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Ce que peut faire l'engagement associatif à l'intervention sociale

Année : 2014

Thème : L'exemple de clubs de sport de proximité

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

MALATESTA Dominique (Suisse) – dominique.malatesta@eesp.ch
JACCOUD Christophe (Suisse) – christophe.jaccoud@unine.ch

Résumé :

La présente communication a pour objectif de saisir les éléments significatifs relevant de l’engagement associatif et qui permettent de discuter de l’intervention sociale. Nous prenons le parti, pour penser l’action émancipatrice attachée à diverses formes de participation, non pas de partir des savoirs et des compétences des travailleurs et travailleuses sociales, mais bien des capacités des lieux même de l’engagement collectif à penser les vulnérabilités et à y proposer des réponses. Les lieux que nous investiguons sont des clubs sportifs féminins de proximité situés dans des quartiers populaires.
En effet et en dépit des discours qui pointent la montée de l’individualisme, l’affaiblissement des institutions et la prégnance des valeurs postmodernes, la vie associative n’est pas un modèle daté, en Suisse tout au moins qui constitue l’espace de nos investigations . La persistance de tels engagements et la part qu’ils prennent dans la socialisation des jeunes et la création de leur personnalité sociale conduit alors à appréhender l’associativité comme un fondement essentiel de la vie publique. Mais aussi à envisager la pratique d’un loisir populaire au sein d’une association sportive comme une modalité de l’expérience démocratique.
A cet égard, les sciences sociales ont régulièrement documenté comment les clubs de loisir sportif produisent des identités sociales au travers de la production d’un vivre-ensemble articulé sur des valeurs du proche et de la familiarité. Toutefois, nous proposons de penser que cette socialité ne se confine pas strictement au communautaire -et c’est dans cette perspective que nous pouvons parler d’intervention sociale- , une perspective qui n’a guère retenu l’attention jusqu’ici. Autrement dit, si ces structures associatives font à l’évidence « petite société », elles contribuent également à «faire société», c’est-à-dire à produire de la vie démocratique et à favoriser l’inscription dans la vie publique à travers une expérience du monde élargie : apprentissage du répertoire des rôles, exposition publique, lutte pour la reconnaissance de pratiques culturelles peu considérées, etc.
Notre propos entend explorer cette hypothèse de continuité entre communauté et société en se focalisant sur des clubs de sport situés en Suisse romande et accueillant de jeunes pratiquantes pour des activités faiblement estimées (football féminin et twirling bâton). La mise en relief de la double dimension de la socialité qui se développe au sein des clubs doit permettre de penser l’action sociale à partir d’un postulat qui met en relief l’agentivité des acteurs engagés, en particulier des enfants et les jeunes, acteurs qui se trouvent dans une situation de vulnérabilité sociale et culturelle. Cette double dimension allie le côté social d’une part, car cette socialité est ancrée dans le commun et le personnel ; et le côté politique et impersonnel de l’autre, dans la mesure où elle s’inscrit dans le monde extérieur et agit sur la vie publique en produisant réflexivité et reconnaissance des pratiques culturelles dotées d’une faible légitimité.
L’enjeu est donc bien de revisiter la vie associative, en insistant sur ses effets et sur ses conséquences sur les pratiques culturelles, mais aussi sur la production d’identités sociales affirmatives, qui constituent alors des formes de la forme réponse à la vulnérabilité et que nous souhaitons mettre au jour.
Dans cette communication, nous nous attacherons encore à mettre en perspective ce travail de recherche avec un enseignement consacré à l’action collective et à sa pertinence pour l’intervention sociale, et ceci quand bien même les travailleurs et travailleuses sociales ne sont pas les premiers architectes de ces lieux de création de liens sociaux et, parfois d’affranchissement et de desserrement des assignations disqualifiantes. Cette approche permet ainsi pleinement de penser le rôle du travail social dans le changement social.

Mots clés :

Société civile, Action collective, Acteurs, clubs de sport

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