La coordination autour des personnes âgées en situation de précarité :
comment l’intégrer dans la formation des travailleurs sociaux ?
Année : 2015
Thème : Proposition retravaillée
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
SANDRON Frédéric (France) – frederic.sandron@ird.fr
SOUFFRIN Emmanuel (France) – prefasreunion@gmail.com
Résumé :
Les spécificités des personnes âgées en matière de précarité peuvent aboutir à des situations individuelles préoccupantes. En effet, les causes de précarité touchant les seniors sont le plus souvent multiples et cumulatives : perte d’emploi précoce, logement inadapté, rupture familiale, problèmes de santé physique et mentale (Louage 2002). De plus, malgré les systèmes de protection sociale, la nécessité croissante pour les personnes âgées de devoir assumer des dépenses privées pour leurs soins peut grever lourdement leurs budgets et augmenter leur précarité financière (Scheil-Adlung et Bonan 2013). Dans le cas de personnes dépendantes, ces précarités peuvent aboutir en outre à ce que Gaucher et al. (2003) nomment des « vulnérabilisations en miroir » touchant les professionnels et les familles qui se retrouvent à la fois partenaires et concurrents dans l’aide.
Confrontée à ces sources multiples de précarité et à la montée des incertitudes, l’intervention sociale s’est transformée d’une relation de service classique en une approche territorialisée et partenariale (Castel 2009). Face à ces mutations qualitatives, auxquelles se surajoutent le vieillissement de la population et l’accroissement du nombre de personnes atteintes de maladies chroniques, une coordination efficace des acteurs et des dispositifs du sanitaire, social et médico-social est de plus en plus nécessaire (Bloch et Hénaut 2014). Les directives de la DGCS (2010) sont assez claires en la matière : « On attend de plus en plus des travailleurs sociaux qu’ils soient capables de mobiliser et combiner différentes techniques professionnelles (individuelle ou collective) et de passer d’une logique historiquement centrée sur l’aide à la personne à une intervention plus globale sur le milieu social [...]. Les conditions d’exercice ont donc évolué : les travailleurs sociaux travaillent davantage en partenariat et en coordination avec des acteurs divers, parfois porteurs de cultures et de logiques différentes ».
Dans ce contexte, le rôle de l’intervention sociale dans la coordination est fréquemment questionné, mais nous proposons ici d’inverser la problématique : comment la notion de « coordination » est-elle aujourd’hui intégrée dans la formation des travailleurs sociaux ?
La coordination apparaît par exemple dans les référentiels des métiers des assistantes sociales (AS) et dans celui des éducateurs spécialisés (ES). Pour valider le Domaine de certification 3 « Communication professionnelle en travail social », le candidat doit être en mesure de participer à une coordination fonctionnelle dans une équipe, d’élaborer un plan d’action avec la personne en coordonnant différentes démarches en lien avec différents acteurs. La faiblesse de la formation initiale sur cette notion a conduit aujourd’hui à son intégration dans la plupart des référentiels des formations continues, pour des niveaux de qualifications très différents comme le CAFDES ou le CAFERUIS, mais également à destination du BPJEPS.
Au regard des enjeux financiers et organisationnels de la coordination, cette communication emprunte deux voies méthodologiques. Tout d’abord, elle analyse dans la littérature et les textes officiels la manière dont la coordination est appréhendée et enseignée dans les formations en travail social. Ensuite, elle s’appuie sur les premiers résultats et enseignements d’une recherche en cours mobilisant des étudiants AS et ES et des stagiaires CAFERUIS dans le cadre de leur formation en alternance à l’IRTS de La Réunion. L’objectif de cette recherche est de recueillir à partir d’entretiens et d’observations de type ethnographique des indicateurs formels de la coordination au domicile des personnes âgées (cahiers, réunions, échanges téléphoniques, référent-coordinateur) ainsi que des données sur les éléments non formalisés caractéristiques de ces échanges (post-it, échanges informels), afin de mieux comprendre comment les enjeux de la coordination peuvent se mesurer au quotidien.
Mots clés :
Intervention sociale et travail social, Formation, Recherche-action
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