Les GEM, entre "politiques sociales du sujet" et réflexivité des acteurs

Année : 2010

Thème : handicap psychique et compétences des usagers

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

VISINTANIER Sabine (France)

Résumé :

En France, face aux processus d’exclusion sociale caractéristiques des sociétés des XX° et XXI° siècles et au relatif échec des politiques mises en place par l’État providence et de son paradigme assurantiel, on assiste à un redéploiement de l’action publique vers des programmes d’activation, de participation, à destination de différents publics fragiles (chômeurs, jeunes en difficulté d’insertion, malades, personnes en situation de handicap,…).
Ces programmes, dispositifs visent à l’autonomisation des usagers construits comme coproducteurs du service, et selon un nouveau paradigme de « gestion de soi ». La logique de traitement individualisé des problèmes sociaux s’étend, et mise sur les capacités réflexives des usagers, tout en s’articulant à des interventions sociales.

C’est dans ce contexte et celui d’une mutation de la psychiatrie (fermeture massive de lits hospitaliers) amenant à réinterroger la place sociale d’une population souffrant de « troubles psychiques graves et persistants » qu’émergent en France les Groupes d’Entraide Mutuelle (GEM).

Promulgués par la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, les GEM sont des « outils d’insertion dans la cité, de lutte contre l’isolement et de prévention de l’exclusion sociale des personnes en situation de grande fragilité » « fondés par un projet d’entraide mis en œuvre par les usagers eux mêmes » afin de « restaurer et maintenir les liens Sociaux », et de « redonner confiance en soi ».

Mis en œuvre afin de créer de nouvelles solutions d’accompagnement, les GEM donnent une nouvelle légitimité d’action à des associations de malades mentaux, qui s’engagent dans des activités auparavant encadrées par des professionnels. Ils bouleversent la relation d’aide et de soins et participent d’un mouvement plus général d’empowerment. Ils sont destinés à un public de « handicapés psychiques », particulièrement fragilisés par la maladie mentale, et où la responsabilité de soi et l’activation sont loin d’être évidentes.

Ces dispositifs visent à promouvoir de nouvelles méthodes d’accompagnement qui se veulent indépendantes du cadre d’intervention des institutions psychiatriques et des travailleurs sociaux.

Cette communication rendra compte de ces nouvelles pratiques, à partir de l’observation de deux« groupes d’entraide mutuelle » de la région lyonnaise (France), en s’intéressant au point de vue des acteurs et à leurs activités d’auto-support. La communication examinera, dans une première partie, l’émergence, en France, des associations de malades mentaux, et enfin, celle des GEM. Puis, à partir de l’analyse de deux de ces GEM en région lyonnaise, la communication présentera les atouts potentiels que revêtent des objectifs de déstigmatisation et de construction collective d’une identité et d’un savoir. Elle soulignera en même temps les risques qui découlent des mesures d’activation des politiques publiques en termes de « sur-responsabilisation » des « malades-acteurs » et d’injonction à la «gestion de soi » et à la réflexivité.

Mots clés :

Usager, Transfert des connaissances, Solidarité de proximité

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