Histoires de vie et photographies
Année : 2015
Thème : Recits de vie et intervention sociale
Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...
Auteur(s) :
BERTON jacques (France) – j.berton@irtsaquitaine.fr
Résumé :
Comme de nombreux travailleurs sociaux j’étais quotidiennement confronté dans mon travail à des fragments d'histoires, de puzzles, de bouts de vie menacée par le chaos économique, social, familial.
Le cadre de mon intervention visait pour une grande part à aider les personnes rencontrées à exprimer leur vécu jusque dans ce qu’il pouvait avoir de douloureux et à s’en réapproprier le sens. Cette expression se concrétisait le plus souvent par des récits de soi, des histoires de vie. Trés vite je me suis aperçu combien les albums de photographies de famille entretenaient des rapports privilégiés avec la mémoire et le récit de soi,et provoquaient le travail de la mémoire, comme un excellent embrayeur qui contenait en réserve des histoires qui ne demandent qu'à être racontées, « comme un appel vers le langage ». Plus que tout autre, ce type d'images est chargé d'imaginaire, lourd d'affect. C'est bien les qualités de trace, d'enregistrement, c'est-à-dire de mémoire qui font de la photographie un outil privilégié pour "entrer" dans l'Histoire.
Peu à peu a émergé, pour moi, l’idée d’une tentative méthodologique pour que ces recueils d'histoires ne soient plus seulement des bouts, des miettes mais se constituent petit à petit dans une histoire plus large (familiale, sociale). avec plusieurs questions qui revenaient en boucle :Que faire quand le drame coloré de pauvreté constitue la colonne vertébrale du récit ? Comment passer d’histoires à dormir debout à des histoires à tenir debout pour ces sujets qui se révèlent les moins doués pour la participation au jeu, à l'échange social? Est ce que les sujets concernés par ce travail, pris dans une représentation de leur histoire où souvent le destin est maître des lieux, sont réellement en situation de changer quelque chose à leur vie, à leur histoire ?
Je faisais pourtant l'hypothèse que c'était justement pour eux que le travail de l'histoire de vie pouvait s’avérer utile. C’était dans l'analyse de leur histoire passée qu'ils (qu'elles) allaient découvrir les moments où, malgré les déterminismes externes, ils pouvaient posé des actes qui orienteraient le cours ultérieur de leur vie. L’enjeu était moins de s’intéresser à un sujet porteur d’un symptôme, d’une pathologie, que de l’envisager dans sa globalité en tant qu’il était porteur d’une histoire singulière. Mais cette histoire ne peut avoir de sens que si le sujet se trouve en capacité de pouvoir lui en donner un pour conjurer l’absurdité apparente de sa situation et se projeter dans l’avenir. Il s’agissait donc de permettre à ces sujets d’opérer un tentative de réconciliation avec une trajectoire chaotique pour chercher à identifier avec eux les compétences acquises dans l’éprouvé des difficultés rencontrées.
J’avais appris, expérimenté cela pour moi, avec d’autres : Faire son récit peut provoquer chez le sujet la conscience de trames existentielles, de fréquences, de répétitions, de logiques dominantes.
Le travail autour de l'album-photo facilite, provoque le travail de la mémoire qui produit du sens. Avec un vecteur tout à fait singulier: l'image. Celle-ci dans sa banalité, son apparente pauvreté signifiante, si on sait la regarder, n'est pas avare de confidences sur les comportements sociaux.
Mots clés :
Co-construction, Intervention sociale et travail social, Complexité, récits de vie
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