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Le travail social à l’épreuve de la complexification et de la multiplication des dispositifs de l’aide sociale aux personnes âgées : une étude de cas à l’île de La Réunion

Année : 2015

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

SANDRON Frédéric (France) – frederic.sandron@ird.fr
Klein Armelle (France) – armellekl1@gmail.com

Résumé :

Dans le département ultramarin de La Réunion, 343 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté monétaire, soit 42% de la population. Alors qu’en France métropolitaine, les personnes âgées sont les plus épargnées par la pauvreté, ce n’est pas le cas de La Réunion où la vulnérabilité des personnes âgées est multidimensionnelle. Ainsi les allocataires du minimum vieillesse représentent 30% des personnes âgées, pour une moyenne nationale de 3%. Dans le domaine de la santé, les taux de dépendance sont à La Réunion, à 50-59 ans, similaires à ceux de la métropole française à 70-79 ans. Pour les personnes de 75 ans et plus, 43% d’entre elles perçoivent l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) contre 20% en métropole. Les personnes âgées habitent plus souvent que les autres dans des logements vétustes, sans confort ou avec des défauts. Si l’on ajoute le fait que les seniors vivent de plus en plus souvent seuls à cause de la décohabitation familiale et qu’une partie importante d’entre eux sont confrontés à des problèmes d’analphabétisme, on perçoit aisément que ces quelques éléments constituent un faisceau important de précarités auxquels sont confrontées les personnes âgées réunionnaises.

Dans ce contexte de pauvreté et de précarité, l’intervention sociale à La Réunion est évidemment essentielle. Elle l’est d’autant plus que les personnes âgées réunionnaises vivent en très grande majorité à leur domicile. En effet, seuls 4% des 75 ans et plus vivent en établissement, contre 10% en métropole, et ce en dépit d’un taux de dépendance plus élevé. Le rôle des intervenants sociaux doit donc considérer à la fois l’ampleur des précarités auxquelles sont confrontées les personnes âgées et l’aspect protéiforme et enchevêtré de ces précarités. Une autre complexification à laquelle sont soumis les professionnels de l’intervention sociale à La Réunion est la diversité des dispositifs et des solutions élaborés pour permettre le maintien à domicile des personnes âgées. Eu égard à la faiblesse des revenus moyens et au taux important de pauvreté des ménages, l’éventail de la combinaison des aides administratives, des aides techniques, des aides familiales et des aides professionnelles est en effet particulièrement varié, en témoigne par exemple un taux record de placement à La Réunion des personnes âgées dans des familles d’accueil.

Les intervenants sociaux réunionnais sont alors confrontés à un grand nombre de situations différentes dans la prise en charge des personnes âgées dépendantes et ils doivent prendre en compte l’ensemble de ces paramètres dans leurs modalités d’intervention tout en respectant des normes de plus en plus draconiennes et des process de plus en plus routinisés, le tout dans un contexte de restriction budgétaire généralisé. Cette situation n’est pas sans aboutir à un ensemble de tensions identifiées par les intervenants sociaux, parmi lesquelles : une lecture plus difficile des situations et des problèmes des personnes ; un manque de vision globale de la prise en charge ; une information insuffisante sur les dispositifs de l’aide ; une segmentation accrue du travail ; un fossé entre le temps jugé nécessaire et le temps réellement passé auprès des personnes.

Ces résultats seront détaillés dans cette communication qui restitue les principales conclusions d’un mémoire effectué à l’IRTS de La Réunion en 2014 dans le cadre d’un partenariat de recherche avec l’Institut de Recherche pour le Développement. D’un point de vue méthodologique, ce travail s’est appuyé sur la littérature scientifique, sur la recension des dispositifs de prise en charge existant à La Réunion ainsi que sur quinze entretiens semi-directifs menés auprès d’acteurs du travail social réunionnais : assistantes sociales, formateurs de l’IRTS, chargés de coordination au Conseil Général de La Réunion, évaluateurs de besoin de prise en charge au sein d’une société de MAD, directrice et médecin coordinateur d’un EHPAD, chercheurs du PREFAS de La Réunion.

Mots clés :

Intervention sociale et travail social, Pauvreté, Recherche-action, Territoire

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