Récits de vie et photographie: une pratique novatrice pour favoriser l'empowerment.

Année : 2014

Thème : L'utilisation de Photovoice auprès d'adolescents en protection de la jeunesse

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

Marcotte Julie (Canada) – julie.marcotte@uqtr.ca

Résumé :

Bon an mal an, c’est près de 10 000 jeunes qui sont placés dans un milieu de vie substitut (en vertu de la LPJ. De ce nombre, environ la moitié des dossiers sont frappés d'une ordonnance judiciaire stipulant le placement jusqu'à majorité. Vers la fin de l’adolescence, ces jeunes pris en charge depuis plusieurs années doivent préparer leur passage à la vie adulte et leur sortie des services sociaux : ils doivent donc s’autonomiser de façon précipitée et devenir adulte quasi « instantanément ». Les recherches montrent avec une constance alarmante que ces jeunes présentent une constellation de difficultés et d’inadaptations à l’âge adulte. Parmi celles-ci, notons le faible niveau de scolarité, l’itinérance, la parentalité précoce, la victimisation et la pauvreté . Les problèmes de santé physique et mentale la dépression, le syndrome de stress post-traumatique, la phobie sociale et les problèmes de consommation semblent également être le lot de ces jeunes adultes. En effet, ces jeunes consommeraient davantage d’alcool et de marijuana que leurs pairs du même âge (Havlicek, 2011). Par ailleurs, les taux significativement plus élevés d’arrestations, de délits graves et de comportements violents révèlent une association étroite entre le fait d’avoir grandi dans un milieu substitut et les contacts subséquents avec le système judiciaire. À partir de 16 ans, le projet de vie est axé sur l’autonomie et consiste à développer les habiletés du jeune (entretenir un logement, faire un budget, entrer en relation, etc.) de façon à ce qu’il devienne un adulte indépendant dès ses 18 ans, lorsque l’intervention des CJ prend fin (Gouvernement du Québec, 2010). Ironiquement, cette exigence d’autonomisation pèse plus lourdement sur les jeunes issus des CJ car leur prise en charge s’est déroulée, plus souvent qu’autrement, dans un contexte institutionnel « autoritaire » où les choix sont effectués pour l’individu dans son meilleur intérêt (Goyette, Pontbriand, & Bellot, 2011). Les programmes de transition à l’autonomie inspirés d’une logique d’intervention fonctionnaliste (Projet qualification jeunesse, Plan de cheminement vers l’autonomie, etc.), s’inscrivent parfaitement à l’intérieur des amendements de cette loi. En effet, ces programmes sont conçus de sorte à réduire l’écart entre les seuils objectifs du passage à la vie adulte (diplomation, emploi et revenus stables, formation d’une famille, etc.) et les attributs actuellement lacunaires du jeune (Babin, 2006). Toutefois, une part importante de la notion de projet de vie semble escamotée dans une telle prise de position. En effet, la construction d’une identité positive, liée au sentiment d’appartenance, à la capacité de trouver un sens à son histoire et de se projeter dans l’avenir, constituerait une étape liminaire aux apprentissages fonctionnels du rôle d’adulte (Stein, 2008). Compte tenu de sa nature subjective, le projet de vie doit d’abord s’articuler autour des représentations subjectives que l’individu a de soi et du monde pour que ce projet devienne ensuite un passeport favorisant une vie adulte réussie et porteuse de signification pour les jeunes ayant grandi en milieu substitut. Notre recherche-action veut précisément documenter ces processus développementaux subjectifs en proposant une action inspirée de l’approche constructiviste et d’une perspective d’empowerment. Nous présenterons le projet Visualiser sa vie, une recherche action menée auprès des jeunes en protection de la jeunesse qui s'apprêtent à effectuer la transition à la vie adulte. Les résultats de cette démarche nous ont permis de mieux comprendre la façon dont les jeunes perçoivent leur passé, le présent et leur avenir en plus de favoriser une "reconstruction' par les jeunes de leur histoire. En outre, la démarche a permis de constater le potentiel de Photovoice et l'utilisation des méthodes visuelles tant pour les jeunes que les intervenants.

Mots clés :

Recherche-action, Protection sociale, Individualisation des problèmes sociaux…

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