La précarité sociale comme opportunité de repenser le travail social collectif
Année : 2015
Thème : Ré-explorer l’intervention sociale d’intérêt collectif comme mode d’action visant à répondre à la précarité sociale en la situant tant comme un enjeu méthodologique que comme un enjeu d’éthique collective pour l’ensemble du travail social.
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
HENIN Monique (Belgique) – monique.henin@henallux.be
TADJENANT Nadia (Belgique) – nadia.tadjenant@henallux.be
FUGALDI ANNE-SOPHIE (France) – asfugaldi@irtsnpdc.fr
Résumé :
Dans un premier temps, la communication explorera le système de référence de l’intervention sociale sur deux points précis : d’une part, la notion de précarité, sa relation avec les nouvelles injonctions des prescripteurs du travail social: la responsabilisation et la rationalisation tant des formes d’organisation que d’intervention du social, d’autre part, l’injonction de la créativité.
Comme Maryse Bresson, la précarité sera lue dans une perspective de phénomène social et non comme une forme sociale de retrait. Les problèmes sociaux n’étant pas des problèmes «spatiaux» mais structurels. Enfin, une compréhension sera donnée par l’approche de la pauvreté de Georg Simmel : les pauvres, selon lui, occupent une place déterminée dans la société de par leur situation de dépendance à l’égard de la collectivité qui les reconnaît comme tels.
Les injonctions nouvelles du travail social sont bien connues des praticiens et des chercheurs, elles seront mentionnées pour référence.
Dans un second temps, la communication posera le postulat de l’impossibilité de créer une société sans précarité sans un ré-enchantement du social collectif. Il s’agit ici d’indiquer combien les réponses sociales sont standardisées et portées vers le projet individuel de la personne par diverses formes de responsabilisations.
Les injonctions à renvoyer chacun à la création de son propre projet personnel comme rempart à sa propre précarité ne sont à notre sens :
•Ni efficaces dans un contexte macroéconomique non inclusif ;
•Ni efficientes dans les formes actuelles de territorialisations (là où le seul postulat dominant est qu’on peut faire plus avec moins et en moins de temps), qu’elles soient symboliques, identitaires ou géographiques ;
•Ni pertinentes dans le respect d’une dynamique relationnelle empreinte d’éthique et d’humanité de la personne et du travailleur social;
•Ni créatives dans la mesure où l’injonction peut être vécue comme strictement réactive;
•Ni cohérentes en tant que projet de société.
En effet, et c’est l’essence de la communication, il nous parait illusoire de considérer les individus sans les relier aux contextes dans lesquels ils évoluent non seulement comme acteurs de leur destin mais avant tout comme auteurs d’une dimension plus globale: celle de construire la société et de s’y insérer en tant qu’être collectif. Cette démarche implique l’existence d’espaces collectifs de création non instrumentalisés par une vision responsabilisante des individus et libres de recréer du lien social pour lui-même et non uniquement en réaction à des injonctions de société.
Dans ce sens, il s’agit pour l’intervention sociale qu’elle s’émancipe des rationalisations et des standardisations pour repenser avec les usagers ces espaces libres et collectifs de création.
Cette approche sera étayée par les travaux du sociologue Christian Maurel.
Les enjeux de l’enseignement de la méthodologie d’intervention collective se situent dès lors :
-Sur le sens de celle-ci comme pratique émancipatrice pour les personnes mais aussi les groupes sociaux et porteuse d’un projet de société ;
-Sur les méthodes et outils à mettre en place en vue de s’inscrire dans le sens proposé. On peut penser que la manière de situer les personnes dans leur implication les positionne souvent comme acteur d’une pièce qui leur est « suggérée » par un schéma dominant plutôt que comme auteur d’une démarche créative collective.
-Sur l’identité et l’éthique du professionnel du social en reconnaissant l’usager avec un autre statut que celui de fragile, d’assisté ou de marginalisé voire de «criminel» mais comme un membre d’un ensemble social construisant la société.
En conclusion, les auteurs de la communication parcourront des propositions de pratiques pédagogiques partagées entre deux pays et institutions de formation, comme étant des champs de possibles ouverts.
Mots clés :
Crise sociale, Action collective, Formation
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