Une configuration mutualiste dans une économie de la qualité comme réponse au désengagement de l'État.

Année : 2010

Thème : L'exemple du réseau des "Ateliers de Pédagogie Personnalisée" en France.

Type : Recherche : orientée vers la pratique, action, évaluative...

Auteur(s) :

MOISAN André (France) – andre.moisan.perso@gmail.com

Résumé :

Il s'agit d’illustrer une reconfiguration institutionnelle qui prend acte du désengagement de l’état pour promouvoir une forme mutualiste reliant au niveau national des acteurs territoriaux dans une « économie de la qualité ».
Il s’agit du réseau des « A.P.P. » (Ateliers de Pédagogie Personnalisée) né dans le début des années 1980 en France, dans la mouvance des actions développées à l’intention des jeunes non-qualifiés initiés en particulier par B. Schwartz. Dans un mode d’institutionnalisation différent des Missions locales, ces centres sont le fruit d’initiatives locales, relayés par l’administration au niveau régional et national. Celle-ci a ainsi pris la responsabilité d’octroyer un label pédagogique - formalisant les innovations locales et décrit dans un cahier des charge - à des organismes supports. Il existait ainsi, en 1996, 480 centres dans toute la France (Métropole et TOM-DOM), regroupés dans un réseau. Ils interviennent envers des personnes de tout âge, tout statut et tout niveau : environ trois millions individus auront ainsi fréquenté les APP dans les 25 ans de son existence.
Cette configuration constituait, jusqu’en 2007, une hybridation d’acteurs pédagogiques innovants s’adossant à une intervention étatique. Celle-ci prenait la forme de la subvention pour certains publics, à hauteur moyenne de 40 % du budget ; de la légitimité accordée par l’octroi du label ; et de l’aide financière à l’animation nationale du réseau.

La position de l’État va changer brusquement en 2006, en annonçant son désengagement dans ces 3 types d’intervention (l’appel d’offres se substituant à la subvention). A l’inverse d’expériences passées où des réseaux nationaux n’ont pas survécu au retrait de l’État, les organismes supports vont s’organiser pour s’auto organiser. Ils créent une association, finissent par obtenir le transfert de la marque et du label, maintiennent a une animation nationale a minima par leurs propres financements, mettent en place avec l’AFNOR une procédure de labellisation.

Cette reconfiguration – si elle fait ses preuves – attesterait que ni le mode de subvention ni la « lassitude de l’acteur » innovant n’ont épuisé les capacités d’innovation des acteurs socio-éducatifs. Le gain escompté à l’adhésion à la poursuite du réseau APP est trop mince et incertain pour expliquer à lui seul l’engagement dans la poursuite du réseau. Les retours de l’engagement sont, évidemment, attendus en termes de marchés. Et on peut penser qu’ils seront décisifs pour le maintien du réseau, tant les organismes porteurs sont fragilisés dans une économie dont les ressources se raréfient. Mais ce pari collectif n’aurait pas été engagé sans une adhésion commune, renforcée par plus de vingt ans de pratiques communes, à cette « utopie » de l’éducation permanente, revisitée pour de nouvelles pratiques pédagogiques dites « personnalisées ».
Cette reconfiguration laisse entrevoir également une formation de type mutualiste œuvrant dans une « économie de la qualité ». Les centres APP sont, en effet, le produit et en même temps les acteurs d’un dynamique sociale territoriale. Ils se regroupent au niveau national pour faire valoir un mode d’intervention sociopédagogique innovant, échanger expériences et outils et auto administrer un label à même de prendre le contre-pied des procédures d’appel d’offres en faisant valoir la « réputation » dans une économie de l’offre et de la demande qui ne se réduit pas au « mieux disant » mais fait valoir des normes de qualité auprès des commanditaires.

D’une configuration reposant sur la légitimité du Corps (la sacralisation de l’État), le service public s’actualise ainsi par la mobilisation de ces « acteurs-réseaux » (Latour, 2005), fondés sur le lien de solidarité territoriale, proches de l’esprit des Communes et villes affranchies ou des corporations des villes hanséatiques, ces préfigurations de ce qui se nomme aujourd’hui « réseau », fondant par elles-mêmes leurs propres légitimités.

Mots clés :

Acteurs, Démarche de qualité, Réseau

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