Prévenir la criminalité en contexte communautaire, en commençant par renforcer les liens parent-adolescent : les défis et les premières retombées d'un projet novateur et intersectoriel.
Année : 2014
Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...
Auteur(s) :
HAMEL SYLVIE (Canada) – sylvie.hamel@uqtr.ca
Résumé :
Le projet Ensemble pour prévenir! se consacre à la prévention de la criminalité dans des quartiers défavorisés de la région de Trois-Rivières. Celui-ci s’appuie sur la participation de plusieurs partenaires dont l’organisme fiduciaire Aux trois pivots, le Centre jeunesse de la Mauricie et du Centre-du-Québec, le Centre de Santé et de services sociaux de Trois-Rivières, l’Office municipal de l’habitation de Trois-Rivières, la Maison L’Entr’Amis, la Maison des jeunes Action-Jeunesse, l’École secondaire Des Pionniers, la Sécurité Publique de Trois-Rivières ainsi que l’Université du Québec à Trois-Rivières. Ce partenariat repose en partie sur des ententes officielles, mais en plus grande partie, sur des liens de confiance. Il est piloté par l’action structurante d’un Conseil de la communauté qui regroupe l’ensemble des acteurs qui y sont engagés.
Plus spécifiquement, ces acteurs mettent en application deux programmes. D'abord le Communities That Care (CTC) qui se classe désormais au rang des pratiques probantes (evidence based practice) (Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention, 2010 – Substance Abuse and Mental Health Service Administration, 2010 – Hawkins, Oesterle, Brown, Arthur, Abbott, Fagan et Catalano, 2009). Celui-ci propose un cadre stratégique ainsi qu'un processus organisé, pour la planification et la gestion des activités de prévention de la criminalité à l’échelle d’une collectivité. Il se base sur la stratégie du développement social communautaire. Dans ses premières étapes, ce programme permet d'investiguer les facteurs de risque et de protection de la communauté ciblée pour ensuite choisir un autre programme plus spécifique visant les jeunes et leur famille.
Dans le cas présent, il s'agit du Programme de Renforcement des Familles (PRF), adaptation française du programme américain Strengthening Families Program (Kumpfer, 1982). Ce programme comprend 14 ateliers (communication, résolution de conflits, résistance à la pression des pairs, respect et réalisation de soi, frontières et limites, gestion de la colère et des émotions, vie sexuelle, drogues et alcool) pour les jeunes et leurs parents et répond à plusieurs des caractéristiques identifiées chez les meilleurs programmes de prévention (drogues, violence et criminalité) destinés aux jeunes de milieux défavorisés(Cuijpiers, 2003; 2005; Foxcroft et al., 2003; Midford, 2009; Miller & Hendrie, 2008).
Ce programme comporte de nombreux défis, qui consistent notamment à joindre des familles parmi les plus isolées et les plus vulnérables, mais également de tirer le meilleur parti d’une action intersectorielle. Pour l’heure nous comptons 90 participants, soit 37 parents et 43 adolescents. Les résultats préliminaires de la recherche évaluative laissent entendre qu’ils sont généralement satisfaits du programme, la plupart ayant fait preuve d’assiduité et certains voulant même y participer de nouveau. Les premiers résultats de la recherche nous informent également des changements que les parents et les adolescents observent à leur égard à la fin du programme. Les parents témoignent notamment d'une diminution de l’agressivité chez leur adolescent ainsi qu'une plus grande capacité à contenir ses émotions. Ces derniers laissent entrevoir d'autres retombées dans le cadre d’entretiens individuels auxquels ils ont participé quelques mois plus tard, reliées à leur capacité à prendre du recul sur les situations les plus difficiles, à écouter, établir des liens et mettre des limites à leur enfant. Mais aussi à réfléchir sur soi et s'ouvrir aux autres. Certains envisagent même la possibilité de s'impliquer encore davantage dans leur communauté. Ces résultats laissent entendre que la combinaison du CTC et du PRF pourrait avoir un impact favorable, non seulement sur les liens parent-enfant, mais sur le capital social.
Mots clés :
Communauté, Développement social urbain, Intervention sociale et travail social, Prévention de la criminalité
← Retour à la liste des articles