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L’accompagnement des jeunes patients alcooliques du centre d’accueil de la Croix Bleue dans un contexte de pauvreté

Année : 2010

Thème : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Type : Analyse d'expérience : d'intervention, de formation, de recherche...

Auteur(s) :

BROU Konan Denis (Côte d'Ivoire)

Résumé :

Depuis 1980, la Côte d’Ivoire vit des crises successives notamment d’ordre économique, social et politique ayant pour corollaires la pauvreté, les violences, les incivilités, l’anomie. Paradoxalement les marchands d’alcools font de plus en plus preuve d’ingéniosité pour saturer les marchés en toutes sortes de boissons alcoolisées. Aujourd’hui, la société ivoirienne est non seulement fortement alcoolisée mais alcoolisante. Désormais à portée des jeunes, l’alcool est devenu un moyen de combler un vide affectif, de traiter les frustrations, les déceptions, de tuer le temps, d’oublier les soucis, les ennuis, de communier entre eux, un canal de communication avec les aînés, un mode d’adaptation sociale, un prisme par lequel ils regardent se jouer les contradictions de la société. A travers leur alcoolisme, ils tentent de régler un conflit de générations, de valeurs, d’oppositions, voire de rejet de la société, pendant qu’ils sont en quête de modèle, de repère identitaire, d’émancipation, de liberté, d’indépendance, de bien-être, de mieux-être. La cible privilégiée de ces marchands sont donc les jeunes rendus vulnérables soit du fait du décès de leurs parents géniteurs soit parce qu’ils sont issus de famille monoparentale ou recomposée, mais également du fait de l’ignorance des effets à moyen ou long terme de l’alcool sur leur organisme, leur entourage et leur avenir, renforcée par des croyances et préjugés qu’exploite judicieusement une publicité pro-alcoolique agressive.
Face à un tel contexte, l’intervention sociale, pour être efficace, doit être axée davantage sur l’accueil du toxicomane exempt de tout préjugé, la négociation d’un contrat d’accompagnement avec lui et ses parents ou avec toute autre personne avec qui il vit en vue de définir des objectifs de sevrage clairs et réalisables. Il s’agit pour le travailleur social, de remonter l’histoire de vie et l’itinéraire alcoolisationnel du client, de faire le bilan de ses forces, faiblesses morales et psychologiques, de savoir comment, quand, où et quelle quantité d’alcool il peut boire seul ou en compagnie d’autres consommateurs, de savoir ce que l’alcool représente pour lui ; de faire l’inventaire de ses ressources familiales et/ou professionnelles ; afin de proposer une intervention adaptée à sa personnalité basale et à son environnement. Pour ce faire, le travailleur social doit user de persuasion, de clarification, de thérapie de couple, familiale, de groupe ; exhorter le toxicomane à prendre un engagement à ne plus consommer de l’alcool du fait de son état d’alcoolergie et à respecter la parole donnée ; inciter les parents à une collaboration franche et sincère avec celui-ci et le travailleur social basée sur la confiance mutuelle. Le travail social doit viser en définitive la réinsertion sociale durable du toxicomane en le rééduquant à mener une vie sans recourir à l’alcool et en l’aidant à mettre en place un projet de société.

Mots clés :

Pauvreté, Protection de la santé, Changement

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