Les professionnels face à l’assistance au suicide au sein des institutions pour personnes âgées en Suisse. Contraintes, positionnements et savoir-faire dans ce nouvel accompagnement de fin de vie.

Année : 2014

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

Scozzari Elena (Suisse)
CASTELLI DRANSART Dolores Angela (Suisse) – angela.castelli@hefr.ch
VOELIN Sabine (Suisse) – sabine.voelin@hesge.ch

Résumé :

L’assistance au suicide est admise en Suisse par le code pénal, pour autant que les personnes qui assistent ne le fassent pas pour des raisons égoïstes (art. 115 CP). Depuis les années ’80 des associations offrent leurs services en la matière. Dans le Canton de Vaud, les associations d’aide au suicide ont le droit -selon la loi sur la santé publique du 1er janvier 2013- d’offrir leurs services au sein des établissements médico-sociaux (EMS). La plupart des associations professionnelles considère que le suicide assisté ne fait pas partie de l’activité professionnelle.
Le suicide assisté interpelle les professionnels dans le domaine des soins et du social à plusieurs niveaux : au niveau éthique-déontologique et personnel ainsi qu’au niveau de la mission institutionnelle et de l’organisation du travail.

Cette communication rendra compte de quelques résultats d’une recherche qualitative qui s’intéresse aux expériences vécues par les professionnels travaillant auprès de personnes âgées face aux demandes et cas avérés de suicide assisté. Elle souhaite en identifier les positionnements et les réactions mais également saisir les enjeux personnels et institutionnels face à ce phénomène.
Tous (266) les EMS des Cantons de Vaud et de Fribourg et les services spécialisés dans l’accompagnement aux personnes âgées ont été invités à participer à l’étude à la condition qu’ils aient été confrontés à des demandes d’aide au suicide. Quinze ont répondu favorablement, dont 12 EMS, 2 institutions de soins à domicile et un service social. Au total, 41 professionnels ont été interviewés par le biais d’un entretien semi-directif (1 médecin, 8 directeurs, 10 infirmiers-chefs, 8 infirmiers, 10 aides-soignants et 4 animateurs socio-culturels).
Les entretiens ont été analysés en adoptant les principes de la théorisation ancrée. Trois types de codification (ouverte, axiale, sélective, Strauss et Corbin, 1990) ont été effectués selon deux axes: les processus de traitement des demandes de suicide assisté et les types de positionnements et de réponses professionnels et institutionnels.

Cette communication abordera en particulier le deuxième axe, en relevant les contraintes, les positionnements et les savoir-faire déployés par les professionnels. Ceux-ci se trouvent en première ligne pour entendre les demandes et les souffrances des personnes âgées, mais ils sont aussi contraints de répondre aux exigences croissantes de responsabilisation des individus et à la bureaucratisation des processus, susceptibles de précariser ultérieurement cette population déjà vulnérable.

En effet, le processus du suicide assisté en institution présuppose une implication des professionnels (évaluation de la demande, gestion d’équipes, information et suivi) et des contraintes importantes, telles que : composer avec les valeurs personnelles et institutionnelles, conjuguer les espaces professionnels et privé, faire face à de nouvelles collaborations avec l’association d’aide au suicide, la police et le médecin légiste. Dès lors, quelle est la marge d’intervention des soignants ou des travailleurs sociaux face à ces contraintes? Comment parviennent-ils à dépasser leurs sensibilités et vulnérabilités ?

Les professionnels ont adopté 4 types de positions et de réponses spécifiques (parfois peu conscientisées) et qui se distinguent par l’importance accordée à l’accompagnement de la personne âgée, aux valeurs personnelles ou professionnelles. Par ces positionnements, une réflexion émerge autour de la posture professionnelle à tenir vis-à-vis de cette population plus ou moins vulnérable.

Mots clés :

Acteurs, Éthique et déontologie, Savoir-faire

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