Femmes, troubles dépressifs et demande de services de santé mentale au Canada francophone : une analyse intersectionnelle

Année : 2015

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

NEGURA Lilian (Canada) – Lilian.Negura@uottawa.ca
Gaborean Florina (Canada) – fgaborea@uottawa.ca

Résumé :

Cette communication examine l’articulation entre minorité, genre et âge, au regard de l’accès aux services de santé mentale dans le contexte canadien francophone minoritaire. Il est connu que la barrière linguistique a des effets négatifs importants sur l’accès aux services de santé. Dans le cas particulier de la dépression, la capacité à offrir des services dans la langue maternelle est très importante, car la communication constitue un élément essentiel du traitement. Cependant, la question de l’accessibilité ne peut se réduire à celle de l’offre. D’une manière générale, les jeunes femmes qui souffrent de problèmes de santé mentale ont moins tendance que la population adulte à demander de l’aide. Des facteurs sociaux ou identitaires pourraient affecter la demande des services de santé mentale des jeunes femmes appartenant à la minorité francophone, ce qui légitime une analyse intersectionnelle. Ainsi, la question qui nous intéresse est la suivante : Quelle est l’imbrication des rapports de pouvoir qui influent sur le vécu des troubles dépressifs, l’implication sociale et la demande de services de santé mentale des jeunes femmes francophones, en situation linguistique minoritaire. Une enquête qualitative a été réalisée par une équipe de recherche interdisciplinaire dans quatre sites : Moncton, Ottawa, Sudbury et Winnipeg auprès d’un échantillon non-probabiliste par choix raisonné. Nous présentons les données obtenues par la méthode des entrevues individuelles semi-dirigées auprès de 27 femmes, francophones et anglophones, âgés de 18 à 30 ans et de 40 à 65 ans, qui ont rapporté avoir souffert de dépression au cours de la dernière année. L’analyse des résultats obtenus a révélé que l’imbrication des catégories de genre, âge et langue parlée produit des effets compensatoires sur la demande de service de santé mentale. Alors que l’image sociale positive de la jeunesse fait hésiter les femmes dans leur demande de services, ceux liés à la féminité légitiment la dépression et les faiblesses qui y sont reliées. En même temps, les rapports de pouvoir découlant du rapport majorité-minorité linguistique ne semblent pas influencer d’une façon négative la demande et l’usage des services de santé mentale. Selon notre analyse, le croisement de ces catégories de différences débouche sur un positionnement social qui rejette les étiquetages sociaux qui y sont associés. Nos données mettent ainsi en relief une réalité dynamique où les femmes participent activement à la construction de leur identité intersectionnelle. Cette recherche permettra d’élaborer une approche intersectionnelle d’intervention sociale dans le domaine de la dépression centrée non seulement sur l’accès aux services, mais aussi sur la demande des services de santé mentale dans un contexte de précarité.

Mots clés :

Santé mentale, Genre, Intervention sociale et travail social

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