier d’éducateurs prêts à accompagner les mineurs jugés les plus difficiles et ceux suscitant le rejet de l’institution. Ces nouvelles formes d’emploi ne sont pas seulement le signe des difficultés constatées face à la précarisation des bénéficiaires, à ce que Rosanvallon et Castel ont appelé « la nouvelle question sociale », mais elles pointent également la précarisation même de l’intervention sociale voir de l’emploi des éducateurs.
Au-delà de la précarité, cette communication tentera de saisir ce que l'émergence d’un nouveau segment d’éducateur signifie en termes d’évolution du travail social. Le cas des éducateurs de remplacement est intéressant à observer du fait de leur position particulière : il s’agit d’un personnel à l’interface des institutions sociales classiques et des mineurs, avec une certaine autonomie dans le travail, travaillant dans une individualisation radicale des prises en charge et dans un temps relativement court et incertain. Les formes mêmes de structuration - le groupement d’employeurs, les éducateurs auto-entrepreneurs - marquent des innovations organisationnelles qui tentent de composer à la fois avec les contraintes des restrictions budgétaires et la nécessité d’avoir du personnel socio-éducatif flexible pour répondre aux besoins sociaux fluctuants. Cette communication s’inscrira donc dans cette tension entre la précarisation de l’intervention sociale, d'un côté, et l’étude de ce que cette déstabilisation produit comme marge de manœuvre pour les acteurs de terrains, comme nouvelles formes d’accompagnement sociales et comme conséquences sur le travail du lien social.
Après avoir énoncé la genèse des nouvelles formes de travail éducatif dans le champ de l’Ase, nous en présenterons des descriptions ethnographiques pour donner à voir les pratiques éducatives dans ce contexte. En guise de conclusion, nous proposons d’analyser ce que ces cas révèlent comme évolution du travail social et de ses visées de justice sociale, de solidarité.

Mots clés :

Intervention sociale et travail social, Secteur socio-éducatif, Nouveau métier

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