Les défis d'intervention interculturel auprès des filles et leurs familles en contexte des violences commises au nom de l'honneur au Québec
Année : 2015
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
JIMENEZ ESTIBALIZ (Canada) – estibaliz.jimenez@uqtr.ca
Résumé :
En 2009, quatre femmes, dont trois adolescentes, sont trouvées mortes noyées, dans une voiture en Ontario ( Canada). Les deux parents et le frère des victimes sont reconnus coupables de meurtres prémédités liés aux « crimes d’honneur ». L’affaire Shafia a suscité des débats polarisés sur les valeurs canadiennes, l’intégration des immigrants et la protection et la prévention des jeunes filles susceptibles d’être l’objet des violences commises au nom de l’honneur (VCNH). Devant cette problématique nouvellement reconnue au Canada, les services sociaux ne sont pas toujours préparés ni formés à reconnaître les signaux de détresse manifestés par les filles et les conditions entourant les VCNH. La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) de la province du Québec, qui avait reçu trois signalements des victimes dans ce dossier, a été pointée du doigt : « Cette réalité de crime d'honneur, c'était inconcevable pour nous. Ça ne faisait pas partie des choses qu'on évaluait. […] C'était une réalité théorique, mais nous n'avions jamais été confrontés à cela dans le cadre d'une intervention de la protection de la jeunesse » a expliqué la Directrice de la DPJ à Montréal. La réponse des services doit tenir compte de la réalité des familles immigrantes aux prises avec des conflits intergénérationnels. Une bonne compréhension de telles réalités devrait permettre de concevoir une intervention interculturelle adaptée, voire spécifique, auprès de filles et familles immigrantes.
L’affaire Shafia a fait ressortir qu’au Québec, malgré une immigration en hausse depuis des années, on ignore encore bien des choses des communautés immigrées : leur culture, leurs traditions, les risques que des valeurs soient heurtées. Les familles immigrantes arrivent riches de leurs expériences et amènent avec elles un bagage culturel propre à leur pays d’origine. Leur langage, leur mode de vie ainsi que leurs croyances varient considérablement d’une communauté à l’autre. Plus spécifiquement, les croyances concernant les rôles sexuels et les rapports entre les hommes et les femmes peuvent s’avérer être un enjeu pour les familles nouvellement arrivées. Lorsque des jeunes filles adhérant aux idéologies de la culture dominante parviennent à l’adolescence et qu’elles sont en quête d’identité, celles-ci peuvent adopter des comportements jugés inacceptables par leur famille : désobéir, refuser de porter le voile, avoir des relations sexuelles avant le mariage, choisir ses partenaires amoureux, vouloir un mariage sans l’approbation de la famille ou refuser de se marier. Dans le but de rétablir l’« honneur » perdu, la famille peut faire pression, blesser ou même en venir à tuer la jeune fille. Les conséquences pour les victimes des VCNH sont multiples et sévères, dont des situations d’abus et d’exploitation physiques, sexuels, psychologiques pouvant aller jusqu’au meurtre. La réadaptation et la réinsertion dans ces conditions sont extrêmement difficiles et se compliquent du fait que les victimes ont comme seul repère leur famille et leur communauté. Le parcours migratoire et ses nombreux défis placeraient donc les filles dans une situation de vulnérabilité face une certaine violence intrafamiliale.
Dans ce cadre, comment outiller les différents intervenants afin de mieux reconnaître les signes associés à ce type de violence, d’évaluer adéquatement les risques et d’offrir aux victimes le soutien nécessaire, tout en assurant leur sécurité et en respectant leur identité culturelle? La présente communication visera à expliquer le phénomène des violences commises au nom de l’honneur tel que vécu au Québec. Notamment, nous identifierons les meilleures pratiques en intervention développées au Québec afin de venir en aide aux jeunes filles vivant une telle situation et leurs familles par différentes institutions gouvernementales et organismes communautaires québécoises.
Mots clés :
Transfert des connaissances, Travail social international, Vivre ensemble
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