Compétences des familles et compétences des intervenants sociaux, une construction symétrique ?

Année : 2015

Thème : Incarner l'institution au domicile

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

renoux jean-paul (France)
LENZI Catherine (France) – lenzi.catherine@ireis.org

Résumé :

L'Institut Régional et Européen des métiers de l'Intervention Sociale (IREIS) conduit, à travers son laboratoire (Espace Scientifique et Praticien en Action Sociale et en Santé - ESPASS) des recherches interdisciplinaires, praticiennes et intégrées à la formation des travailleurs sociaux et à l'action sociale qui interrogent les compétences individuelles et collectives mises en œuvre par les intervenants sociaux, notamment en milieu contraint et au domicile.

La communication est issue d'une recherche financée par la Région Rhône-Alpes portant sur l'intervention à domicile, dans la partie proposant une analyse comparative France-Québec en protection de la jeunesse. L'équipe de recherche, constituée de praticiens et de chercheurs, croise les regards québécois et français, mais aussi universitaires et pragmatiques, dans une méthodologie inductive construite pour analyser les entretiens individuels et collectifs recueillis au cours de quatre immersions sur des terrains de pratique professionnelle.

Sur la base des travaux ainsi menés, la communication explore l'apparente contradiction entre le faible pouvoir d'agir des intervenants sociaux dans un environnement contraint et l'idéal de développement du pouvoir d'agir des familles (Ausloos, 1995), pour dresser un tableau différent : c'est en puisant dans les ressources, mais aussi dans les contraintes du milieu, que le pouvoir d'agir devient réel, à condition qu'il s'exerce dans le cadre d'une responsabilité éthique forte (Karsz, 2013).

Dès lors, la symétrie entre développement de l'intervention sociale et de la compétence des familles se retrouve à trois niveaux :

Tout d'abord, intervenants et familles puisent dans leurs ressources et leurs contraintes propres. Pour le professionnel, les stratégies d'intervention sont ancrées dans la formation, dans les expériences personnelles et professionnelles, mais aussi dans les qualités personnelles. Dans un même mouvement, la famille, à travers l'injonction au projet, est sommée de mettre fin à ses difficultés en puisant avant tout dans ses ressources propres – puisque que, par nature, la situation n'est pas apparue comme nécessitant un placement.

Ensuite, intervenants et familles puisent dans les ressources et les contraintes du milieu (Lebossé, 2000). Au domicile, l'institution s'incarne dans un intervenant. Plus cette incarnation est forte, plus l'intervenant est « secure », c'est-à-dire capable d'entrer en relation avec la famille non pour imposer, mais pour co-élaborer. Ce sentiment de sécurité peut être analysé, à partir des données recueillies, dans sa dimension prescriptive (le mandat, les méthodologies et les procédures) et dans sa dimension conjonctive (les éléments personnels et professionnels se conjuguant dans des lieux et des inter-actions à la fois formels et informels pour construire les pratiques et stratégies d'intervention). L'intervenant n'agit pas en s'appuyant sur sur son seul bon sens, mais sur cette incarnation secure de l'institution. Il en ira de même pour la famille dans son rôle de protection et d'éducation : assurée ou ré-assurée dans ses compétences, insérée ou ré-insérée dans un milieu qui peut lui apporter des ressources également prescriptives et conjonctives, elle peut déployer des logiques d'éducation et de protection conformes aux attendus sociaux.

Cette construction favorise l'autonomie et prépare la fin de l'intervention en prenant appui sur le filet de protection que peuvent proposer les ressources résidant dans le milieu familial, amical ou communautaire des familles.

Enfin, pour s'autoriser à la créativité et la faire émerger, l'intervenant doit non seulement « être sécure », mais accepter d'engager une relation égalitaire, fondée sur la réciprocité et la négociation, plutôt que sur le contrôle social (Mullender & Ward, 1991 ; Bolzman, 2014). Là encore, les qualités personnelles et humaines sont des leviers puissants pour l'entrée en relation et la mise en mouvement.

Mots clés :

Compétence, Savoir-faire, Savoir être

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