TRAVAIL SOCIAL DE GROUPE, ART MARTIAL ET SANTÉ MENTALE
Année : 2015
Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
HEBERT Jacques (Canada)
LOUTFI Mohamed (Canada) – loutfi.mohamed@yahoo.fr
Résumé :
AUTEURS : Jacques Hébert , Mohamed Loutfi , Christiane Cadieux et Serge Demers
Cette communication présente un projet novateur qui se déroule depuis trois ans en collaboration avec l’organisme Diogène et l’École de travail social de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). L’intervention de nature biopsychosociale jumelle le travail social de groupe axé sur l’aide mutuelle (Moyse Steinberg, 2008) et le karaté-do (Funakoshi, 1973). Elle s’adresse à des adultes vivant avec un problème de santé mentale associé à des difficultés judiciaires et/ou d'itinérance. L’inscription s’effectue sur une base volontaire. Ce projet part de l’hypothèse que le passage par une expérience psychocorporelle facilite l’expression orale chez des adultes stigmatisés. Le projet vise dans un premier temps à témoigner de son implantation et ensuite à améliorer l’estime de soi et le sentiment d’appartenance des participants. Les données présentées s’appuient sur une évaluation d’implantation et des résultats (Patton, 2012). Elles laissent entrevoir des pistes prometteuses pour le travail social.
Les travailleurs sociaux ont pris conscience depuis plusieurs années que des personnes recourant à leurs services demeurent réfractaires aux approches centrées sur les échanges verbaux (Albin, Lee, Dumas, Slater et Witner, 1985). De plus, la nouvelle gestion publique ne favorise pas les initiatives en travail social (Bellot, Jetté et Bresson, 2013). Actuellement, dans le champ de la santé mentale, l’emphase est mise davantage sur l’intégration au travail au détriment de l’intégration sociale au sens large (Poirel et Weiss, 2014). Ce contexte semble peu favorable à la créativité des intervenants sociaux.
Pourquoi utiliser le karaté-do et le travail social de groupe dans ce projet ? Weiser, Kutz, Jacobson Kutz et Weiser (1995) témoignent de la pertinence de pratiquer un art martial en complément à la psychothérapie chez des adultes dépressifs. Des résultats positifs sont également mentionnés auprès de jeunes étiquetés avec des problèmes de comportement, d’hyperactivité, d’antisocialité, d’apprentissage et de santé mentale. Les principaux effets relevés dans écrits scientifiques concernent l’amélioration de l’estime de soi, la maîtrise de soi, la concentration, la motricité, la mémoire, la santé physique, le jugement moral et la socialisation (Hébert, 2011). Ces résultats sont observables pourvu que les valeurs associées à l’enseignement d’un art martial y soient intégrées telles que la loyauté, le respect et la paix (Cox, 1993). Toutefois, la manière de transmettre ces valeurs demeure très floue dans la littérature (Hackney, 2010). Le but de pratiquer un art martial vise à apprendre à mieux se connaître dans l’action pour vivre en paix avec soi-même et les autres (Habersetzer et Habersetzer, 2000). Les effets de la pratique d’une discipline martiale demeurent peu connus auprès d’adultes présentant un problème de santé mentale. Les approches silencieuses sont également très peu employées comme complément aux interventions psychosociales (Heller, 2008). Berteau (2006) mentionne aussi que le travail social de groupe est sous-utilisé alors qu’il peut contribuer significativement au développement personnel et social. Une importante recherche insiste sur la nécessité de développer des approches alternatives en santé mentale. Les recommandations vont dans le sens de stimuler davantage la parole des usagers en utilisant le corps, l’art, différents espaces et le travail de groupe (Corin, Poirel et Rodriguez, 2011). Ces suggestions se retrouvent au centre du projet présenté en agissant à ces trois niveaux : l’art martial, le dojo et le travail social de groupe.
Mots clés :
Action alternative, Santé mentale, Evaluation, Exclusion
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