Le pouvoir de dire et et le pouvoir d'agir chez les victimes du conflit armé en Bosnie-Herzégovine
Année : 2014
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
ARSENAULT Stéphanie (Canada) – stephanie.arsenault@svs.ulaval.ca
Résumé :
L’exposé suivant s’inscrit dans le troisième axe du congrès, soit l’axe portant sur le thème de la réinvention de l’intervention sociale communautaire pour recréer des liens sociaux et développer la citoyenneté. Plus spécifiquement, il tente d’amener des éléments de débat concernant l’importance des méthodologies centrées sur la promotion de l’action collective et le développement du pouvoir d’agir des publics fragilisés. Ces éléments seront notamment en lien avec la question demandant « quoi mettre en place pour que les populations fragilisées puissent être considérées comme interlocutrices privilégiées, s’unir et intervenir? »
L’exposé repose sur une recherche exploratoire menée en 2012 en Bosnie-Herzégovine et portant sur certaines expériences d’intervention développées dans le pays. Ces interventions visaient toutes la reconstruction de liens sociaux positifs entre des victimes du conflit ayant eu lieu au début des années 1990 et étant identifiées à des pans ennemis du conflit. Au total, douze intervenants (9) et participants (3), reliés à trois programmes distincts, ont été interviewés individuellement.
En lien avec les préoccupations du congrès, la littérature consultée en préparation à cette étude avait déjà mise en évidence l’importance du contexte socioéconomique dans la reconstruction des liens interethniques en contexte post-conflit. En fait, selon la littérature, on estimerait que les milieux de travail seraient les plus à aptes à favoriser la coopération interethnique en Bosnie-Herzégovine (Pickering, 2006). Selon Pickering (2006), la mixité ethnique dans les milieux de travail aurait un impact positif plus important dans la construction d’une coopération interethnique que n’auraient eu les organismes communautaires et les relations de voisinage. Les citoyens y construiraient des liens de faible à moyenne intensité propices à l’amorce de liens interethniques non-menaçants. Les milieux de travail, en plus de fournir les revenus nécessaires à la subsistance, rendraient donc possible des interactions interethniques répétées et horizontales sur la base de relations professionnelles positives. Mais, malheureusement, « High unemployment rates and nationalist control of many Bosnian workplaces significantly limit current ability of workplaces to integration minorities on a large scale » (Pickering, 2006, p.96). Cet aspect est également développé par Eastmond pour qui « improving the socio-economic situation would facilitate inter-ethnic relations, and for many individuals this way of rebuilding a “normal life” was a far greater motivating force than what can be referred to as “identity politics” » (2010, p.12).
D’autres auteurs encore (Miljenović & Žganec, 2012) montrent également comment les communautés les plus directement affectées par la guerre sont celles affrontant aujourd’hui les plus haut taux de chômage, de pauvreté et d’érosion démographique, ce qui semble contrecarrer les possibilités de mixité ethnique harmonieuse. Face à un tel constat, Miljenović et Žagnec (2012), à l’instar de leurs répondants, plaident en faveur d’un processus de développement endogène et avancent trois niveaux d’intervention interpellant les travailleurs sociaux : 1) le rehaussement des conditions de vie individuelles en mobilisant la population autours des enjeux de l’emploi, du logement et de l’éducation notamment; 2) le renforcement des liens sociaux par la promotion des initiatives collectives sur des objectifs communs; 3) le renforcement de la communauté en tant qu’acteur autonome capable de se développer à partir des ressources existantes en son sein.
La recherche exploratoire que nous avons menée révèle quelques éléments supplémentaires favorables ou défavorables à la reconstruction des liens sociaux positifs entre victimes autrefois ennemies dans les paradigmes du conflit armé qu’a connu le pays. Ces éléments seront donc présentés dans cet exposé.
Mots clés :
Cohésion sociale, Crise sociale, Lien social
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