Thèatre de L'Opprimé comme Mèthodologie d'Intervention
Année : 2015
Thème : Analyse d'une intervention avec citoyens SDF
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
CRUZ Joana (Portugal) – palomaviggiatore@gmail.com
Coimbra Joaquim Luís (Portugal) – jcoimbra@fpce.up.pt
Résumé :
Cette présentation se propose faire une analyse critique de l'utilisation du Théâtre de l'Opprimé (TO) dans un contexte de réseaux de soutien institutionnel des sans-abri. Intervention bénévole, elle a utilisé les divers outils du Théâtre de l'Opprimé comme une loupe d'observation pour saisir le phénomène des SDF et la pauvreté à Porto.
Cette expérience d'intervention, qui a duré quatre mois, a utilisé le théâtre de l'opprimé comme une approche émancipatrice de travail avec les citoyens "sans domicile fixe" avec le but de leur autonomisation.
On utilise les hypothèses de la psychologie communautaire critique comme grille de lecture pour l'analyse de cette intervention, de ses limites et de ses impacts. On utilise également du matériel du journal de terrain que nous avons développé pendant le projet et des entretiens demi structurées avec les participants du projet sur leurs histoires de vie et les significations qu’ils en attribuent.
Cette intervention a commencé d'abord par le partage d’histoires de membres du groupe, l'identification dans ces épisodes de la vie de plusieurs dimensions: la dimension macro de la pauvreté et la privation matérielle, la dimension interactionnelle du regard sur le «sans-abri», par exemple, par les agents de sécurité des supermarchés ou par les employeurs. Dans ces histoires, nous avons également identifié les représentations et les émotions des sujets. À partir des histoires, on a construit une pièce de théâtre-forum qui comprenait toutes ces dimensions.
Dans le Théâtre de l’Opprimé se fusionnent trois préoccupations qui interpellent les arts de faire de l'intervention sociale, et qui demandent une implication personnelle et citoyenne par rapport aux autres. Tout d'abord, on travaille avec les opprimés, avec des groupes définis par un rapport de subordination face aux structures de pouvoir existantes. Puis, on aborde toutes les dimensions du pouvoir, notamment la façon dont elles se manifestent dans la façon de marcher, la maitrise de la parole, les postures du corps, jusqu’à la dimension institutionnelle. Enfin, on a eu la possibilité de créer un espace de dialogue sur les expériences en utilisant la tête et le corps pour penser à la vie ensemble, en activant nous mêmes.
Ainsi, le TO donne la parole aux personnes avec lesquelles nous travaillons, mais ne parle pas pour eux. Il démocratise les «outils» à travers lesquels on peut parler en public. Et il n’utilise pas uniquement l'expression verbale, mais aussi d'autres modalités expressives qui permettent la communication.
Dans cette intervention, j’ai été confronté au défi et à la difficulté de la continuité. Sans ressources ou financement, ayant la difficulté à maintenir des espaces de réunion, compte tenu de nos différentes vulnérabilités, on a couru le risque de faire de la rencontre et des sessions de théâtre forum une sorte de catharsis, qui est limitatrice du potentiel de changement d’un processus de TO. Même si, en scène, les gens peuvent se sentir capacités, les vrais problèmes hors scène demeurent, et le contact quotidien avec eux aussi.
Aller au-delà de la scène, faire de sorte que les interventions provoquent un changement réel, créer des formes d'action collective des opprimés, mettre en œuvre des procédures par lesquels les opprimés (dans ce cas, les sans-abri) se dirigent aux pouvoirs publiques pour changer leur vie, ça c’est probablement le but plus complet d’une intervention à travers le TO.
Mots clés :
Autonomie, Individualisation des problèmes sociaux…, Exclusion
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