Soutenir l'engagement durable dans un groupe thérapeutique pour personnes auteures de violence dans le couple: stratégies et pratique des Intervenant(e)s

Année : 2014

Thème : L'abandon précoce d'une démarche thérapeutique de groupe pour personnes auteures de violence dans le couple représente un facteur de risque en termes de récidive. Afin de soutenir la persévérance dans cette démarche, les intervenant-e-s recourent à des stratégies qui visent à construire une alliance thérapeutique et à confronter. Ces pratiques sont analysées à partir du concept de facteur d'aide.

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

LORENZ COTTAGNOUD Susanne (Suisse) – susanne.lorenz@hevs.ch

Résumé :

La violence au sein du couple et de la famille ne constitue pas un phénomène marginal. Elle renvoie à un mode relationnel inégalitaire basé sur la domination (Broué, Guèvremont, & Corbeil, 1999). La répétition de toute une série de comportements et paroles agressifs aux conséquences aussi importantes que douloureuses pour les personnes concernées en font un problème majeur de santé publique (Krug, Dahlberg, Mercy, Zwi, & Lozano-Ascencio, 2002). Enrayer cette violence suppose une stratégie intégrée et des mesures diversifiées (Heise & Garcia-Moreno, 2002), dont font partie les programmes thérapeutiques pour personnes auteures.
Ces mesures, fréquemment réalisées dans le contexte d'un groupe, visent à modifier les comportements pour prévenir la récidive et favoriser une évolution des représentations (Morbois & Casalis, 2003). Les participants doivent se responsabiliser et cesser de banaliser et/ou justifier leurs actes. Ils doivent aussi acquérir des aptitudes relationnelles, d'autocontrôle (Gondolf, 2004; Rondeau, Lindsay, Brochu & Brodeur, 2006) et intégrer l'interdit du recours à la violence (Lorenz & Bigler, 2013). Ces programmes contribuent à ce que 53% à 87% des hommes qui y participent ne récidivent pas dans les deux ans qui suivent la fin du traitement (Gondolf, 2004). L'engagement dans une telle démarche améliore également le sentiment de sécurité et la qualité de vie des victimes (Gondolf, 2004; Scott, 2004).
La revue de la littérature montre que plusieurs facteurs contribuent à réduire la probabilité de nouvelles agressions, au nombre desquels figurent l'assiduité et l'implication régulière dans le travail thérapeutique (Mullender & Burton, 2000). Les participants qui cessent prématurément leur participation au groupe présentent un risque de récidive plus élevé (Gondolf, 2002; Scott & King, 2007; Chovanec, 2009). Au-delà des facteurs individuels, les pratiques professionnelles qui soutiennent une alliance thérapeutique (Rondeau & al., 2006; Levesque, 2006; Scott & King, 2007) et un degré élevé de confiance envers le/la praticien-ne (Lindsay, Turcotte, Montminy & Roy, 2006) améliorent la persévérance.
Dès lors, l'enjeu consiste, pour le/la professionnel-le, à initier un lien en créant un espace suffisamment sécurisant pour que la personne qui s'engage dans un processus de groupe parvienne à dépasser ses craintes premières et à s'engager dans la résolution du problème (Hervé & Maury, 2004). Ce processus intervient dans un espace-temps relativement court et se traduit par des pratiques soutenant l'engagement (Pinsof, Zinbarg & Knobloch-Fedders, 2008). Si les facteurs d'aide identifiés par Lindsay et al. (2006) n'expliquent pas la persévérance en soi, ils offrent une clé de lecture pour identifier les interactions entre les différents membres du groupe (i.e. les participants et les intervenant-e-s) qui préviennent l'abandon précoce. Ces facteurs se traduisent par des stratégies. Dans la pratique, il revient aux intervenant-e-s de trouver un savant équilibre entre soutien bienveillant, responsabilisation et échange d'expériences pour contrôler la violence. De cette façon, une vision du groupe comme ressource pour parler de la violence, de soi et des difficultés rencontrées pourra germer et réduire le risque d'abandon précoce.
Cette communication entend présenter les résultats d'une recherche qualitative qui met en lumière les stratégies d'un groupe de professionnel-le-s qui anime des groupes thérapeutiques pour hommes auteurs. Les propos de ces praticien-ne-s montrent que leurs pratiques pour favoriser l'engagement durable des participants les amènent à faire preuve de créativité et à s'adapter en fonction des phases du programme, la dynamique du groupe ou encore les difficultés auxquelles se heurtent les participants. Leur participation à la recherche a permis d'échanger au sujet de leurs savoir-faire auprès de personnes en situation de vulnérabilité et d'évoquer l'enjeu de devoir faire preuve de leur efficience.

Mots clés :

Intervention sociale et travail social, Action de groupe, Savoir-faire, violence dans le couple

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