En temps de crise, présenter sa thèse en 180 secondes
peut-il contribuer à la publicisation accrue des recherches en travail social?
Année : 2015
Thème : Forum, GT, Carrefour
Type : Forum, GT, Carrefour
Auteur(s) :
ROUZEAU Marc (France) – marcrouzeau7@gmail.com
DELHAYE Pascaline (France) – pdelhaye@irtshdf.fr
CHAPUT Corinne (France) – corinne.chaputlebars@gmail.com
Résumé :
Diversifier les modes de diffusion des travaux scientifiques suscite les débats, alimente les controverses. Ainsi chaque chercheur doit-il arbitrer entre occuper une posture académique relativement intransigeante ou s’engager dans des stratégies de valorisation davantage composites et dialectiques. Confrontée à un contexte de précarités grandissantes, engagée dans un processus fragile d’institutionnalisation et mise à l’épreuve par une circulation de plus en plus rapide des connaissances, la recherche en travail social ne saurait échapper à envisager, sereinement et de façon documentée, les différents options actuellement disponibles.
La recherche a besoin de sécurité et d’une projection dans le temps pour que s’autorisent le doute, la mise en question et l’élaboration raisonnée. Il est nécessaire que les travaux réalisés trouvent des lieux d’expression favorisant la mise en relation des acteurs partagent des intérêts communs. Cet enjeu de diffusion se confirme quand on prend en compte que l‘accès à l’actualité des recherches, et précisément celles relatives au travail social, reste essentiellement l’apanage des chercheurs, qui plus est spécialistes de tel ou tel sujet. Une partie des formateurs et des étudiants n’y goutent que rarement, du fait des distances réelles ou fantasmées qui sépareraient théorie et pratique. Il convient aussi que les productions scientifiques rencontrent, ne serait-ce que partiellement, des attentes sociétales de plus en plus orientées vers la vulgarisation des démarches et vers le transfert des résultats. Dans une période de dispersion et précarisation des lieux d’expertise, le « faire savoir » devient désormais incontournable pour accéder à des conditions correctes de production scientifique.
Face à ces exigences d’audience, dans un jeu particulièrement contraint, mobilisés par des enjeux de publicisation du savoir (Habermas, 1992), certains se sont engagés dans l’exploration de nouvelles manières de faire. Dans la lignée des résumés (abstracts) de thèse ou d’articles, de nombreux thésards en viennent à exposer leur travail doctoral sous le format d’une communication de 180 secondes. En complément des formes classiques de valorisation scientifique, cette nouvelle façon de procéder s’est d’abord déployée dans le domaine des sciences dures. Les expériences actuelles menées en France sous l’égide du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS) avec le concours de la plupart des universités, concernent désormais les sciences sociales. En présentant à des auditoires pluriels, sous une forme simplifiée, des travaux forcément spécifiques et complexes, l’objectif consiste à aiguiser la curiosité d’un grand nombre, pour ensuite donner à quelques-uns le gout d’approfondir.
En proposant, en introduction de ce forum, cette forme de présentation de leur doctorat, 5 praticiens de la recherche (3 français, un suisse et une québécoise) invitent leurs collègues à « juger sur pièce ». Pour cela, durant les 60 minutes qui suivront ces présentations, l’auditoire sera invité à échanger sur la portée de ce mode particulier de valorisation, à pointer ses limites et ses possibles intérêts.
Conscient du caractère possiblement novateur, voire transgressif de cette proposition, notre collectif de contributeurs a souhaité actualiser cet argumentaire jusqu’ici écarté au titre d’arguments de principe. Ainsi, souhaitons-nous affirmer, de manière modeste mais déterminée, que le projet de l’AIFRIS doit aider à penser des modes ouverts de communication et à tester des formes inédites de publicisation qui, à tort ou à raison, ambitionnent de dépasser des manières de faire généralement réservées aux seuls initiés.
Mots clés :
Transfert des connaissances, Intelligence collective, Utilité sociale, Diffusion, valorisation, résultats de recherche
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