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Le Housing-first ou l'accès au logement des sans-abri comme préalable à toute intervention sociale

Année : 2014

Thème : Sésame, le "petit poucet" à la française

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

CHAPUT Corinne (France) – corinne.chaputlebars@gmail.com
Morange Arnaud (France) – amorange@irtsnormandiecaen.fr

Résumé :

La communication rendra compte d’une recherche-action menée par l’Institut Régional du Travail Social de Basse-Normandie, au sein d’un nouveau service de Housing-first, mis en place à Caen (Basse-Normandie, France) par l’Association des Amis de Jean Bosco. Ce service, du nom de Sésame, a pour objectif d’accompagner des personnes en situation de grande exclusion à accéder directement au logement, avec deux grands principes : un bas seuil d’exigence en direction de ces personnes, pour lesquelles le logement doit être un préalable à toute action visant le changement (et non l’inverse comme il est historiquement d’usage dans le travail social), et le renforcement de l’équipe par des travailleurs-pairs, eux-mêmes anciens exclus, selon le courant dit de la « pair-émulation » et c’est grâce à ces deux caractéristiques qu’il présente un caractère d’innovation sociale . La recherche a consisté en une immersion au sein de Sésame afin de l’expertiser, dans le même temps qu’il s’agissait d’accompagner le changement des pratiques professionnelles.

Le principe du Housing-first a une histoire qui s’enracine aux Etats-Unis dans les années 1990, avant que d’être développé en Europe ces dernières années. En France, un vaste programme est actuellement en cours de réalisation : « Un chez-soi d’abord ». Il remplit deux fonctions : développer le Housing-first en France (volet insertion sociale et médicale) et établir des données scientifiques validant – ou non – le dispositif (volet « recherche-évaluation », placé sous la direction d’un laboratoire de recherche médicale spécialisé en psychiatrie). 800 personnes (dont 400 dans un groupe témoin) sont progressivement intégrées dans ce dispositif diligenté par l’Etat français. Comme pour les principales expérimentations internationales, ce programme se fonde sur une approche médico-sociale avec une forte contribution de psychiatres (les personnes incluses dans l’étude le sont au double titre d’avoir vécu à la rue et d’être atteintes de graves troubles psychiques). En revanche, notre objet de recherche, Sésame, bien que s’inspirant du programme national est, lui, d’abord porté par des professionnels de l’insertion et du logement. Il n’est certes qu’un « petit poucet » face aux grandes initiatives de Housing-first, mais c’est ce qui en fait, selon nous, un outil souple et de qualité au service d’un public très spécifique.

Notre présentation visera à décrire le dispositif expérimental Sésame en mettant en évidence sa singularité, en insistant sur ses atouts que sont : sa taille modeste, sa prudence pour ce qui relève de sa croissance (dans un contexte de raréfaction des moyens alloués aux plus précaires), son ancrage territorial en relation avec les acteurs locaux du logement social et du travail social, et l’esprit qui l’anime. Cet esprit résulte notamment de la constitution d’un comité de pilotage, qui réunit les acteurs concernés (institutionnels, financeurs et chercheurs), et qui remplit une fonction démocratique de transparence, de réflexion, d’orientation de la décision.

Le dispositif Sésame, que nous décrirons, trouve une position subtile qui consiste à mobiliser les ressorts efficaces et reconnus du Housing-first, tout en gardant une identité propre. Le Housing-first, versus Sésame, ne se présente pas comme une « solution miracle » au problème des sans abri (et éventuellement moins coûteuse que d’autres dispositifs) - solution dont les pouvoirs publics pourraient, à ce titre, faire la promotion - mais comme une offre supplémentaire parmi les possibilités de prise en charge existantes. A partir de nos observations in situ, nous discuterons des enjeux du Housing-first à la française.

Par ailleurs, notre recherche qui portait sur un service novateur, mobilisait elle-même une technique peu usitée en la matière : la recherche-action à visée collaborative. A l’épreuve de la pratique, cette approche sera appelée à être commentée dans ses apports comme dans ses limites.










Mots clés :

Action alternative, Exclusion, Vivre ensemble

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