Une posture de non-savoir dans l’intervention auprès des publics précarisés

Année : 2015

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

RODARI Riccardo (France) – rodari@gmail.com

Résumé :

La dévalorisation de soi générée par la précarité et l’exclusion amène souvent ses victimes à croire que seules des aides et des ressources externes pourront leur permettre d’améliorer leur sort. Les intervenants risquent de renforcer cette incroyance en soi s’ils se positionnent en experts fournisseurs de solutions. Dès lors, la relation d’aide doit se construire par des façons de faire qui se basent sur les valeurs et les capacités de ces personnes. Pour cela, il est nécessaire de cultiver la conviction que toute personne possède des habiletés et des ressources qui lui ont permis de survivre et d’affronter l’adversité. Ainsi, pour la construction de solutions, chaque personne en détresse peut compter sur un potentiel considérable en soi-même et dans son contexte physique et social. Cette idée, qui gagne du terrain dans l’intervention psychosociale, prend une dimension cruciale dans l’intervention auprès des publics précarisés. Mais, si nous avons une conception assez claire de ce que nous ne devons plus faire, il n’est pas facile de savoir comment faire autrement, tant nos visions en négatif, centrées sur les manques et les failles de ces personnes, ont régi notre façon de faire jusque là. Cette communication propose quelques pistes en la matière, expérimentées ces dernières années dans des groupes de parole de quartier, par le développement d’une posture de non-savoir qui constitue un des piliers de l’approche centrée sur la solution de Steve De Shazer et d’Insoo Kim Berg.

La posture de non-savoir consiste à refuser de se poser en expert de la situation de l’autre et repose sur la conviction que, pour approcher son vécu, pour pénétrer dans son monde, il est nécessaire de s’imprégner de sa vision et de ses théories sur la réalité, de sa carte du monde. L’intervenants est centré sur son propre cadre de référence lorsqu’il donne des interprétations et des conseils et cherche, implicitement, à ce que l’autre se soumette à lui. Une posture de non-savoir passe par le développement d’une saine curiosité pour ce continent inconnu qu’est le monde de l’autre. Cela suppose que l’intervenant soit disposé à mettre de côté ses opinions et son cadre de référence pour s’immerger dans l’univers de ses interlocuteurs, en s’efforçant d’explorer leur point de vue. Accueillir l’autre sans idées pré-conçues et sans a-prioris, était une posture que défendait déjà Milton Erickson. Pour écouter de façon sérieuse, il est nécessaire d’écouter l’histoire de l’autre sans la faire passer par les filtres de notre propre histoire, de nos théories et nos croyances.
En permettant de prendre conscience de l’unicité du monde de l’autre, cette découverte devient source de plaisir pour l’intervenant et lui évite de succomber à la tentation de chercher des solutions à la place des personnes concernées. Par ailleurs, ces dernières, se sentent écoutées et prises au sérieux, ce qui renforce encore la motivation de l’intervenant à garder la posture de non-savoir.

Le développement de cette posture se base sur des façons de faire inhabituelles, différentes de celles auxquelles nous avons généralement été formés. En premier lieu, il s’agit pour l’intervenant de rester constamment un pas en arrière par rapport à ses interlocuteurs, ce qui permet de signaler symboliquement que ce sont les personnes aidées qui impriment le mouvement du processus et qui sont considérées comme les spécialistes de leur situation, ainsi que des expériences et des significations qui leur sont propres. Cela ne signifie pas que l’intervenant reste passif, en attente que les personnes aidées fassent tout. Au contraire, il est appelé à jouer un rôle très actif, notamment en posant des questions et en cherchant à amplifier certains détails qui peuvent receler des ressources pour les personnes en difficultés.

Mots clés :

Action communautaire, Intervention sociale et travail social, Méthodologie

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