Réflexivité, pouvoir et subjectivité au cœur des pratiques et de leurs conflits : jalons pour une éthique pragmatiste en travail social

Année : 2015

Thème : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

DIERCKX Carine (Belgique) – dierckx.carine@gmail.com

Résumé :

Le contexte actuel du travail social est marqué par des transformations sociétales multiples, en lien avec les évolutions du capitalisme, par des réorientations importantes des politiques sociales (Etat social actif, NGP) et par une évolution des problèmes sociaux et de la façon de les prendre en considération, au double sens de voir et d’agir (CefaÏ et Terzi, 2012 ; Groulx, 2007) . Dans ce contexte, les pratiques et les métiers du travail social se modifient et se recomposent, dans de nouveaux rapports aux institutions de gouvernance et aux usagers (Groulx, 2007 ; Bourque, 2009). C’est aux enjeux éthiques de ces transformations que je m’intéresse ici, et à la façon, plus fondamentalement, dont elles interpellent les cadres conceptuels et méthodologiques de l’éthique du travail social et leurs liens aux pratiques en contexte. Plus spécifiquement, j’interroge, dans une perspective pragmatiste (Cefaï et Terzi, 2012 ; Boltanski et Thévenot, 1991 ; Boltanski, 1993) le sens et la portée éthique de la « réflexivité » des acteurs, de leurs pratiques, et des institutions dans le contexte actuel, en faisant l’hypothèse que les formes de réflexivité des acteurs et de leurs pratiques et les possibles qu’elles ouvrent varient selon les contextes socio-historiques et culturels, et selon les rapports institués entre professionnels-usagers et institutions de gouvernance. La notion de réflexivité, dont l’apparition est concomitante avec l’Etat social actif et la nouvelle gestion publique, est aujourd’hui elle-même un enjeu dans ces rapports, dont le sens et les effets varient selon l’usage qu’on en fait et le statut de celui qui la brandit (Dierckx, 2014a ; Demailly, 2007, 2008) .
Comment se joue la réflexivité des acteurs dans le contexte actuel ? De quelle façon est-elle mobilisée ? Quelles formes prend-elle et que produit-elle ? En quoi engage-t-elle les finalités et les modalités de l’action sociale, la façon de « voir » et de construire les problèmes sociaux et leur prise en charge ? Comment se travaille-t-elle dans les interactions et dans les conflits de pratique entre professionnels, usagers et institutions (Maesschalck, 2014b). Comment s’inscrit-t-elle dans les relations de pouvoir, comme « action sur action d’autrui » (Foucault, 1982 ; Maesschalck, 2014b), et transforme-t-elle les sujets ? A quelles conditions peut-elle soutenir les capacités d’agir tant des professionnels que des institutions et des usagers du travail social, et transformer les pratiques du travail social dans une perspective d’approfondissement de la démocratie, de la justice sociale et plus largement dans la construction d’un monde en commun ?
Ces questions font l’objet d’une recherche doctorale en cours, qui, en allant à la rencontre de formes de réflexivités à l’œuvre dans différents écrits publics (issus de lieux de débats et de controverses, de réflexion, de positionnements politiques) d’acteurs du travail social, vise à élaborer un cadre conceptuel pour une éthique pragmatiste du travail social en prolongement des enjeux dégagés de leurs controverses, avec en ligne de mire la place des usagers et de leur propre réflexivité dans les orientations des pratiques.
Dans cette communication, après avoir présenté les bases théoriques et méthodologiques de cette recherche, ainsi que les hypothèses de travail sur lesquelles je m’appuie, je me centrerai plus spécifiquement sur deux axes :
- les apports de la notion de pouvoir comme « action sur l’action d’autrui » chez Michel Foucault (1982) et de son éthique du sujet (2001, 2014) pour analyser les interactions entre les 3 pôles, les formes de réflexivité des pratiques qui y sont à l’œuvre et leur portée éthique
- une première mise en perspective de l’évolution des rapports entre Etat-professionnels et usagers, dans le contexte contemporain de l’Etat social actif, de la « NGP », et des transformations de la réflexivité qui s’y manifestent, sur base de la conceptualisation de Foucault.

Mots clés :

Éthique et déontologie, Action collective, Changement, réflexivité, pouvoir, subjectivité démocratie, monde commun, pragmatisme

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